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Kania Mahamat , le combat d'une sage-femme pour mettre au monde une nouvelle Centrafrique

Kania s'est improvisée sage-femme pour la communauté musulmane, durant plus de deux années qu'a duré la crise en RCA. Aujourd'hui, elle se tourne vers l'avenir, qu'elle souhaite radieux

 

Durant les deux années qu'a duré la crise interconfessionnelle centrafricaine, de 2013 à 2015, Kania s'est improvisée sage-femme. Aujourd'hui, "heureuse de la mission qu’elle a accomplie",elle envisage dans la sérénité, un futur pour elle, mais aussi pour le reste de la communauté musulmane en RCA qui, bénéficie d'une nouvelle chance de se reconstruire.

Adjah Kania, a bientôt 59 ans et peut se vanter d'être une "sauveuse d'anges". Alors qu’elle a perdu plusieurs membres de sa famille, dont son fils et ses petits-enfants, durant la crise qui a secoué la Centrafrique, et qu'elle était forcée de trouver refuge à la Mosquée Centrale de Bangui au début décembre 2013, ayant tout perdu, elle s’est improvisée sage-femme pour des centaines de femmes n’ayant pas accès aux soins.

A la Mosquée Centrale qui a abrité près d’un millier de musulmans durant près de deux ans et demi, "la situation humanitaire était chaotique", se remémore-t-elle dans un entretien avec Anadolu. "La première nuit où je suis arrivée, deux femmes sont décédées lors d’accouchements. Plusieurs jours après, j’apprends que d’autres femmes ont rendu l’âme de la même manière, l’accès aux centres hospitaliers étant devenu impossible", confie-t-elle.

Quelques ONG interviennent pour apporter des soins aux déplacés mais ne parviennent pas à entrer dans les quartiers assiégés par les milices chrétiennes anti-Balaka, dit-elle. "Comme j’avais procédé quelques fois dans la brousse, à des accouchements dans des situations d’urgence, je me suis dit que c’était l’occasion de m’engager pleinement et bénévolement, auprès de ma communauté qui avait besoin, plus que jamais de mes services", poursuit-elle.

 


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Alors, durant de longs mois de «siège» dans le quartier musulman -sous la menace des miliciens anti-Balaka-, de jour comme de nuit, elle est sollicitée pour faire accoucher des femmes, dans la Mosquée mais aussi dans les maisons encore habitées par quelques irréductibles. "On m’a parfois appelé pour intervenir dans des cas graves. Je me rappelle qu’en décembre 2014 un soir, un jeune qui habitait un peu loin de la mosquée m’a appelé, paniqué, pour me demander de venir voir sa femme qui était en danger de mort".

"Ce soir-là, les armes crépitaient de partout et sortir était très risqué mais il m’a tellement supplié que je ne pouvais pas lui refuser mon aide. Un cousin à moi m’a accompagné, mais en sortant de la Mosquée, il s’est pris une balle perdue et est décédé le lendemain matin. Mais j’ai toute de même rejoint la maison de cette jeune femme", dit-elle, la gorge nouée.

« Assommée par ce souvenir », elle poursuit "Pendant cette longue nuit, des esprits de mort planaient sur nous et cette femme pouvait mourir à tout moment. Elle avait perdu beaucoup de sang et le poids de son bébé nécessitait une intervention chirurgicale mais nous n’avions pas la possibilité de le faire, et vu les affrontements en cours entre Anti-Balaka et des groupes d’auto-défense du PK5, personne ne pouvait venir à notre secours". "Finalement, je suis parvenue à extraire l’enfant par voie naturelle, même si ce fut avec beaucoup de mal. Cette femme a mis au monde une très jolie jeune fille à qui elle a donné mon prénom « Kania", j’étais très touchée par cette attention », dit-elle avec fierté.

Aujourd’hui, la tension a baissé, et les musulmans sont enfin libres de sortir du PK5, les femmes peuvent désormais aller dans les centres hospitaliers. Adjah Kania Mahamat elle, tente de refaire sa vie. "J'ai donné tout ce que je pouvais, à travers mes efforts physiques, mon courage, peu importe que ça ait falli me coûter la vie. Je suis tout simplement heureuse quand je vois les sourires sur les visages de ces enfants. Je rends grâce à Dieu et je souhaite à mon peuple, de se tourner, enfin, vers un avenir radieux", dit-elle, remplit d’espoir.


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