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La voix centrafricaine des sans voix

Une journaliste courageuse, Sylvie Panika, dirige la Radio Ndeke Luka, seule «radio locale à dire la vérité» selon les auditeurs centrafricains

 

La journée commence par un défilé de plaignants. Hommes ou femmes, paysans ou professeurs, anonymes ou VIP : les victimes díexactions commises à Bangui, la capitale de la Centrafrique, sont accueillies chaque matin par la directrice de Radio Ndeke Luka, Sylvie Panika, et ses journalistes. Une mère détaille à líantenne le vol de sa voiture. Un homme au visage maculé de sang témoigne des circonstances de son agression. Les coupables? Tous pointent du doigt les anciens rebelles de la Séléka qui ont pris le pouvoir le 24 mars dernier.

 


© Olivier Tallès - la-croix.com
Au micro de Radio Ndeke Luka, Sylvie Panika donne la parole aux victimes díexactions commises à Bangui, depuis le coup díétat du 24 mars 2013
«Nous relayons le ras-le-bol»
Les journalistes écoutent, notent, enregistrent puis recoupent les témoignages. «Les gens viennent se plaindre à la radio comme ils vont à la clinique ou au commissariat, explique Sylvie Panika. Nous relayons sur les ondes le ras-le-bol de la population et líincapacité des autorités à rétablir la sécurité. Mais nous devons redoubler de vigilance.» En ces heures où la plupart des auditeurs sont prêts à croire níimporte quelle rumeur contre les auteurs du coup díÉtat, la crédibilité de la rédaction est en jeu. Dans le paysage médiatique centrafricain dévasté par les crises politiques à répétition, Radio Ndeke Luka («líoiseau de la chance en Sango») a valeur díinstitution que líon vive à Bangui ou dans un village de brousse isolé à la frontière du Congo Brazzaville. «Díaprès un sondage mené par la radio Voice of America, nous concentrons 80 % des auditeurs de la Centrafrique», se félicite sa directrice. Le public reconnaît le sérieux de ses journalistes et loue líimpartialité des émissions.

Une radio à líhistoire singulière
Son indépendance, Radio Ndeke Luka la doit à son histoire singulière. Cíest une enfant du programme Hirondelle, une fondation suisse qui soutient des médias díinformation dans les pays en crise. Aujourdíhui, des fonds de líUnion européenne, de la coopération suisse et de líambassade américaine assurent 80% du budget, le reste provenant de la régie publicitaire. «Nous conservons un statut díassociation, précise la directrice, ce qui nous donne une liberté de ton unique dans ce pays.»

Un journalisme sérieux et exigeant
Du haut de ses 45 ans, la journaliste parle díexpérience. Après des études en communication au Caire, puis une formation en France, Sylvie Panika a passé dix années à la Radio nationale, subissant la censure et les pressions en tout genre. Quand Radio Ndeke Luka part à la conquête des ondes en 2000, elle se lance dans líaventure. «Dès lors, jíai pu mettre en pratique les règles du journalisme sérieux et exigeant», se félicite-t-elle. Les reportages síenchaînent, au rythme des coups díÉtat et des violences qui émaillent líhistoire de la Centrafrique. En treize ans, Sylvie Panika a perdu le compte des menaces proférées contre la station et ses passeurs díinformations. «Les derniers temps du régime du président Bozizé ont été très dur, confie-t-elle. Des correspondants ont été obligés de fuir en brousse. On nía pas eu de nouvelles díeux pendant des mois.»

Vivre avec la peur
Au lendemain du coup díÉtat du 24 mars, la radio est pillée par les rebelles comme presque tout ce qui brille à Bangui. Les soudards volent la voiture, les quatre motos des reporters, les ordinateurs, tout líargent. Le personnel níest pas épargné. Un fusil braqué contre son torse, la directrice doit donner son passeport, son téléphone et son portefeuille à des soldats en traversant un barrage. La suite ici

 



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