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"N'aurions-nous d’autre choix que de nous battre contre la Séléka?"

C’est ici le lieu d’exiger de monsieur Djotodia de condamner publiquement, ouvertement et officiellement, l’inadmissible…

 

La désormais affaire de la perquisition illégale du domicile de l’un des sommités du barreau centrafricain nous rappelle cette triste réalité: jamais et au grand jamais, la malédiction qui semble s’acharner depuis près de deux décennies sur la République Centrafricaine n’aura paru aussi désespérante qu’aujourd’hui. En effet, au moment où le peuple centrafricain est accablé, effondré, épouvanté, enragé et désespéré par les exactions des mercenaires étrangers rassemblés avec leurs supplétifs locaux au sein de la Séléka et la non moins scandaleuse déchéance morale de la majorité de ses pseudo-intellectuels toujours attirés par l’odeur alléchante du bifteck républicain, c’est un véritable supplice que de devoir apprendre, une fois encore, la nouvelle de l’expédition punitive qui visait le domicile banguissois du bâtonnier Zarambaud Assingambi.

 


© journaldebangui.com
Adrien Poussou
Il y a là, à l’évidence, une volonté d’imposer un black-out total sur la situation du pays et de réduire au silence ceux, bien rares, reconnaissons-le, qui osent encore rappeler à Michel Djotodia et sa bande, qu’être centrafricain consiste à défendre une certaine idée de la vie, de la liberté, et de la solidarité entre les humains. Comment le dire autrement sinon en reconnaissant que malgré les indignations et les dénonciations, ces mystiques sanguinaires et grands criminels contre l’humanité continuent, plus de deux mois après leur effrayante prise du pouvoir, de sévir à Bangui et sur l’ensemble du territoire national comme en territoire conquis!

C’est parce qu’ils ont un plan. Ils nous conduisent là où nous avons toujours refusé d’aller: vers une islamisation du pays avec les conséquences que l’on sait. Ils le font sans mandat, sans avoir exposé leur véritable intention, au contraire, mais utilisent plutôt des détours et des contours. Nul n’est dupe. Ils le font contre la volonté des Centrafricains, qui, pour la majorité d’entre eux, éprouvent de plus en plus un sentiment de haine et observent un repli identitaire parce qu’ils ont fini par comprendre la réalité du projet qui est méthodiquement suivi. Leur chef, l’autoproclamé de Bangui, n’a-t-il pas déclaré, provocation maximale et mépris à la puissance cent, que contrairement aux églises dans lesquelles «on trouve tout », il y avait « rien dans les mosquées à part de vieux corans et de vieux tapis»? Façon de minimiser les attaques que ses complices mènent contre les églises chrétiennes.

Ai-je besoin de préciser que l’entreprise politico-religieuse qui se mettait en place début décembre 2012 à l’occasion des attaques de l’improbable coalition rebelle Séléka m’a très tôt inspiré de la méfiance? J’en voyais les excès, la forte détermination des commanditaires extérieurs, les moyens extraordinaires qu’elle mobilisait. D’ailleurs, je découvris qu’aux yeux des commanditaires enturbannés de cette rébellion, nous n’étions que de «chrétiens», c’est-à-dire tout sauf des hommes comme les autres. Car la guerre qu’ils menaient contre le pouvoir de François Bozizé avait, il faut le dire, pris l’allure d’un authentique génocide ou encore d’une entreprise d’extermination. Cette guerre, pensais-je, et cela a été vérifié sur pièce, était la plus épouvantable que nous avons jamais connu. Elle est à l’origine de l’instauration, sur la terre de nos pères, d’une atmosphère sanglante et impitoyable. Elle a entraîné, sur une échelle étendue, la généralisation de pratiques inhumaines, en conséquence de quoi nous avons l’impression d’assister à une véritable apocalypse.

..., les Centrafricains n’auront pas d’autres solutions que de débarrasser leur pays de cette gangrène par tous les moyens, y compris la violence.
Adrien Possou

 

C’est pourquoi, dès le lendemain des Accords de paix de Libreville qui avaient vocation à préserver l’unité nationale et le fragile équilibre social, j’avais pris le parti du peuple centrafricain en dénonçant ces barbares et en exigeant du régime Bozizé leur stricte application. Je disais que Séléka avec un «s» comme sottise et comme secte, en plus d’avoir le don de se faire détester à cause de ses pillages et autres destructions d’édifices religieux est, en dépit de ses prétentions, une force d’occupation que de libération. J'assénais qu’avec sa conception assez étrange de la légalité républicaine, Séléka n’était ni capable ni digne d’exercer le pouvoir de l’État dans un pays aussi meurtri que le nôtre. Cela s’est vérifié par la suite. Avec l’expédition punitive effectuée au domicile de maître Zarambaud, le moment est enfin venu d’aborder les vraies préoccupations que mérite le destin du peuple centrafricain. C’est ici le lieu d’exiger de monsieur Djotodia de condamner publiquement, ouvertement et officiellement, l’inadmissible perquisition opérée par ses hommes, ces fameux «éléments incontrôlés» au domicile de Zarambaud. Car, l’on ne peut durablement admettre ces agissements d’une autre époque. Ne pas le condamner, signifierait qu’il est le commanditaire.

Mais au-delà du cas particulier de maître Zarambaud Assingambi, se pose clairement la question de la présence de ces vrais faux mercenaires tchadiens (qui appartiennent en réalité à l’armée tchadienne) en Centrafrique. Il paraît en effet contre-nature voire même totalement absurde que le Tchad qui joue les conciliateurs dans la crise centrafricaine persistent avec son attitude de pompier-pyromane, laissant complaisamment les supplétifs de son armée entretenir ce chaos. À défaut, les Centrafricains n’auront pas d’autres solutions que de débarrasser leur pays de cette gangrène par tous les moyens, y compris la violence. Car, face à la saloperie extrême, quand c’est l’idée même de l’humain qui est en jeu et qu’il n’existe plus d’autre choix pour la sauver, il y ait des violences dont il convient, la mort dans l’âme si l’on veut, en traînant les pieds si l’on y tient, mais dont il convient quand même, de faire qu’elles s’imposent et l’emportent.


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