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RCA: après l'élection, la réconciliation?

Par Jacques Duffaut - 04/04/2016

Par Jacques Duffaut, Secours catholique Caritas France

 

Élu par une majorité confortable et jouissant d’une bonne réputation, le nouveau président centrafricain va devoir reconstruire un pays économiquement exsangue et humainement exténué par des divisions politiques. Les partenaires du Secours Catholique-Caritas France à Bangui analysent cette nouvelle donne.

Le 30 mars 2016, Faustin-Archange Touadéra accède à la présidence de la République centrafricaine. Ancien professeur d’université en mathématiques et Premier ministre pendant cinq ans sous Bozizé, M. Touadéra est aussi diacre de l’Église baptiste.

«Il n’est pas de ceux qui vont utiliser la religion pour diviser», estime Michel Besse, volontaire-permanent du Mouvement ATD Quart-Monde à Bangui, prêtre lié à la Communauté Mission de France, qui oeuvre au vivre ensemble en invitant les plus démunis à s'investir dans des actions citoyennes de réconciliation et de paix. Quelques-unes de ces actions sont financièrement soutenues par le Secours Catholique.

Depuis la chute de Bozizé au printemps 2013, et la guerre civile qui en a découlé entre chrétiens et musulmans, le pays a été dirigé par un gouvernement de transition à la tête duquel avait été placée Catherine Samba-Panza.

«On attendait de voir si une femme pouvait réussir là où les hommes avaient échoué, explique Yolande Ngbodo, coordinatrice de l’ONG Acord que soutient le Secours Catholique. Mais elle a échoué. Elle a fait comme les autres. Elle s’est entourée de gens de son ethnie et d’amis incompétents.»

Fair-Play
Selon Yolande Ngbodo, «c’est Touadéra qui portait le plus d’espoir lors du dernier scrutin présidentiel.» Le nouveau président a réuni bien au-delà de sa propre ethnie et a séduit les observateurs lors de son premier discours d'après élection. Il s'est donné pour priorité la «réconciliation nationale», la «relance économique» et la «sécurité des personnes et des biens.»

De plus, le président Touadéra a rendu hommage à son adversaire malheureux qui a reconnu de bonne foi les résultats du scrutin. Un fair-play «assez rare pour être noté», souligne Michel Besse.

Pour Yolande Ngbodo, le président devra s’atteler à deux gros dossiers: la santé et l’éducation. «Les hôpitaux n’existent presque pas, dit-elle. Les gens ont du mal à obtenir des soins. Quand ils sont malades, ils partent pour ne pas revenir. Quant à l’éducation, cela fait 30 ans que les Centrafricains ne reçoivent plus d’instruction. Les jeunes n’ont aucune capacité de discernement, ils n’ont pas d’avenir, ils sont désœuvrés.»

 


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Pluriethnique et professionnalisée
Michel Besse estime que le président pourra se consacrer d’autant plus facilement à la santé et l’éducation que la sécurité est assurée par une coalition extérieure. «Il n’a pas besoin de ruiner le pays en armes, en camions ou en casernes, explique-t-il, parce que la Minusca (Mission intégrée multidimensionnelle de stabilisation des Nations Unies en République centrafricaine) sera présente sur le territoire pendant encore dix ans. Le président peut donc se consacrer à redéployer les services de l’État.»

Quant aux Forces armées centrafricaines (les FACA), longtemps composées de membres venus d’une seule ethnie, l’intention du président serait de la refonder en «une armée pluriethnique, représentative de la Nation et professionnalisée».

Camps
Le pays est encore loin d’être sécurisé et toutes les personnes déplacées par le conflit ne sont pas toutes rentrées chez elles. En témoignent les quelques milliers de personnes vivant toujours dans les camps. Sur les 54 camps qui avaient surgi au plus fort de la crise, il en resterait dix.

Michel Besse estime que 18 000 personnes vivent encore dans le plus grand d'entre eux, le camp M’Poko, sur le terrain de l’aéroport où 100 000 personnes avaient trouvé refuge lors des combats qui opposaient les membres de l'ex-Séléka (principalement composées de mercenaires musulmans venus du Tchad et du Soudan) et les milices anti-balaka, à majorité chrétienne.

Quant aux commerçants musulmans, certains sont revenus au PK5, quartier de Bangui essentiellement musulman. Mais dans la province de l'Ouham, par exemple, et notamment dans la ville de Bossangoa, aucun retour de musulmans n'a jusqu'ici été observé.

Le Secours Catholique-Caritas France est engagé depuis plusieurs décennies, aux côtés de l’Église et de la société civile centrafricaines, dans le domaine de la réponse aux urgences, du développement et du renforcement des capacités des acteurs locaux.



 
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