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Centrafrique: désaccords entre la direction et la base de la rébellion Séléka

Le désarmement des troupes de la Séléka sème le trouble dans les rangs de la coalition rebelle

 

Trois semaines après la formation du gouvernement d'union nationale en République centrafricaine (RCA) dirigé par l'opposant Nicolas Tiangaye, les rebelles de l'alliance Séléka refusent leur cantonnement en vue de leur désarmement, contre l'avis de leur leader Michel Am Nondokro Djotodia, nommé vice-Premier ministre, ministre de la Défense nationale. Une coalition hétérogène de plusieurs mouvements rebelles opposés au pouvoir du président François Bozizé, Séléka, apparue en décembre 2012 dans le cadre d'une offensive lui ayant permis de prendre le contrôle d'une partie du territoire centrafricain qu'elle continue d'occuper. Elle est aujourd'hui minée par des divergences entre sa direction et sa base sur l'application des accords de paix conclus le 11 janvier à Libreville au Gabon. Source de désaccords, le cantonnement des combattants rebelles visant à les amener à déposer les armes afin d'être par la suite intégrés pour une partie dans l'armée régulière et pour l'autre reversée dans la vie civile en marge du processus DDR (désarmement, démobilisation, réinsertion) est une des clauses du compromis signé entre le régime de Bozizé et ses adversaires, qui a favorisé une accalmie dans les hostilités entre les deux camps.

 


© AFP
Les troupes de la coalition Séléka dans les villages
Lors d'une visite le 21 février 2013 à Vangué, localité proche de Damara, ville du Centre du pays décrétée «ligne rouge» par la Force multinationale de l'Afrique centrale (FOMAC) pour protéger la capitale Bangui contre l'avancée rebelle, Djotodia, qui participe au gouvernement avec quatre autres membres de la rébellion, a exhorté les troupes à favoriser la réalisation de ladite opération prévue sur trois sites: Kaga-Bandoro (Centre- Nord), Bria et Ndélé (Nord-Est). «Nous avons choisi ces villes parce que les bases de la FOMAC sont présentes dans ces localités, pour que vous bénéficiiez des meilleures conditions de vie. Si aujourd'hui nous acceptons de signer l'accord de paix de Libreville, alors respectons nos engagements. Car, la communauté internationale a les yeux rivés sur nous», a lancé l'ancien fonctionnaire du ministère centrafricain des Affaires étrangères précédemment aussi consul à Nyalla, au Soudan. Comme avec la formation du gouvernement d'union nationale où ils réclamaient sept postes ministériels contre les cinq obtenus, les chefs militaires de Séléka n'approuvent pas cette position. A la suite du général Mahamat al Katime, commandant des opérations à Damara, le colonel Michel Narkoyo, un des porte-parole de la rébellion, est formel: pas de cantonnement et de désarmement tant que les revendications ne sont pas satisfaites.

Deux exigences fondamentales
Deux exigences fondamentales sont formulées: le départ de la RCA des soldats sud-africains et ougandais chargés de prêter main forte au régime du président Bozizé et puis la libération des détenus politiques en relation avec la crise. «Nous attendons toujours la réaction du gouvernement. A Libreville, on a signé beaucoup de papiers. Jusqu'à présent, ni les Sud-africains, ni les Ougandais, n'ont quitté notre pays. On se demande pourquoi le président Bozizé garde encore ces forces étrangères dans notre pays», a souligné Narkoyo, ex-soldat de deuxième classe de la gendarmerie nationale devenu colonel dans la rébellion. Selon lui, ce retrait devait avoir lieu une semaine après la signature des accords de Libreville. «Nous sommes prêts pour le cantonnement, nous ne sommes pas résistants. On ne peut pas aller au cantonnement alors que nos frères restent en détention», a-t- il en outre mentionné, faisant valoir que s'il y a blocage dans l'application des accords de paix, c'est du côté du camp de François Bozizé, accusé de «manque de volonté politique» pour faire avancer le processus.

A l'en croire, ce blocage ne permet pas au «président Djotodia de contrôler totalement la situation en tant que ministre de la Défense. Il n'a pas le contrôle de l'armée. D'après nos informations, le président Bozizé a augmenté le nombre des Sud- africains et des Ougandais. Son fils qui fut ministre de la Défense est allé récemment à l'extérieur chercher des avions et des pilotes. Ils ont monté des hélicoptères et des avions de guerre.» Les mêmes accusations avaient été entendues à l'approche de l'ouverture du dialogue politique tenu en janvier dans la capitale gabonaise, sous l'égide des chefs d'Etat de la Communauté économique des Etats de l'Afrique centrale (CEEAC, à laquelle la RCA appartient). Elles sont aussi reprises par Eric Massi, porte-parole international de Séléka à Paris en France, qui a exigé que «le président Bozizé exécute de bonne foi les engagements qu'il a pris à Libreville».

 


© REUTERS
Il y a des responsables de Séléka d'accord pour le cantonnement d'autres pas
«Il n'y a pas de divergences. Nous sommes d'accord pour la mise en úuvre des accords. C'est les modalités qui restent à définir. Nous considérons que le processus ne peut pas être unilatéral. Nous avons arrêté notre offensive, nous sommes allés au dialogue à Libreville, nous avons accepté de signer l'accord de cessez-le-feu, nous avons accepté que le président Djotodia et les autres entrent au gouvernement malgré que la composition de ce gouvernement ne nous convient pas», a-t-il ajouté. Massi, dont les propos rejoignent ceux des chefs militaires de la coalition rebelle, a appelé la Commission des droits de l'homme des Nations Unies à se rendre en RCA pour «aller visiter les prisons et s'enquérir de leur situation afin qu'ils soient libérés». «Les arrestations doivent cesser, car, actuellement à Bangui les arrestations continuent», a-t-il poursuivi.

Mise en garde du ministre de la Communication
Ministre de la Communication, Christophe Gazam Betty, également membre de Séléka, s'est désolidarisé de cette ligne politique. «Moi, je n'assumerai pas la responsabilité de me mettre à dos les dix chefs d'Etat de la sous-région et la communauté internationale. Il faut être réaliste et responsable», a-t-il dit, précisant que les arguments soulevés sont des «aspects légitimes, mais ils ne sont pas liés au regroupement et au désarmement des combattants». «Celui qui prendra le risque de faire bloquer cette machine-là s'expliquera. Vous n'allez pas souhaiter que ce qui se passe au Mali arrive ici. Ça voudra dire qu'on a passé trois mois à dépenser de l'énergie pour rien. Personne n'a intérêt à ce que le processus s'arrête ou capote», a mis en garde Gazam Betty en annonçant des préparatifs avec l'envoi des équipes sur le terrain et la mobilisation du matériel (tentes et bâches) avec le concours des partenaires internationaux tels que l'UNICEF pour le cantonnement des troupes.

D'après le ministre de la Communication, «nous travaillons. On n'est pas au gouvernement avec une étiquette. On est ministre de la République, on n'est pas membre de Séléka. Il y a une équipe qui est sur place là-bas (fief rebelle, NDLR) en train de faire des réglages. Je souhaiterais qu'à la fin de la semaine, ce soit réglé». Il a fait part de la préoccupation de libérer le pays de l'asphyxie économique dans laquelle la nouvelle crise politique l'a plongé. «Il faut libérer les voies pour qu'on apporte les vivres à la population. Aujourd'hui, on est au bord de la famine. Les enfants ne vont pas à l'école. La question est d'ordre humain et d'ordre humanitaire». Si les rebelles annonçaient 4.600 combattants au début de leur offensive, les chiffres exacts des troupes à cantonner ne sont pas encore précisés, en dehors des 1.684 hommes déclarés à Damara, ville située à quelque 90 km de Bangui et où Séléka occupe une position à 5 km depuis sa récente progression en janvier, selon le colonel Narkoyo.


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