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Centrafrique: Le pouvoir de Bangui a-t-il contribué à la mort de Patassé?

Il a fallu une rencontre entre une délégation de M. Patassé et le président François Bozizé avant que le malade n’obtienne le droit de quitter le territoire centrafricain

 

Ange-Felix Patassé a livré en début d’année 2011 son dernier combat politique, en participant à la présidentielle organisée dans son pays. L’ancien président centrafricain s’est éteint à Douala, au Cameroun, des suites d’un diabète, à l’âge de 74 ans… La maladie du président Patassé n’était pas une information ces dernières semaines, mais plutôt le retour du mal dont il souffrait et surtout la fin de non-recevoir qu’ont opposée les autorités de Bangui à son évacuation à l’étranger… Il a fallu une rencontre entre une délégation de M. Patassé et le président François Bozizé avant que le malade n’obtienne le droit de quitter le territoire centrafricain. M. Patassé aurait-il pu être sauvé s’il avait bénéficié d’une évacuation plus rapide vers la Guinée équatoriale comme il le demandait? Que cachaient les oppositions du général Bozizé à la sortie de la Centrafrique de son opposant? Dans un contexte politique dans lequel le pouvoir de Bangui avait tout verrouillé, qu’a-t-il à gagner dans la disparition d’un adversaire politique? Des questions légitimes qui redisent à ceux qui n’y croyaient pas que le pays de Bokassa n’est pas encore une démocratie, en dépit des élections qu’il a organisées ces dernières semaines. D’ailleurs, tous les opposants de poids au parti au pouvoir, «Kwa na kwa», ont contesté la régularité de ces scrutins, en dénonçant une litanie de fraudes. Pas besoin d’être sorti de Sciences Po pour savoir que la distribution des cartes d’électeur le jour du vote ou encore la recherche par les électeurs de leur nom sur les listes le jour J ne sont pas gages de transparence électorale.

 


Ange-Felix Patassé, le «barbu national»
Ange-Felix Patassé et son parcours sinueux
Le «barbu national» comme le surnommaient ses compatriotes, restera surtout gravé dans leurs mémoires comme étant le premier opposant à avoir remporté une présidentielle en Centrafrique en 1993. Depuis, aucun politique ne l’a plus imité. L’amateur de cravates avec nœud de papillon sera réélu en 1999. Avant d’être renversé le 15 mars 2003 par le gal Bozizé. Un parcours du parfait démocrate qui est enténébré d’une part par ses services rendus au régime sanguinaire de Bokassa (en tant que ministre et chef de gouvernement). Et d’autre part par sa collision avec les inconduites commises par les hommes fidèles à Jean-Pierre Bemba sur le sol centrafricain. Plusieurs fois exilé (entre autres au Togo où il a des biens), l’ancien président de la Centrafrique est mort également en exil. Sous M. Patassé comme ses successeurs, la Centrafrique ne s’est toujours pas réconciliée avec elle-même! La paupérisation de sa population conduit même ses habitants à être nostalgiques de l’époque Bokassa. Les dernières élections (présidentielle et législatives) dans ce pays en sont la preuve; elles ont davantage divisé les Centrafricains, au lieu de les réunir autour d’un impératif national: le développement hic et nunc.

 



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