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République Centrafricaine: pour quelle mobilisation?

LíEtat n'existe plus et la pénurie alimentaire menace, la communauté internationale conditionne son aide à un improbable retour de la sécurité dans un pays aujourd'hui livré au chaos

 

Alors que S.Exc. Mgr Dieudonné Nzapalainga, Archevêque de Bangui, reçoit ce 10 juillet, les mouvements et autres collectifs de la diaspora européenne de Centrafrique, des organisations humanitaires présentes en RCA lèvent le ton sur la situation de ce pays. Cíest un concert díindignation qui se fait entendre de plus en plus fort. Il y a quelques jours déjà Mgr Dieudonné Nzapalainga et neuf autres organisations humanitaires avaient signé un document, sous forme díappel, faisant état díune véritable urgence humanitaire. Le texte dresse un cadre dramatique de la situation en Centrafrique, quelques mois après la fuite du Président François Bozizé et líarrivée au pouvoir de Michel Djotodia, responsable de la coalition rebelle Seleka. «La majeure partie des centres sanitaires du pays sont fermés depuis six mois et environ un million díenfants níira pas à líécole, la population étant privée des services les plus élémentaires». Cíest dans cette optique ce les ressortissants centrafricains de la diaspora européenne se sont rapprochés du prélat pour lui soumettre les actions envisagées en faveur de cette population.

 


© journaldebangui.com
Dénonciation de líabandon de la Centrafrique
Dans un communiqué commun, Médecins sans frontières (MSF), Action contre la faim (ACF), Médecins du monde (MDM), Première urgence-Aide médicale internationale (PU-AMI) et Solidarités International (SI), fustigent l'insuffisance de la présence des Nations unies sur le terrain et le manque de financement par la grande majorité des bailleurs de fonds, dont certains conditionnent leurs financements à venir à une réinstauration de la sécurité, un statu quo aussi incompréhensible qu'inacceptable. Et la pénurie alimentaire menace, préviennent les ONG. En 2012, les récoltes n'ont pas été bonnes et les réserves sont peu importantes, a expliqué Bérengère Tripon, de SI, lors d'une conférence de presse commune. Ces réserves ont ensuite souvent été pillées, soit par des nomades, soit par la rébellion Séléka qui a pris le pouvoir en mars et multiplie depuis les exactions (pillages, rackets, viols, meurtres), selon les témoignages. On estime que la récolte 2013 couvrira un mois de besoins alimentaires alors qu'elle devrait en couvrir au moins six, selon Mme Tripon.

Toute la population est menacée par la faim
Thierry Mauricet, directeur général de PU-AMI, estime que 147.000 personnes sont déjà en restriction alimentaire sévère, sur 4,5 millions d'habitants. Et depuis début 2013, indique Alain Coutand d'ACF, le nombre d'enfants admis dans nos centres nutritionnels a doublé par rapport à 2012. Quant au système de santé, il agonise, l'approvisionnement en médicaments et fournitures médicales étant interrompu, l'accès aux soins impossible par endroits. Or une flambée de paludisme a déjà occasionné 60.000 consultations au premier trimestre dans les structures soutenues par MSF, soit +38% par rapport à 2012, tandis que rougeole et pneumonie sont en augmentation. La communauté internationale doit considérer la Centrafrique comme une de ses priorités. (...) La situation est pire qu'elle n'a jamais été, résume André Munger, de MSF.

 


© journaldebangui.com
Mgr Dieudonné Nzapalainga, Archevêque de Bangui, reçoit les mouvements et autres collectifs de la diaspora européenne de Centrafrique
Dans un rapport séparé publié également hier mardi 9 juillet, MSF estime que le coup d'Etat a plongé la RCA dans le chaos. Les bâtiments publics, les ministères, les écoles, les hôpitaux ainsi que des maisons particulières ont été pillés et saccagés, selon MSF. Le système de santé n'a pas été épargné. Les structures du ministère de la Santé ont été pillées, et les médicaments, les outils de diagnostic, les archives des patients et même le mobilier ont été volés. La plupart du personnel médical s'est enfui en province, explique l'ONG.

Toutes les organisations humanitaires travaillant dans le pays ont également été touchées (...) Les résidences des agences des Nations unies et des ONG internationales ont été pillées à de multiples reprises à Bangui et leurs entrepôts en province cambriolés. Dans un pays où le système de santé était dans un piteux état après des années de troubles et de crises à répétition, le système d'approvisionnement en médicaments déjà défaillant est désormais totalement inexistant, s'alarme MSF. Cette situation laisse présager une aggravation des taux de mortalité dans les prochains mois, y compris pour des pathologies courantes et soignables, comme le paludisme, avec potentiellement une des plus graves pandémies de ces dernières années.


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