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Centrafrique: un coup d’état contre Bozizé ou contre les populations?

Ce qui se passe en Centrafrique est une véritable honte pour l’Afrique centrale

 

Depuis la chute du président centrafricain, François Bozizé, les populations de Bangui continuent de vivre dans une insécurité totale. Le pillage des biens continue. Et pendant ce temps, les nouvelles autorités semblent incapables d’y apporter une réponse adéquate. En tout cas, elles peinent à ramener la paix et à remettre le pays sur les rails. Si fait que l’on se demande finalement si le coup d’Etat a été opéré contre Bozizé ou contre les populations. A dire vrai, ce coup de force est loin d’être un acte libérateur.

Mais saluons tout de même l’arrestation de cette figure de la Séléka
Certes, le nouvel homme fort de Bangui, Michel Djotodia a toujours annoncé des actions visant à stabiliser le pays, mais les faits sont têtus. Il est difficile de convaincre aujourd’hui les populations de Bangui que leur sécurité s’est considérablement améliorée plus qu’avant. Il est évident qu’aux yeux de la majorité d’entre elles, la sécurité a régressé dans la capitale. Le limogeage suivi de l’arrestation du ministre des Eaux et forêts, Mohamed Daffhane pour comportement indélicat, est loin de constituer la potion magique pour mettre en confiance les habitants de Bangui. Tant s’en faut.


 


© REUTERS/Luc Gnago
Tout le monde veut la paix au pays
Le niveau d’insécurité actuel recommande des actions vigoureuses. Mais saluons tout de même l’arrestation de cette figure de la Séléka. Sa mise à l’écart peut contribuer à assainir un tant soit peu le climat sécuritaire et social. Surtout si ce qu’on lui reproche (pillage des biens, recrutement de mercenaires) est fondé. Il faut d’ailleurs s’interroger sur les intentions réelles de ce ministre qui dirigeait un département aussi important. On le sait, en plus du diamant, la richesse de la Centrafrique repose sur le bois. Et ce ministre pourrait bien se servir de la manne provenant de ce secteur pour monter une nouvelle rebellion. Et dans ce sens, il ne serait pas mauvais que l’on pousse plus loin les investigations afin de mettre hors d’état de nuire d’éventuels individus qui seraient tentés de porter des coups de massue à la Centrafrique. En tout état de cause, les nouvelles autorités de Bangui doivent se rendre à l’évidence que les populations n’ont pas encore vu les fruits réels du coup d’Etat. Elles attendent toujours le bonheur tant promis. Dans tous les cas, si ces nouvelles autorités ne veulent pas que les populations regrettent Bozizé, elles doivent entreprendre des actions plus fortes pour lutter contre l’insécurité. On constate que plus de trois mois après le coup d’Etat, le brouillard tarde encore à se dissiper. L’insécurité persistante à Bangui est le signe de la faiblesse de l’Etat centrafricain. On a même l’impression que le coup d’Etat a été opéré sans une vision claire.

En vérité, jusque-là, les putschistes n’ont pas convaincu les Centrafricains de leur capacité à les sortir de la grande misère dans laquelle bon nombre baignent depuis plus d’un quart de siècle. Faut-il penser que le président de transition, Michel Djotodia a un agenda caché ? En tout cas on s’interroge sur sa volonté réelle à vouloir remettre le pouvoir de sitôt. Il est certain que l’on ne peut organiser des élections équitables et transparentes dans ce climat de désordre et d’insécurité. Et c’est le silence de la CEMAC qui laisse perplexe. C’est avec la bénédiction de cette instance que Michel Djotodia a été installé à la tête de l’Etat centrafricain. Comment peut-elle alors assister à une telle déchéance de la Centrafrique sans prendre des mesures dissuasives? La FOMAC qu’elle a envoyée pour sécuriser Bangui n’a pas réussi jusque-là sa mission.

Ce qui se passe en Centrafrique est une véritable honte pour l’Afrique centrale
En fait, ce qui se passe en Centrafrique est une véritable honte pour l’Afrique centrale. Et, il y a fort à parier que l’action de l’ancien président François Bozizé y est pour quelque chose. Même hors du pays, ce dernier a toujours appelé les Centrafricains à résister à la Séléka au pouvoir. Il n’est donc pas exclu que ses partisans, tapis dans l’ombre, soient en train d’attiser le feu. Toutefois, cela ne saurait dédouaner les autorités actuelles qui ont pris l’engagement d’offrir pain et liberté aux Centrafricains.

 



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