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François Bozizé, une chute précipitée par des paroles et des gestes

«Pour lui, c’était clair: les rebelles de la Séléka étaient soutenus par la France, l’ancienne puissance coloniale qui convoite le sous-sol du pays»

 

Le 24 mars dernier, le régime de François Bozizé s’effondrait face aux assauts irrésistibles des rebelles de la Séléka. En dehors de son refus de dialoguer avec l’opposition et la rébellion, ce que Maitre Nicolas Tiangaye a qualifié d’’’entêtement’’, cette chute a été aussi précipitée par des mots et des faits. Le jeudi 26 décembre 2012, les rebelles de la Séléka arrivaient aux portes de Bangui après une offensive déclenchée le 10 décembre pour renverser le président Bozizé. Mais celui-ci ne désarmait pas, il se montrait plutôt serein. Mesurait-il l’ampleur de la situation ? Lors d’une manifestation organisée par ses partisans, il fit sa première apparition à la place de la République à Bangui et décide de tout mettre au grand jour ; mêmes des ‘’secrets d’Etat’’. Ce jour-là, le désormais ex-président, était furieux non seulement contre les rebelles, mais aussi et surtout contre la France qu’il voyait derrière cette entreprise. «Ce sont eux qui connaissent ces rebelles parce que toutes les déclarations se font à longueur de journée sur RFI (Radio France internationale)», disait-il.

 


© slateafrique.com
Il aurait précipité sa propre chute
Afin de solliciter une meilleure compréhension de ses compatriotes, il décide de s’exprimer en langue nationale, le Sango. L’occasion pour lui de livrer publiquement des informations jusqu’ici non connues du ‘’Centrafricain ordinaire’’. François Bozizé se livrait ainsi à un véritable effort d’explication devant le peuple centrafricain pour lui attirer sa faveur. , mais qui feint de montrer le contraire, en même temps qu’elle le considère comme sa réserve dont l’heure d’exploiter n’a pas encore sonné.

Le mystère du pétrole et de l’uranium
«L’heure est grave. Mais ce n’est pas pour rien, c’est à cause de notre pétrole, de notre or, de notre cimenterie, de notre uranium qu’on leur a donné et qu’ils ont abandonné. Comment voulez-vous qu’on travaille avec eux ? (les Français). Je vous informe qu’avant de confier le pétrole à la Chine, j’ai été en France où j’ai rencontré quatre responsables de Total. Je leur ai demandé d’exploiter le pétrole centrafricain, ils ont refusé. C’est pourquoi je l’ai confié aux Chinois et cela devient des problèmes aujourd’hui», révélait-il à propos du gisement de pétrole dans le nord-est du pays. «Concernant l’uranium, j’ai envoyé un de mes conseillers à l’Elysée pour demander à la France de l’exploiter. La Réponse de la France a été négative. C’est ainsi que je l’ai confié au Sud-africains. Un an et demi plus tard, les Sud-africains ont défini la quantité qui était de 30 000 tonnes. (…) Aréva s’est précipité pour racheter le titre et le produit devait entrer dans la phase d’exploitation en janvier 2010. Je leur ai précisé que notre seul objectif était de voir notre uranium exploité. Mais arrivée à cette date, rien ne s’est passé. En 2012 on nous parle de la crise et ils refusent de l’exploiter. Peu de temps après, Avéra plie bagages. Je n’ai rien dit (…). Maintenant qu’il ne nous reste que le pétrole, ils font venir des mercenaires juste pour nous empêcher, pourquoi ?», S’était-il interrogé. En retraçant l’histoire de ces démarches diplomatiques, le président déchu voulait montrer le manque de volonté de la France d’aider son pays à sortir de l’extrême pauvreté. «Personne ne les empêche pourtant d’exploiter les ressources naturelles de la RCA; ce sont eux-mêmes (les Français) qui le refusent. C’est pourquoi nous sommes obligés de les confier à d’autres pays amis. Ils n’ont qu’à attendre que le pétrole sorte, et on va se partager les revenus. Mais pourquoi vouloir maintenir la RCA dans la pauvreté?», Lançait-il.

Victime comme les autres?
Dans ce discours unique en son genre, le général Bozizé était allé plus rappeler pour rappeler les circonstances jusqu’ici floues, de la disparition de Barthélemy Boganda et l’’’Opération Barracuda’’, menée par des soldats français en 1979 pour destituer l’empereur Bokassa. « C’est ce qu’ils ont fait pour tuer le président fondateur, Barthélemy Boganda, destituer Jean-Bedel Bokassa. C’est la même chose qu’ils sont en train de vouloir me faire », disait-il tout en demandant à la mobilisation de la jeunesse et des femmes. «J’appelle à la mobilisation de la jeunesse et des femmes, mais j’interdis tout acte de vandalisme ou de violence visant à détruire des biens des particuliers ou des représentations diplomatiques. Toutes vos manifestations doivent être pacifiques et dans le respect de la décision des chefs d’Etat de la CEEAC de Ndjaména qui demande aux rebelles de se retirer des villes qu’ils ont occupées et de regagner leurs position initiale». Cet appel fut entendu ; la coalition Cocora naquit ; mais elle n’empêcha pas la Séléka de s’emparer de Bangui le 24 mars 2013, après avoir franchi la fameuse ‘’ligne rouge’’ de Damara. Comme son défunt prédécesseur Ange Félix Patassé, le général Bozizé tomba après dix années de règne et de ‘‘gestion familiale’’ d’un pays qui n’existe plus que de nom. ‘’Qui tue à l’épée mourra par l’épée’’ !

 



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