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RCA: Les déplacés de Bangui attendent toujours de rentrer chez eux

Quelques 50 mille personnes vivent toujours à MíPoko, un camp près de l'aéroport de Bangui, le pays compte en tout 450 mille déplacés (HCR)

 

Sous sa cabane en bâche, Albertine Idamba, 60 ans, rafistole sa couette usée. Cette mère de cinq enfants, vit depuis plus de deux ans à líaéroport de Bangui, dans un camp de fortune «MíPoko».

Une vie de déplacée, à laquelle elle nía «évidemment» pas pris goût, dit-elle à Anadolu, rappelant que violences, manque de nourriture et díaccès à líeau, en plus des maladies en tout genre, ponctuent son quotidien.

Albertine dont le mari a été tué par des miliciens lors de la crise interconfessionnelle qui a secoué la RCA durant plus de deux ans et demi, rêve de rentrer chez elle mais pour ça «il faudrait que les conditions soient réunies», dit-elle.

«Mes deux maisons ont été détruites et tous mes biens sont partis en fumée, je ne peux pas rentrer parce que je n'ai nul part où aller», explique-t-elle, pliant quelques vêtements usés quíelle a réussi à «sauver dans sa fuite».

En attendant, elle prend son mal en patience. Sexagénaire handicapée, elle entretient un potager pour nourrir sa famille vivant, au complet, dans le camp de MíPoko.

Non loin de la tente díAlbertine, se dresse celle de Sébastien Grekamba, un cinquantenaire renfrogné. Il «réfléchit» quand on lui demande síil compte rentrer chez lui.

«Je vis ici depuis trois ans déjà. Jíai essayé de rentrer chez moi une fois en septembre 2015, mais cela a coûté la vie à ma fille de 14 ans, qui a été tuée par des miliciens de la Séléka».

«Aujourdíhui encore, le calme níest pas tout à fait revenu et jíai peur de rentrer chez moi (dans le 3e arrondissement) et de perdre à nouveau un des miens dans des violences qui pourraient éclater», déclare-t-il, ajoutant que, déjà en février 2014, il avait perdu «un premier garçon», abattu par des miliciens anti-Balaka.

«Je demande simplement la sécurité dans mon quartier et un dédommagement pour me permettre de reconstruire ma maison et alors, je pourrais enfin retrouver ma vie», conclut-il.



 


© Reuters
Des déplacés dans le camp M'Poko, à l'aéroport de Bangui, le 11 février 2014

A la Mosquée centrale de Bangui, qui accueille aussi des milliers de réfugiés, c'est un scénario semblable qui se déroule. Mariam Boutouli, 47 ans, est ici depuis près de deux ans et avoue perdre peu à peu espoir de rentrer un jour chez elle. "Je me sens abandonnée par le gouvernement. Il est difficile et même impossible pour un musulman de retourner aujourd'hui dans un quartier hors du PK5 de peur de se faire lyncher. Mes enfants me demandent sans cesse quand est-ce qu'on va retourner chez nous. Nous attendons réparation, reconstruction et surtout, le retour de la paix, la vraie paix", insiste-t-elle.

Adam Fadoul, 27 ans, vend, quant à lui, du sel et du sucre à l'entrée du site des déplacés."Je suis obligé de vendre quelques petits articles pour espérer trouver à manger en fin de journée. Avant, je tenais une quincaillerie près de l'aéroport. Vous pensez que cette vie actuelle me plait ? Tout ce que je veux, c'est retourner un jour chez moi et vivre en paix avec mes frères chrétiens", dit le jeune musulman.

Comme Adam de nombreux déplacés qui souhaitent retrouver leur domicile, ou au moins leur quartier, disent attendre des actions fortes de la part du gouvernement pour les «rassurer» et leur «donner foi en líavenir».

La ministre des Affaires sociales et humanitaires, Virginie Mbaikoua, jointe par Anadolu, affirme «tout mettre en úuvre pour assurer le bien être des déplacés».

«Líune des priorités du gouvernement est díaider ces gens à retourner chez eux», déclare-t-elle, précisant que le gouvernement négocie actuellement des appuis auprès de la communauté internationale pour apporter de l'aide aux déplacés.

Comme Albertine, quelques 50 mille personnes vivent toujours à MíPoko, (et 450 mille déplacés dans l'ensemble du pays,selon le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés- HCR) même si le pays, marqué par trois années de violences inter-communautaires, semble retrouver une certaine paix depuis quelques mois, notamment après l'élection, le 14 février dernier du président Faustin Archange Touadéra.

Cette paix risque toutefois d'être inquiétée par les derniers événements dans la capitale, Bangui, notamment avec l'assassinat, il y a deux semaines, díun conducteur de moto-taxi musulman par des inconnus dans un quartier à majorité chrétienne. Plus récemment encore, le kidnapping, lundi, de six policiers, par un groupe armé, dans le PK5, quartier à majorité musulmane de Bangui.


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