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Quel ou qui est le visage de la coalition Séléka?

Les rebelles ont tenu des réunions préparatoire en vue de leur participation aux négociations de paix de Libreville. Qui sont-ils et quelle est leur motivation

 

En présence du coordonnateur Michel Am Nondokro Djotodia, ex-consul de la Centrafrique à Nyala au Soudan et ex-fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères à Bangui, les responsables de la rébellion Séléka étaient réunis en fin de semaine à Bria (Est) pour préparer leur participation aux négociations de paix prévus à Libreville au Gabon. «Nous sommes en réunion avec les officiers. Nous sommes en train de nous organiser pour le départ à Libreville», a déclaré le colonel Kader Kedegard, aide de camp du Nondokro Djotodia. En mois de trois semaines, la rébellion Séléka s'est rendue maîtresse de Centrafrique avec fulgurance, et de nombreuses questions restent en suspens sur ce mouvement inconnu quatre mois plus tôt. On ignore précisément qui la dirige, d'où viennent ses armes, si elle dispose de soutiens à l'étranger et quelles sont ses composantes.

Identification
Le ou La Séléka réunit trois anciens mouvements rebelles: le CPJP, l'UFDR et le CPSK. Une coalition de mouvements politico-militaires qui donne du fil à retordre au régime du président centrafricain François Bozizé depuis le 10 décembre 2012. La Séléka, ce sont des voix et des visages d’un mouvement dont on sait finalement peu de choses. Eric Neris-Massi, le très médiatique porte-parole et coordonnateur international de la Seleka, s’achemine «allègrement», selon sa propre formule, «vers les 41 ans». Moins connu du grand public, François Nelson Ndjadder, le coordonnateur-délégué pour l’Europe, a juste 22 ans. On les identifie comme des icônes de la Seleka. Sur rfi, il est dit qu’ils vivent tous les deux en France, d’où ils informent les médias par voie de communiqués de presse et d’interviews sur le déroulement des opérations militaires sur le terrain. Ils ont en commun de vouer une réelle aversion pour le président Bozizé.

 


© journaldebangui.com
Nondokro Djotodia-UFDR (d), M. Dhaffane CPSK (milieu)
Eric Neris-Massi a perdu son beau-père, le médecin-militaire Charles Massi, ancien député et ministre, mort en janvier 2010, quelques semaines après avoir été arrêté à la frontière avec le Tchad et livré aux autorités centrafricaines. Et, dans la foulée, sa mère, Denise Neris-Massi, seconde épouse de l’homme politique, est morte de chagrin, trois mois après la perte de son mari, laissant son fils doublement orphelin. François Nelson Ndjadder a, lui, perdu son père, le général François Bédaya Ndjadder, ex-ministre de l’Intérieur et ancien directeur général de la gendarmerie nationale sous le régime d’Ange-Félix Patassé, lors d’un coup d’Etat manqué attribué à François Bozizé, en mai 2001. Depuis, le jeune François Nelson, qui a lui-même goûté de la prison en 2006, alors qu’il n’avait que 16 ans, nourrit du ressentiment envers un Bozizé devenu la bête à abattre. Sur sa page Facebook, il s’est choisi comme «devise préférée» ce dicton populaire: «La vengeance est un plat qui se mange froid»

Bangui les accuse de venir de pays de la région
Le gouvernement centrafricain accuse l'alliance rebelle Séléka d'être composée majoritairement de rebelles de la guerre du Tchad et du Darfour et ses leaders d'avoir des liens avec le wahhabisme, une forme rigoriste de l'islam. «Si certains responsables de cette rébellion sont d'authentiques Centrafricains, il n'en est pas de même de la grande partie de la troupe constituée très largement des Toro Boro, les rebelles soudanais du Darfour. Il y a les résidus des forces du rebelle tchadien Mahamat Nouri qui a été expulsé de Khartoum. Plus d'autres combattants de morphologie libyenne», a déclaré le ministre de l'Administration territoriale Josué Binoua. Connaissant les inclinaisons religieuses de ces leaders, M. Dhaffane et M. Nourredine, qui sont les deux principaux responsables de cette rébellion, ayant étudié en Arabie Saoudite et au Qatar, le gouvernement qui a dénoncé avec la dernière vigueur cette poussée des rebelles vers une guerre de religion s’interroge sur le but réel et sur leurs motivations réelles. Le régime du président François Bozizé a à plusieurs reprises qualifié l'offensive lancée par la coalition de la rébellion d'agression provenant de l'extérieur. Par ailleurs, une note de travail confidentielle du gouvernement de Bangui assure que M. Nourredine, «fils d'un imam» d'un quartier de Bangui, est un «ancien étudiant de l'Université islamique de Médine».

Dans le même temps la coalition des patriotes contre la rébellion armée (COCORA), un mouvement de jeunes proches du pouvoir de Bangui, a annoncé son intention de poursuivre Eric Massi, porte-parole des rebelles du Séléka, pour "usurpation de la nationalité centrafricaine". Pour Lévy Yakété, initiateur de ce mouvement et de cette de pétition, Eric Massi ne serait pas un Centrafricain d’origine. En effet depuis ses apparitions dans les médias internationaux, les rumeurs circulent sur la nationalité véritable d’Eric Massi qui ne serait que «le fils adoptif de l’ancien ministre d’Etat, et fondateur de la Convention des patriotes pour la justice et la paix (CPJP) Charles Massi, porté disparu depuis 2009, et non son fils biologique.» Par conséquent il ne devrait pas se dire Centrafricain soutient la coalition de jeunes patriotes

 


© journaldebangui.com
Les deux porte-paroles à l'international Eric Massi (g) et François Nelson Ndjadder (d)
Le message contre le pouvoir: Bozizé «doit rendre des comptes»
«Même s’il m’a enlevé les deux êtres que je chérissais le plus, je ne fais pas du départ de Bozizé une affaire personnelle», c’est en ces termes que s’exprime pour sa part, Eric Neris-Massi. «Mais il doit rendre des comptes au peuple centrafricain pour le mal qu’il lui a fait.» S’ils se retrouvent dans le combat contre le régime en place à Bangui et font tous du départ de Bozizé un point non négociable, les deux figures tutélaires de la Seleka ne sont pas pour autant des jumeaux . Alternant la rhétorique diplomatique et les discours de guerre, Eric Neris-Massi est la véritable vitrine extérieure de la Seleka. Féru d’informatique, métis né d’un père centrafricain et d’une mère elle-même métisse franco-centrafricaine, manager dans un cabinet parisien de conseil en gestion et finance, il a le port élégant, le verbe facile et un carnet d’adresses pour le moins fourni On y retrouve, de son propre aveu, les numéros directs de plusieurs chefs d’Etat africains, dont le Congolais Denis Sassou Nguesso, le Tchadien Idriss Déby-Itno, ou encore le Béninois Thomas Boni Yayi.

Allure de rappeur, passionné de musique et de jeux vidéo, François Nelson Ndjadder, qui a fait une partie de sa scolarité à Chicago, semble porter davantage les stigmates des drames successifs qui ont émaillé sa vie. Une photo du «Che» Guevara figure en bonne place sur sa page Facebook, aux côtés des portraits de son père portant un képi de gendarme et son grand-père en tirailleur bardé de décorations. Et ses communiqués de presse pour le compte de la Seleka, contrairement à ceux d’Eric Neris-Massi, se terminent invariablement par le slogan révolutionnaire bien connu: «La patrie ou la mort, nous vaincrons!»

Qui pour discuter autour de la table?
Selon une source proche du dossier, l'unité des factions au sein de la rébellion semble se fragiliser. «Il est probable qu'il y ait aujourd'hui des divisions au sein du Séléka: les rebelles se sont retrouvés face à une attitude nouvelle des Tchadiens et des FACA (forces armées centrafricaines) à Damara, et ils ont sans doute vu que c'était plus compliqué d'attaquer», a estimé cette source. Depuis la prise de la ville de Sibut, la voie diplomatique a été empruntée et des concessions on été faite de part et d’autres. François Bozizé avait fait des concessions en se disant prêt à des pourparlers en vue de former un gouvernement d'union avec une participation du Séléka. De leur côté, la concertation politico-militaire qui fait intervenir l’état-major de la coalition rebelle dirigé par le général Aubain Issa Issiaka à Bria, ville de l’Est de la RCA distante d’environ 600 km de la capitale Bangui, visait notamment à déterminer les modalités de participation de la rébellion au dialogue de Libreville auquel elle dit adhérer. La composition de la délégation est quant à elle avait été confiée à Eric Massi, porte-parole international de la rébellion à Paris en France, a confié le colonel Kedegard. «C’est Massi qui va organiser la composition de la commission de ceux qui vont partir (à Libreville, NDLR)», a-t-il justement indiqué. Et ce lundi matin, c’est Michel Djotodia, le chef de l’UFDR, qui dirigera le groupe de la Seleka composé d’une quinzaine de personnes.


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