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"Le conflit du Darfour transposé à Birao"

«La Centrafrique court le risque de se transformer en théâtre díun affrontement qui ne la concerne en rien»

 

Etrange malédiction que celle qui frappe la Centrafrique, qui est en perdition. Ce pays díAfrique centrale est devenu le conservatoire des maux du continent: mal gouvernance, gestion clanique et tribale de la chose publique, justice expéditive, assassinat et guerre civile. Là-bas, ne nous parviennent plus que des appels à la rescousse. Aujourdíhui, la Centrafrique court le risque de se transformer en théâtre díun affrontement qui ne le concerne en rien. Cíest parti pour que les armées tchadienne et soudanaise par rebelles tchadiens interposés síaffrontent sur son sol. Tout à commencer avec líattaque de la ville de Birao, aux confins des frontières du Tchad et du Soudan, par les rebelles de la Convention des patriotes pour la justice et la paix (CPJP) qui ont annoncé jeudi 25 novembre s'être emparés de la ville. Leur objectif est Bangui, la capitale, située à un millier de kilomètres: «Nous avons fait 48 prisonniers (...) et nous avons récupéré un stock assez important d'armes et des munitions. Birao est prise et notre objectif final est Bangui», síempressait de déclarer le chef de la CPJP, Abdoulaye Issène.

 


© lindependant-cf.com
Des rebelles armés
Aussitôt après, le porte-parole du gouvernement de Bangui, Fidèle Gouandjika, comme à son habitude, a promis une contre-offensive foudroyante: «Notre armée, après son repli tactique de la ville, prépare actuellement une sévère riposte qui ne fera pas de cadeau à ces bandits hors la loi». Le ministre de Bozizé nía pas manqué díaccuser au passage la rébellion, díavoir bénéficié díun renfort des «rebelles tchadiens chassés du Darfour», région de l'ouest du Soudan en proie à la guerre où de nombreux mouvements rebelles tchadiens disposaient jusqu'à récemment de bases arrière. Une accusation que la CPJP reconnaît à mots à peine voilés. Líun de ses responsables qui a requis líanonymat met en garde contre une intervention de líarmée tchadienne : « Si les tchadiens (líarmée tchadienne) attaquent nos positions, toute la sous région va síembraser. Les rebelles tchadiens qui sont justement à côté (au Darfour) ne vont pas rester armes au pieds. Ils traverseront pour nous prêter mains fortes. Même les soudanais seront obligés de réagir. Ce níest pas au Tchad de nous imposer Bozizé ».

Contrairement à ce quíannonce le porte-parole du gouvernement de Bangui, Birao est toujours sous le contrôle des rebelles. Selon nos informations, líarmée tchadienne est partie vendredi de la localité de Sido (au nord du pays) et fait mouvement vers Birao. Compte tenu de líétat très déplorable des routes centrafricaines, cette colonne de líarmée tchadienne ne pourra atteindre Birao quíaprès deux à trois jours de voyage. En revanche, la CPJP a reconnu qu'il y a eu des bombardements aériens de l'armée tchadienne aux alentours de la ville. Une information confirmée par une source au sein du haut commandement de líarmée centrafricaine, qui ajoute que «Ndjamena a reçu le feu vert de Paris», pour venir à la rescousse de Bozizé. Une précision à prendre avec beaucoup de circonspection. Pour un observateur de la situation centrafricaine, «cíest le conflit du Darfour qui est entrain díêtre exporté en Centrafrique». Celui-ci craint par ailleurs que la «guerre ne se généralise dans la sous région». Car, estime-t-il, «Bozizé est prêt à sacrifier les populations centrafricaines pour se maintenir au pouvoir».

 



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