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Quel avenir politique pour les principaux acteurs de la transition en Centrafrique?

M. Saulet Surungba est Conseiller National-Président de la Commission Permanente Défense et Sécurité, Représentant de la Diaspora – Zone Europe au CNT

 

Le Groupe International de Contact sur la République Centrafricaine (GIC-RCA) vient, après sa réunion inaugurale du 03 mai à Brazzaville, d’apprécier positivement l’évolution de la situation dans notre pays, à l’issue de la deuxième réunion du 08 juillet d’Addis-Abéba. Composé de l’Union Africaine (UA), des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies, de nombreux pays et de plusieurs institutions internationales, il a avancé sur le projet d’envoi d’une mission militaire sous conduite africaine et espère que la République centrafricaine est sur la bonne voie. Quinze ans après la mise en place de la 48ème opération de maintien de la paix de l’ONU dans notre pays, nous nous acheminons vers l’envoi de la deuxième opération de maintien de la paix, la Mission Internationale de Soutien à la République Centrafricaine (MISCA). Rappelons pour mémoire que la Mission des Nations Unies en RCA ou MINURCA qui remplaça la Mission de Surveillance des Accords de Bangui (MISAB), fut établie le 15 avril 1998.

 


© journaldebangui.com
M. Clotaire Saulet Surungba, Représentant de la Diaspora – Zone Europe au CNT
La perspective de la prise en main de la crise centrafricaine par le Conseil de Sécurité des Nations Unies, due essentiellement au Conseil National de Transition (CNT) à travers les débats et votes responsables de la Charte Constitutionnelle le 05 juillet 2013 et qui a permis au Premier Ministre de Transition de bien plaider la cause nationale à Addis-Abéba, augure déjà de nouveaux lendemains pour la République Centrafricaine qui ne devrait plus continuer à être ce « pays oublié » ou cette « plaie béante et purulente » de l’Afrique Centrale. Toutefois, il ne serait pas indiqué de tomber dans une sorte d’euphorie ou triomphalisme béat au regard des tristes réalités politiques centrafricaines caractérisées le plus souvent par ce qu’il convient d’appeler la « tare nationale » ou le non-respect de la parole donnée…

Il convient de noter que le 08 juillet à Addis-Abéba, les membres du Groupe de Contact International (GIC) ont réitéré la nécessité pour les autorités de Transition de mettre en œuvre toutes les actions stipulées dans la Feuille de route et qui doivent conduire à la tenue des élections aux dates limites prévues. La Déclaration de N’Djaména du 18 avril 2013 qui a sanctionné le quatrième Sommet Extraordinaire des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la Communauté des Etats de l’Afrique Centrale (CEEAC), après examen de la situation en République Centrafricaine, stipulait sans ambages en ses points 4 et 5: «Au cours de cette Transition, des élections libres, démocratiques, transparentes et régulières (référendum constitutionnel, législatives, présidentielles) sont organisées sur la base d’un ordonnancement juridique et d’un calendrier consensuels en vue du retour à un ordre constitutionnel démocratique incontesté. Le Chef de l’Etat, le Premier Ministre et les Ministres membres du Gouvernement de Transition, ainsi que le Président et les membres du Bureau du CNT, ne peuvent se présenter aux prochaines élections.»

Il va sans dire qu’aucune explication des textes, soit nécessaire pour comprendre cette décision qui ne doit souffrir d’aucune violation. Toute éventuelle modification ne pourrait se faire que par les Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEEAC. Evoquer une certaine souveraineté nationale centrafricaine pour tenter de le faire relèverait de l’inconsistance, de l’incohérence, de la fourberie voire de l’infantilisme politiques. L’histoire récente de notre pays nous enseigne éloquemment sur les locataires du Palais de la Renaissance qui ont voulu se prêter à ce type de jeu et qui, toujours, ont fini par se retrouver en exil…

Je ne voudrais pas ici lever un pan de voile sur les débats du CNT qui ont conduit au respect de ces dispositions le 05 juillet 2013. Mais je ne peux m’empêcher de saluer patriotiquement la large majorité qui s’est dégagée lors des débats et votes. Toutefois, j’exprime une certaine «inquiétude diffuse» quant à l’observation stricte des recommandations de la Communauté internationale qui nous accompagne dans la résolution de notre crise. Pour combien de temps encore les principaux acteurs de la Transition ainsi que les Centrafricain(e)s qui participent, de près ou de loin, à la remise à l’endroit du Centrafrique vont-ils être en phase avec les orientations de cette Communauté internationale qu’ils ont, eux-mêmes, par leur faute, leur manque de pugnacité et l’accumulation de leurs erreurs et égarements politiques, conduit à assumer la «tutelle» du pays? Jusques à quand les intérêts égoïstes ne vont-ils pas, subtilement prendre le pas sur l’intérêt national? Et j’invite ici Mgr François-Xavier Yombandjé, qui exprime souvent mieux que moi, ce que je pense-et sans qu’il le sache, à prendre part à ce débat que je lance.

L’homme politique centrafricain, en raison de l’actuelle classe politique dont les limites sont quotidiennement mises à nu et à laquelle il appartient doit, je pense, pour se métamorphoser en cet homme politique de type nouveau dont le pays a besoin aujourd’hui, se poser de bonnes questions tout en tentant d’y répondre le plus objectivement possible.
Clotaire Saulet Surungba

 

Notre Monseigneur, conseiller national, a dit: «Assumer notre histoire, quel programme! Y arriverons-nous seulement un jour ? Nous sommes condamnés à réussir cet examen de passage, autrement nous ne pouvons plus rien présager de notre avenir national. Tous les autres sont peut-être à l’affût pour nous absorber en bêtes curieuses et en se demandant si nous allons y arriver…Il faut nécessairement qu’à un certain moment chacun accepte de faire la part des choses: accepter de se poser la question de sa responsabilité ou de son irresponsabilité, la question de son humanité et de son animalité, la question de sa détermination à s’en sortir ou celle de ne rien faire et de subir les choses…»

L’homme politique centrafricain, en raison de l’actuelle classe politique dont les limites sont quotidiennement mises à nu et à laquelle il appartient doit, je pense, pour se métamorphoser en cet homme politique de type nouveau dont le pays a besoin aujourd’hui, se poser de bonnes questions tout en tentant d’y répondre le plus objectivement possible. Je ne prétends pas être déjà cet acteur politique qui est une limite vers laquelle il faut tendre et j’avoue aussi ici ma part de responsabilité dans l’actuelle situation de mon pays… En cas de réussite de la Transition en 18 ou 24 mois, si et seulement si cette Transition conduisait à l’organisation du référendum constitutionnel ainsi qu’à celle d’élections législatives et présidentielles transparentes et démocratiques, quel va être, quel doit être l’avenir politique des principaux acteurs de la Transition qui sont exclus en connaissance de cause de ces compétitions ?

Le Chef d’Etat de Transition, le Premier Ministre de Transition, le Président du Conseil National de Transition, les Membres du Gouvernement d’Union Nationale ainsi que les Membres du Bureau du CNT devraient-ils être rangés dans les placards de l’Histoire? Ne serait-il pas une ingratitude et la pire des irresponsabilités tant nationales qu’internationales si des dispositions ne sont pas envisagées quant à leur futur statut dans le Centrafrique qui vient ?

Garantir l’avenir politique et social des principaux acteurs de la Transition ne serait-il pas un gage de réussite de ce régime exceptionnel qui doit permettre au Centrafrique de renaître de ses cendres comme nous le voyons dans la région des Grands Lacs avec le Rwanda ? Certaines voix pourraient s’élever pour démontrer l’inopportunité des débats que soulèveraient ces questions. Mais j’ai la faiblesse de penser comme François Mitterrand qui, en 1981, en répondant à un journaliste disait : l’histoire des hommes progresse par paradoxes successifs, c’est à dire au sens étymologique, par infractions avec l’opinion convenue.

J’ai délibérément décidé de commettre ces infractions à travers ce débat en espérant que les réponses vont permettre de mieux baliser le chemin d’une Transition apaisée et consensuelle. Pour terminer, puis-je me permettre de nous inviter à examiner avec sérénité et sans passion la situation de notre pays en évitant d’éluder l’objet de cette réflexion que je ne peux pas ne pas faire en raison de ce que je vis, ce que je crois savoir, ce que je suis en train de découvrir dans l’exercice de mes fonctions de modeste parlementaire de la Transition depuis que j’ai quitté Cergy-Pontoise pour les rives de l’Oubangui, moins d’un mois après la rentrée de la Coalition SELEKA dans Bangui...
Centrafricainement vôtre…


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