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Viols d'enfants en RCA: démission du lanceur d'alerte de l'ONU Anders Kompass

Un geste fort pour protester contre l’ « impunité totale » des responsables et l’ « absence de regrets » formulés par sa hiérarchie

 

Anders Kompass a expliqué son geste par ces mots : « Il m’est impossible de continuer à travailler ici », en référence à l’impunité des responsables. Les hauts fonctionnaires de l'ONU restent souvent dans l’ombre, mais en juillet 2014, celui de Kompass est à la Une de tous les médias. C’est lui qui fait fuiter le rapport qui révèle les allégations d’abus sexuels sur des mineurs commis par des Casques bleus.

Les faits relatés sont atroces, impliquant des enfants de 9 ans, et des relations sexuelles en échange de nourriture. Ils déclenchent l’indignation internationale, mais Kompass est sanctionné par sa hiérarchie, pour « manquements graves aux procédures ». Il est finalement rétabli dans ses fonctions et sera blanchi fin 2015 par une commission d’enquête mandatée par Ban Ki-moon.

Le rapport est formel : Kompass n’a pas commis de faute. En revanche, il pointe du doigt de graves manquements dans la gestion du dossier par l’ONU. Depuis, l’Organisation tente d’adapter sa réponse, mais la machine est lente à se mettre en place et c’est aux Etats contributeurs de juger les responsables.

 


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Les Nations unies « refusent de prendre les mesures nécessaires »

Pour Paula Donova, co-directrice de l’ONG Aids-free World et qui a longtemps travaillé pour l’ONU, l'Organisation a dû mal à se réformer. "Les mesures prises par les Nation unies ces dernières années visent uniquement à sauver la réputation de l’organisation, estime-t-elle. Ils veulent faire croire qu’ils résolvent les problèmes mais ils ne font que tourner autour. Ils prennent les mêmes mesures depuis des années, des mesures bien trop faibles. Les fonctionnaires ne devraient jamais être jugés par leurs pairs, surtout quand il s’agit d’abus sexuels et pourtant, c’est comme ça que l’ONU continue de fonctionner."

Selon Paula Donovan, qui a notamment participé à rendre public le document accusant les soldats français d’abus sexuels sur les enfants en Centrafrique, ce ne sont pas les Etats contributeurs de troupes qui sont en cause mais bel et bien le système qui doit être changé.

"Ce n’est pas, comme l’ONU voudrait le faire croire, simplement la faute des Etats contributeurs de troupes qui ne coopèrent pas assez ou ne mènent pas d’enquête sérieuses. Ce sont bel et bien les Nations unies qui refusent de prendre les mesures nécessaires pour mettre fin à ces exactions", analyse-t-elle. Pour y remédier, Paula Donovan considère que "les Etats membres devraient se doter d’un mécanisme de justice international et indépendant pour juger ce type d’exaction et s’assurer que les troupes de maintien de la paix n’attaquent plus jamais les populations vulnérables qu’ils sont censés protéger".

En France, trois enquêtes ont été ouvertes après ces révélations, qui n'ont pour l’instant pas abouti. En tout cas, les révélations se multiplient depuis deux ans, signe peut-être que la parole se libère. L’ONU a recensé depuis l’année dernière plus d’une centaine d'abus sexuels qui auraient été commis par ses militaires. La majorité concerne la RCA et la RDC.


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