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Afrique centrale: Mettre en œuvre l’architecture de paix et de sécurité (I)

La coopération dans ce domaine demeure largement insuffisante une décennie après la demande de l’Union africaine (UA)

 

Le dernier rapport d’International Crisis Group, est le précurseur d’une série de rapports qui analysent les dimensions régionales de l’insécurité en Afrique et les réponses qui y ont été apportées. Malgré leur soutien officiel à la création d’une architecture régionale de paix et de sécurité, les dirigeants d’Afrique centrale n’ont démontré qu’un engagement limité pour encourager la coopération sécuritaire. Afin de développer l’intégration politique, ils doivent se réinvestir dans la CEEAC, la réformer et fixer des priorités de sécurité claires et précises, ce qui ne peut se faire sans une volonté politique accrue. «L’architecture de paix et de sécurité en Afrique centrale ressemble à une construction inachevée», estime Thierry Vircoulon, le directeur du projet Afrique centrale de Crisis Group. «Les pesanteurs inhérentes à la géopolitique régionale, combinées aux égoïsmes nationaux, rendent la coopération problématique. Leur décryptage est nécessaire pour mesurer le chemin parcouru et les obstacles à franchir pour permettre à la CEEAC d’être plus efficace en matière de gestion des crises et de politiques sécuritaires».

 


© provincenordkivu.org
Vue des présidents au sommet de la communauté économique des Etats de l’Afrique centrale
Etablie en 1983 avec la double bénédiction de l’UA et de l’Union européenne (UE), la CEEAC incarnait la volonté de promouvoir le développement économique régional. La spirale de violence qui a enflammé la région dans les années 1990 a tristement souligné la nécessité d’une réponse politique et sécuritaire cohérente au niveau régional. La Communauté a ainsi progressivement étendu son mandat initial à la prévention, gestion et résolution des conflits. Malheureusement, à l’instar de l’intégration économique, les efforts dans le domaine de la coopération politique et sécuritaire n’ont pas produit les résultats escomptés. La coopération entre les Etats d’Afrique centrale demeure à l’état rhétorique. Les dirigeants régionaux doivent définir des objectifs communs et des priorités de sécurité dans une optique de mise en œuvre pratique et de résultats concrets, et les transcrire dans un plan de travail annuel. Cela n’est possible que dans le cadre d’une entité efficace politiquement et financièrement. La gouvernance et le processus décisionnel de la CEEAC doivent être réformés et les Etats membres doivent payer leur contribution.

Ils devront également accroître leur engagement politique en nommant leurs représentants auprès du Comité des ambassadeurs et aux postes de secrétaires généraux adjoints. Les partenaires étrangers, en particulier l’UE, la France et les Etats-Unis, doivent exercer un rôle important en renforçant le Secrétariat général et en soutenant une coordination efficace au sein du Groupe des amis de la CEEAC. «Au cours des prochaines années, le défi fondamental n’est pas tant d’injecter des fonds supplémentaires dans la CEEAC que de conférer un sens politique à une organisation paralysée par le jeu de méfiance, de rivalités et d’hostilités feutrées entre ses membres », analyse Comfort Ero, la directrice du programme Afrique de Crisis Group. «La CEEAC pourrait être une plateforme permettant d’établir la confiance entre les Etats de la région. Si elle est laissée à l’abandon et le sommet des chefs d’Etat continue d’être retardé, les pays d’Afrique centrale continueront de placer leurs propres intérêts au-delà des impératifs de sécurité régionaux».

 



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