Archive

Mgr Dieudonné Nzapalainga: «Du Jamais Vu en Centrafrique»

L’Archevêque de Bangui rencontre le 29 juin le pape François à Rome pour traduire la souffrance et le drame que vivent les populations centrafricaines

 

Au cours de votre dernière messe à Paris vous avez porté le message de la CECA, la situation en Centrafrique est …
Je suis en partance pour Rome où je dois recevoir le Pallium, l’insigne des archevêques. J’ai célébré en effet dimanche 23 juin l’eucharistie avec la communauté chrétienne et la communauté centrafricaine d’Europe, qui a une longue tradition depuis plus de 10 de célébrer et prier pour la paix en Centrafrique. Or depuis un certain temps, plus que jamais, la notion de paix est d’actualité. Chacun ne parle plus au niveau théorique, mais chacun a été touché par la dernière crise militaro-politique où, nous avons assisté à de viols, des actes de tortures, à des vols, des pillages, saccages, dévastations, vandalismes. Tout cela a ébranlé la cohésion sociale et nous Evêques de Centrafrique, cela faisait plus d’une semaine que nous nous étions retrouvés au siège de la CECA à Bimbo, pour réfléchir, sur la situation socio politique et économique, culturelle de ce pays, en posant un regard lucide, pas en donneur de leçon, mais un regard qui traduit la situation que l’on traverse dans le pays. L’évêque de Bangassou a parlé, celui de Berberati a parlé, de Bossangoua, Bouar, Mbaiki, Kanga Bandoro, Bambari, … tous les diocèses ont eu droit à la parole pour présenter la situation actuelle en RCA. Tous nous avons retenu comme expression, Du Jamais Vu!

 


© journaldebangui.com
Mgr Dieudonné Nzapalainga
Pourquoi une telle expression?
Ce qui s’est passé, c’est: Du jamais vu en République Centrafricaine au niveau militaire où on a vu beaucoup d’étrangers, mercenaires arriver massivement pour envahir et aussi continuer à spolier le peuple. Du jamais vu au niveau administratif, tous les bureaux, hôpitaux, écoles et d’autres institutions qui ont été détruites littéralement. Nous ne pouvons que nous poser des questions: qu’est-ce qui pousse tous ces gens à détruire la mémoire, pour ne pas dire annihiler la mémoire à travers les documents administratifs et autres archives brulées, Du jamais vu au niveau religieux. Qu’un groupe s’acharne systématiquement contre l’église catholique et les protestants pour pouvoir piller profaner, prendre tous les moyens roulants, plus d’une centaine de véhicules, des motos des Pères et Sœurs ont été emportés. En ce moment à Bangassou, il ne reste presque plus de véhicules, l’évêque marche à pieds, les prêtes aussi, et les gens sont bloqués pour exercer leur tâches pastorales. Paralysie totale. Du jamais vu au niveau sécuritaire. Parce qu’aujourd’hui avec tous ces mercenaires qui sont arrivés de partout, les gens ont peur. Ils ne peuvent pas sortir, ils sont bloqués.

<div align="center"><iframe width="560" height="315" src="http://www.youtube.com/embed/-A4ejOdcp1Y" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></div>

 

Quelle appréciations faites-vous de la mobilisation autour de cette messe pour la paix en RCA?
Moi personnellement, je suis heureux de voir que ce qui nous arrive au pays, nos frères et sœurs ne sont pas indifférents. Ils se sentent proches, ils sont devenus solidaires en se regroupant, en mobilisant leurs moyens, en envoyant les moyens financiers, les médicaments, que toutes ces personnes en soient bénies et remerciées au centuple. Ils sont arrivés dans ce temple pour prier, une manière d’être en communion avec ceux qui sont au pays. Je voudrais demander au seigneur de les bénir à leur tour. La mobilisation qui a commencé doit être une longue chaîne qui ne s’arrête pas aujourd’hui. Il manque encore des choses au pays, les médicaments, l’administration fonctionne au ralenti, la question de la sécurité n’est pas résolue. Il faudrait que nous gardions la veille. Nous devons êtres vigilants, nous devons regarder et apporter notre soutien. Nous lançons un appel à ce que les Centrafricains qui sont dans la diaspora puissent se mobiliser. Le tout n’est pas seulement de donner l’argent, mais aussi faire pression. Nous avons vu d’autres pays et des ressortissants d’autres pays comme le Mali faire ce que l’on appelle le lobbying et le plaidoyer auprès des institutions et des acteurs politiques pour que l’on change le cours de l’histoire dans nos états. Je crois que l’heure est venue pour que le Centrafricain prenne son destin en main. Dans la devise il y a le mot unité, puissions-nous nous unir ensemble pour l’intérêt général, l’intérêt national pour plaider parce que un changement radical arrive, que nous puissions dire, plus jamais cela. Le peuple a assez souffert.

Fondamentalement, il n’y avait pas de problème entre les musulmans et les chrétiens. C’est ce conflit qui nous a conduits dans cette trajectoire.
Mgr Dieudonné Nzapalainga

 

Votre espoir et celui que vous pouvez transmettre à tous ceux qui vous liront?
Mon espoir c’est de voir la République centrafricaine unie du nord au sud et de l’est à l’ouest. Tous ses enfants, toutes les régions, toutes les tribus, toutes les ethnies, que chacun puisse se sentir Centrafricain parce que l’unité est la force. Quand on est uni, on peut réaliser des œuvres. Ce n’est pas en ce morcelant, en excluant l’autre que l’on pourra relever le défi du développement qui attend la République Centrafricaine. Mon autre espoir est que tous les centrafricains puissent s’entendre. Il est possible de travailler pour des objectifs bien fixés en commun, et qu’aujourd’hui plus que jamais, c’est le moment de braver nos intérêts égoïstes et rechercher ce qui va élever un grand groupe. Nous avons aussi besoin de respecter l’autre. Tout homme est une personne. C’est important. Nous avons l’impression que la vie des Centrafricains est devenue tellement dérisoire si bien que l’on peut tuer quelqu’un et, le respect à la vie que l’on chante dans notre hymne, on ne le voit pas. Nous devons retrouver nos fondamentaux, nos racines. Je fais confiance à tous les Centrafricains. Ils ont en eux le génie propre qui va les pousser à se rapprocher des autres, à rechercher les voies et moyens pour s’en sortir. Personne d’autre ne le fera. Nous sommes les vrais acteurs, au lieu de rester passifs, devenons actifs, engageons nous, mobilisons-nous et nous verrons que on pourra parler de notre pays positivement.

Un mot aux assaillants?
Nous pensons qu’il est temps que ceux qui ont pris le pouvoir, puissent écouter la voix du peuple, car nous pensons aussi être leur porte-parole, pour qu’un changement puisse advenir. Nous avons dressé un genre de feuille de route demandant, qu’il y ait la sécurisation, que les éléments étrangers puissent regagner leur pays, et que tous ceux qui sont des FACA, puissent être réintégrés, afin que les fonctionnaires aussi regagnent leur bureaux. En nous pensons à terme retrouver le chemin de la cohésion. Musulmans et Chrétiens, nous pourrons travailler. Fondamentalement, il n’y avait pas de problème entre les musulmans et les chrétiens. C’est ce conflit qui nous a conduits dans cette trajectoire. Nous somme vigilants et nous disons NON à ce comportement qui pourrait ébranler la cohésion sociale. Maintenant, nous demandons aux uns et aux autres d’être des promoteurs de la paix sociale au niveau du pays.

 

 



Commentaire


Retour en haut