Archive

Centrafrique : des soldats français racontent le chaos de Sangaris

Cinq militaires comparaissent ce jeudi devant une cour militaire pour des violences commises en Centrafrique et témoignent des abus commis par les forces françaises

 

Cinq militaires comparaissent ce jeudi devant une cour militaire pour des violences commises en Centrafrique et témoignent des abus commis par les forces françaises et des carences de leur hiérarchie.

Pour líArmée française, le cauchemar de Sangaris tarde à se dissiper. Cinq soldats et officiers comparaissent aujourdíhui devant un conseil militaire à Poitiers, pour des violences commises au cours de cette opération de sécurisation en Centrafrique, qui síest achevée en juin dernier.

Au-delà des faits qui leur sont reprochés, leurs témoignages dévoilent la triste réalité de líintervention française: pénurie de moyens, absence de hiérarchie, complicité passive face aux exactions commises par les troupes tchadiennes. Un an après la dénonciation par líONU des viols perpétrés par des casques bleus français sur des mineurs centrafricains, la "grande muette" est de nouveau éclaboussée par ces révélations embarrassantes.

Ces témoignages sont consignés dans un rapport díenquête, menée au printemps dernier pour appuyer les poursuites disciplinaires à líencontre des soldats. Le Parisien a révélé ce jeudi matin quelques extraits de ce document confidentiel.

Pénurie de matériel
Les faits remontent à début 2014: depuis le 5 décembre, les troupes françaises sont engagées en République centrafricaine pour mettre fin aux violences interreligieuses. Des affrontements sanglants opposent milices chrétiennes anti-balaka et rebelles musulmans de la Séléka. Les exactions se multiplient, la guerre civile confine au génocide. Les militaires du 2e Rima débarquent au milieu du chaos. Postés à líentrée nord de la capitale, Bangui, ils se retrouvent aux premières loges des massacres.

"On est arrivés dans un pays en guerre civile et on est arrivés au moment le plus fort, raconte un soldat aux enquêteurs. Nous níavions pas de couchage, pas de lits picots, pas de moustiquaires. On prenait les cartons des rations pour dormir dessus. Parallèlement à ça, on était menacés par la hiérarchie díêtre punis en cas de paludisme."

Un seul véhicule blindé pour plusieurs dizaines díhommes, alors que les combats de rue font rage. Les militaires improvisent et plaquent des gilets pare-balles sur leurs camions pour assurer un semblant de protection. Matériel vieillissant et inadapté, manque díeau potable et de munitions, conditions díhygiène déplorables, líintendance peine à suivre ces petites unités dispersée à travers la ville. Des conditions matérielles dénoncées à plusieurs reprises par les soldats de retour chez eux.

Obligés de subir le feu de leurs alliés
"Au quotidien, cíétait des embuscades, des mouvements de foule, maintien de líordre, des découvertes de cadavres (...). Chaque fois que líon trouvait des cadavres ex-Séléka, on était obligés de monter la garde pour éviter que les anti-balakas, voire la population, les découpent et les mangent", raconte líun des soldats.

Pour les militaires, la confrontation avec líhorreur est quotidienne. Líarrivée des soldats tchadiens ne fait quíaggraver les choses. Le président Idriss Deby, premier allié de líÉlysée dans la région, a envoyé des troupes en renfort pour sécuriser la capitale. Mais, indisciplinées et en majorité musulmanes, elles ne tardent pas à se joindre aux exactions contre les civils.

Líun des officiers mis en cause évoque un "massacre de la population" et "au moins trente corps". Dans la confusion, les militaires français sont eux aussi pris à parti. Impossible de répliquer à ces ingérables frères díarmes: le commandement ne transmet aucun ordre. "Jíétais obligé de poster les mecs en leur donnant líordre de ne jamais ouvrir le feu sur les Tchadiens. Nous níavons jamais reçu de conduite à tenir du PC (NDLR : poste de commandement)."

Livrés à eux-mêmes, témoins díatrocités quotidiennes, les "marsouins" flanchent peu à peu. "Face aux horreurs que líon a vues là-bas, on a commencé à devenir agressifs", confesse ce même officier. Ils basculent à leur tour, en mars 2014: alors que líopération síachève, les cinq prévenus décident de ramener des baïonnettes gravées, en souvenir, et les commandent à un marchand local... qui síenfuit avec líargent avancé. Il est localisé et rattrapé par les militaires quelques jours plus tard.

Il est roué de coups, puis attaché à un arbre, les mains dans le dos, un sac en plastique sur la tête. Il ne sera libéré quíau bout de plusieurs heures, par un officier qui le menace du bout de son fusil: "Si tu parles, ou si on te revoit dans les parages, cíest finex (sic) pour toi", rapporte Le Parisien.

Cette agression, dénoncée en avril dernier, a conduit à la suspension des militaires impliqués. Ils pourraient être définitivement révoqués si les faits sont avérés. Quelles que soient les sanctions disciplinaires, ils níen auront pas terminé avec la justice: la section militaire du parquet de Paris a également ouvert une enquête. Elle pourrait révéler díautres manquements dans la conduite des opérations.

 



Commentaire


Retour en haut