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La RCA sera-t-elle la pomme de discorde et la source de désordre de la Cemac?

«Les attaques de certaines villes camerounaises comme Kent- zou, Kette et Garoua-Boulaï montrent l’ampleur du phénomène»

 

Depuis près de deux mois, le régime centrafricain a changé de mains. M. Michel Djotodia, ancien chef de la rébellion fédérée est devenu, grâce à un processus de transition défini par les autorités de la CEMAC, le nouveau chef de la RCA. On ne sait pas s’il faut l’appeler chef de l’Etat. Puisqu’il n’a pas été élu par le peuple centrafricain, appelons-le « chef de la transition.» M. François Bozizé, qui l’a été, ayant été renversé. Pour faciliter les contacts, le sommet de Ndjamena a permis qu’un organe de transition soit mis en place pour que les uns et les autres n’aient pas à traiter avec un homme qui a renversé les institutions démocratiques de son pays. L’Union africaine a même suspendu la RCA pour ces raisons- là. Il est donc clair que la RCA va donner les maux de tête à tout le monde: d’abord au Cameroun qui est obligé de garder encore M. Bozizé sur son sol dans des conditions d’accueil qui ne l’incitent pas à se dépêcher de partir. Et sans qu’on puisse dire s’il partira finalement vers le Bénin ou le Togo qui étaient cités comme probables pays d’accueil au moment où il était accepté au Cameroun en transit. De plus, les exactions, le trafic d’armes lourdes, le vol de bétail, etc. de certains adeptes de l’ancien régime exacerbent la colère des populations de la région de l’Est. Ces mêmes exactions sont aussi le fait des soldats de la Séleka qui se croient investis du droit de suite en territoire camerounais. La RCA donnera en- suite les maux de tête aux autorités congolaises qui abritent une partie de la famille désormais éclatée de l’ancien président.

 


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Ensuite et encore, il y a le Tchad qui, de près ou de loin, se sent plus solidaire des nouvelles autorités de transition de la RCA. Les maux de tête ensuite et encore à la CEMAC qui, aux dernières nouvelles, est en train de déménager les installations de sa commission de la capitale Bangui devenue plus que jamais une ville dangereuse. Ensuite et enfin aux autorités centrafricaines elles-mêmes, incapables qu’elles sont pour l’instant, à rétablir l’ordre et la sécurité tant à l’intérieur qu’aux frontières notamment avec le Cameroun. Les attaques de certaines villes camerounaises comme Kent- zou, Kette et Garoua-Boulaï montrent l’ampleur du phénomène d’une part et l’interprétation de la notion de droit de suite telle qu’elle est appliquée par les autorités de la Séleka d’autre part. Le Cameroun doit donc prendre des mesures énergiques pour protéger ses frontières et ses villes de la région de l’Est et du Nord-est pour que les autorités de transition comprennent que la rébellion et les jeux ont des limites. Ces mesures doivent être à la fois militaires et économiques, afin que le Cameroun ne serve pas de terrain de rivalités centrafricaines avec des camerounais comme dommages collatéraux. Le Président Biya doit être ferme sur ce point et le faire comprendre y compris au fer rouge, si besoin est, aux rebelles actuellement au pouvoir à Bangui. La récente visite du Premier Ministre tchadien au Cameroun confirme que la couronne centrafricaine est truffée d’épines.

Au regard de l’importante délégation qui a accompagné le chef du gouvernement tchadien à Yaoundé, c’est en réalité un comité interministériel tchadien qui s’est transporté à Yaoundé. Et l’on peut parier qu’il ne s’est pas seulement agi du prolongement du chemin de fer que les deux pays se sont engagés à réaliser pour le plus grand bien des échanges entre les deux frontières. On peut également deviner qu’il ne s’agissait nullement de la sécurité transfrontalière, qui à notre connaissance, a fait des avancées significatives depuis que les deux pays ont décidé de contenir les assauts des assaillants, nombreux dans cette zone. Autant de ministres tchadiens ne peuvent pas non plus venir à Yaoundé juste pour dire au président Biya ce qu’il sait déjà sur le lac Tchad et l’impuissance de la CBLT. Assurément, la RCA est plus qu’un sujet de préoccupation au moment où le « turbulent » Bozizé va certainement tenter d’échapper au contrôle des autorités de Yaoundé, alors qu’il sait très bien qu’un procès est en train de s’organiser contre lui et ses fidèles à Bangui. Un procès pour des motifs de toute évidence alambiqués et qui prend toutes les allures d’une exécutoire désespérée pour les autorités de transition qui sont désormais face à leurs responsabilités et au peuple centrafricain qui attend le changement que la rébellion d’hier a chantait à tue-tête. Changer donc les choses messieurs! Un ministre Conseiller à la présidence centrafricaine est venu accompagner la dépouille d’Elvis Talla au Cameroun comme pour dire que les jeux sont finis à Bangui. Cela sera-t-il suffisant pour rassurer une opinion publique camerounaise plus que jamais irritée par cette forme d’irresponsabilité qui s’installe en mode de gouvernement en RCA? Seul l’avenir nous le dira.

 



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