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Condamnation de Jean-Pierre Bemba: c'est amplement mérité!

Par Boubacar Sanso Barry

 

Après Charles Taylor et Hissène Habré, une autre personnalité africaine de premier plan est rattrapé par son passé trouble. Au bout de huit années passées derrière les barreaux, Jean-Pierre Bemba, l’ancien vice-président congolais et surtout le chef de file du Mouvement pour la libération du Congo (MLC) est enfin fixé sur son sort. Reconnu coupable en mars dernier des chefs d’accusation de crimes contre l’humanité et crimes de guerre, il écope de 18 ans de prison, pour les faits de meurtres, viols et pillages que ses troupes avaient perpétrés en 2002-2003 en RCA. Sollicité par l’ancien président, Ange Felix Patassé, à l’époque menacé par une rébellion, l’opposant congolais y avait exporté ses hommes pour venir en aide à ce dernier. Mais selon les juges, il ne sait pas contenter de les y envoyer. A distance, il aurait continué à suivre les événements et à assurer ses fonctions de commandant-chef de la troupe. De ce fait, ont estimé les juges, il est ultimement responsable des exactions que ses hommes y avaient perpétrées.

Jean-Pierre Bemba, surtout pas innocent
Comme après chaque verdict de la Cour pénale internationale contre un Africain, les avocats et les partisans de Jean-Pierre Bemba crient à une justice aux ordres et dont les radars seraient à jamais fixés vers le continent africain. Mais à leurs dépens, en l’espèce, l’argument n’est pas recevable. Naturellement, on peut déplorer que l’opposant congolais soit encore le seul dans le box des accusés. Mais c’est faire montre d’une mauvaise foi des plus évidentes que de prétendre qu’il est innocent. L’argument selon lequel Jean-Pierre Bemba n’aurait pas pu contrôler ses hommes, ne tient pas la route. Même dans la très invraisemblable hypothèse qu’il n’aurait pas continué à commander ses hommes, le leader du MLC ne serait pas pour autant innocent.

 


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Une insulte aux victimes
Car en décidant de répondre favorablement à la requête d’Ange Félix Patassé, il savait que les rebelles qu’il prêtait à ce dernier n’allaient pas dans le cadre d’une campagne agricole ou pour prendre part à une festivité culturelle. Il savait qu’ils allaient en guerre. Or, dans la guerre, toutes les violations des droits humains sont possibles et envisageables. Il en découle donc que Jean-Pierre Bemba aurait pu imaginer que ses hommes se livreraient à tous les crimes qui le condamnent aujourd’hui. D’ailleurs, c’est une insulte aux milliers de victimes que de prétendre qu’il n’est pas responsable de ce qu’elles ont subi. Ces dernières pourraient en effet légitimement se demander si elles se seraient fait massacrer, violer ou piller, si Jean-Pierre Bemba n’y avait pas envoyé ses rebelles ? C’est dire qu’indépendamment de l’ordre qu’il aurait pu donner ou pas, l’opposant congolais est responsable des crimes par le seul fait d’avoir déployé une équipe qu’il savait en mesure de tuer, violer et piller d’innocentes victimes.

Des vies ôtées, des femmes souillées et des familles ruinées
Alors, que lui et ses partisans ne nous tympanisent avec une prétendue injustice dont il serait victime. La victime, ce n’est surtout pas lui. Au regard des vies de Centrafricains que ses hommes ont ôtées, des femmes qu’ils ont souillées et traumatisées à jamais et des familles qu’ils ont disloquées ou ruinées pour de bon, pleurnicher sur la condamnation dont il a écopée hier, n’est pas quelque chose d’admissible. Les juges se seraient montrés plus sévères, personne n’aurait crié au scandale.


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