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Reportage: à Bangui, la sécurité à tous les prix

La sécurité n’est pas revenue à la capitale de la Centrafrique, plus de trois mois après le coup d’État

 

Des soldats de la force de maintien de la paix africaine n’hésitent pas à louer leur service à des particuliers. Le cortège de blindés s’enfonce à vive allure dans les rues de Bangui, capitale de la Centrafrique. Les soldats congolais s’accrochent d’une main à la banquette, de l’autre à leur mitrailleuse. Crissements de freins. Les applaudissements des habitants saluent l’arrivée du convoi. Considérés comme les derniers défenseurs de la sécurité publique, les militaires étrangers de la Force multinationale d’Afrique centrale (Fomac) sont populaires comme des rock stars. Une femme en pleurs se précipite vers le commandant de la section. C’est elle qui a composé le numéro vert d’urgence de la Fomac. À l’intérieur de son jardin, des hommes de la Séléka, la rébellion qui a pris le pouvoir le 24 mars dernier, encerclent le 4×4 familial. L’officier de la troupe prétend agir pour le compte du procureur. Les téléphones sonnent. Sa version est vérifiée. Au bout d’un quart d’heure, le directeur de la sécurité, le général Hassan, surgit en hurlant des insultes contre son subordonné.

 


© defense.gouv.fr
La Fomac doit prendre le nom de Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite africaine (Misca)
La main sur son pistolet, l’officier réprimandé se braque. Il jauge le rapport de force. Cernés par les gardes du corps du général et les soldats étrangers, lui et ses hommes ne font pas le poids. Pourquoi mourir pour un 4×4 ? La tension retombe. Le général Hassan prend à part son subordonné, lui offre le thé, puis le laisse partir discrètement. «Ce soir ou demain, ce gars tentera encore de voler une voiture, regrette l’officier congolais. Il n’existe pas de chaîne de commandement dans l’armée de la Séléka.»

Des milliers d’euros à la Séléka contre les pillages
Face aux voleurs à la kalachnikov, les particuliers, les sociétés et les ambassades se tournent vers d’autres hommes en armes: les militaires. À coups de milliers d’euros par mois, les commerçants libanais ont évité les pillages de leurs grands magasins en s’offrant les services de soldats de la Séléka. Les paroisses et les entreprises y ont renoncé rapidement à cause des tarifs exigés par les anciens rebelles. «Et puis les troupes de la Séléka ne sont pas sûres, précise un évêque. Avec eux, le remède peut être pire que le mal.» Devant la faillite des pouvoirs publics, des Églises, des entreprises et l’ambassade de l’Union européenne se sont tournées vers les soldats et les gendarmes étrangers de la Fomac. Contre espèces sonnantes et trébuchantes, des commandants tchadiens, gabonais ou congolais n’hésitent pas à placer des unités chargées de la sécurité publique à la disposition d’intérêts privés. On les croise l’arme au pied à l’entrée des banques, des usines, des villas luxueuses, des paroisses, des bureaux d’agences des Nations unies. Selon la demande, les hommes de troupe jouent aussi les gardes du corps attitrés pour les VIP de la capitale. Les Tchadiens, par exemple, sont particulièrement prisés des hommes d’affaires européens. Assis à la droite du conducteur, ils sécurisent les 4×4 et leurs passagers.

«L’état-major de la Fomac n’est pas assez étoffé»
«Si nous sommes forcés à quitter la Centrafrique, des centaines d’employés locaux resteront sur le carreau», argumente un Français. Mais ce sont autant de soldats qui ne se déploient pas dans les quartiers isolés et livrés à eux-mêmes. L’Union européenne et la France, qui financent 85% de la force internationale en Centrafrique, ne sont pas dupes. «L’état-major de la Fomac n’est pas assez étoffé pour empêcher certains officiers de vendre leurs services, observe un diplomate. Les patrouilles et la création de trois numéros verts pour les appels d’urgence ont cependant amélioré la sécurité à Bangui.» Au cours des prochains mois, la Fomac a l’ambition de passer de 1 200 à 2 000 hommes. «On devrait pouvoir assurer la surveillance de la capitale, reconnaît un officier gabonais, mais sûrement pas celle du reste du pays.»

 



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