INTERVIEW  |    

Centrafrique: «L’institut Pasteur a contribué au bien-être de la population»

Par Jérémie Soupou, Béafrika Sango - 03/03/2011

Le Dr Kazanji dresse le bilan des 50 ans d’existence de l’Institut Pasteur en Centrafrique et ses perspectives pour l’avenir

 

Monsieur le Directeur, vous venez de célébrer le cinquantenaire de votre existence en Centrafrique, est-ce que vous avez le sentiment que votre institut a contribué à l’amélioration de la santé en RCA?
L’institut Pasteur a énormément contribué au bien-être de la population centrafricaine. Il était inauguré le 25 février 1961, donc le vendredi 25 février dernier nous avons fêté nos cinquante ans d’existence. L’Institut Pasteur de Bangui à la même mission que tous les Instituts Pasteur dans le monde, à savoir la recherche biomédicale, l’appui à la santé publique et la formation. En termes de recherche biomédicale à Bangui, si on prend les cinquante ans, on voit qu’une partie importante des arbovirus, c’est-à-dire des virus qui sont transmis par des moustiques, a été identifié à Bangui. La description de la pathologie liée à l’infection du VIH, les premiers cas étaient décrits à Bangui. A l’Institut Pasteur, l’équipe de l’époque a décelé toutes les manifestations liées à cette infection dans les années 80. Dans le cas des maladies opportunistes, l’Institut Pasteur de Bangui a participé énormément à la description des maladies opportunistes liées au VIH et aux hépatites. Jusqu’aujourd’hui nous étudions l’infection par les hépatites B, C et E ; la dynamique de ce virus au sein de la population, les épidémies, tout cela s’inscrit dans le cadre de la recherche biomédicale.

Et l’appui à la santé publique?
Dans le cadre de l’appui à la santé publique, l’Institut Pasteur héberge un certain nombre de laboratoires de référence comme le centre de référence OMS pour la polio, le centre de référence OMS pour la rage, pour la fièvre hémorragique, pour le sida. Le rôle de ces centres est de surveiller les épidémies de ces pathologies en République Centrafricaine, mais aussi dans la région de l’Afrique Centrale. Vous voyez là qu’il y’a un lien entre le ministère de la santé et l’Institut Pasteur pour transmettre ces informations et de dire attention il y’a une épidémie de fièvre jaune, il y’a une épidémie de polio, il faut intervenir et le ministère intervient. Cette coordination marche très bien depuis cinquante ans.

 


© journaldebangui.com
Le Président François Bozizé accueilli par le Directeur de l'Institut pasteur, Mirdad Kazanji
Le bilan pour ce qui concerne la formation?
J’ai un énorme plaisir quand j’entends le Professeur Grézénguet (Doyen de la Faculté des sciences de santé), le Professeur Bobossi (Recteur de l’Université de Bangui), le Professeur Lala, Dr Nambéi dire qu’ils ont tous été formés à l’Institut Pasteur de Bangui, quand ils me disent «on est tous des anciens pastoriens». Donc l’Institut Pasteur a formé des cadres de santé en Centrafrique et continue à former ces cadres. Nous avons actuellement des laborantins, des techniciens, des médecins, des biologistes. Tout au long de ces années, l’Institut Pasteur a participé énormément au développement des problématiques liées à la santé dans ce pays.

Revenons sur la question de la recherche, à quoi ont servi les résultats des recherches menées par l’Institut Pasteur de Bangui?
Les résultats des recherches servent à deux volets : d’abord la connaissance. La recherche est faite aussi pour la promotion des savoirs. Nous publions nos résultats dans des grands journaux scientifiques et donc le monde entier lit la dynamique des virus, comment un virus peut se transmettre du moustique à l’homme, comment il peut émerger dans des hautes intermédiaires comme les chauves-souris, les ras (...). Donc ce sont des connaissances qui peuvent être intéressantes à toute la communauté scientifique dans le monde. La connaissance sur la dynamique virale, la dynamique bactérienne, la résistance aux antibiotiques par exemple. La recherche permet de savoir que telles bactéries ont développé une résistance spécifique sur tel ou tel antibiotique. Ce sont des informations importantes pour le monde entier. Parce qu’après, il y’a une meilleure prise en charge, une amélioration de la prise en charge parce qu’on sait maintenant que tel antibiotique ne marche plus, il faut le remplacer avec un autre qui marche. Voilà comment de la recherche au laboratoire, sur le terrain et puis après on retourne vers le malade pour améliorer la santé des malades et de la population : les résultats des recherches que nous faisons ici servent à introduire de nouvelles stratégies à la fois vaccinales, à la fois de traitement.

Quels sont vos projets pour cette 2011 en République Centrafricaine?
2011, c’est l’année du cinquantenaire lancé vendredi dernier par le Chef de l’Etat François Bozizé qui est venu donner le coup d’envoi des manifestations. Entre autres le vernissage d’une exposition sur l’Institut Pasteur de Bangui et notre exposition sur Louis Pasteur, le père fondateur. Tout au long de cette année, nous allons programmer des portes-ouvertes. Par exemple le samedi dernier nous avons organisé une porte ouverte pour les élèves du lycée Barthélemy Boganda de Bangui qui sont venus visiter l’exposition, les stands et discuter avec les chercheurs sur leurs travaux et après ils ont visité les laboratoires. En fin de journée ils ont visionné un film sur la grippe H1N1 pandémique. Et je pense qu’ils étaient enchantés par cette visite. Nous allons faire des projections de film, des expositions, des cafés scientifiques c’est-à-dire les jeunes étudiants peuvent venir suivre des échanges-discussions scientifiques.

 


© journaldebangui.com
Vue de l'Institut Pasteur de Bangui
Au mois de juin, la Directrice générale des Instituts Pasteur, Mme Alice Dautry viendra à Bangui pour inaugurer le laboratoire qui est actuellement en construction. C’est un laboratoire de haute sécurité qu’on appelle «laboratoire P3» qui permet d’augmenter et de renforcer notre capacité de diagnostic. Et avec ce laboratoire, nous allons pouvoir diagnostiquer les maladies émergentes, les virus émergents hémorragiques comme l’Ebola, la fièvre jaune, la grippe etc. Nous allons renforcer nos capacités de diagnostic dans le domaine du VIH, de la polio et de la tuberculose. C’est un grand laboratoire, un énorme chantier actuellement en cours pour améliorer les structures de l’Institut Pasteur de Bangui.

Qu’est-ce que vous recherchez en invitant des élèves d’un établissement à une porte ouverte sur l’Institut de Bangui?
On recherche la sensibilisation. Je prends mon exemple, j’étais toujours intéressé par la science ; mais je n’avais pas toujours eu accès aux laboratoires. Quand on est au lycée, on a envi de savoir qu’est-ce que c’est la recherche ; on a cette curiosité. On ne sait jamais, il y’a parmi ces jeunes des chercheurs émergents, des médecins émergents, des scientifiques émergents à l’avenir. C’est comme ça qu’il faut faire pour détecter les futurs talents ; et je suis très favorable à cela. Quand je vois mes enfants, comment ils s’intéressent à la science, je me dis qu’il peut en avoir beaucoup comme ça ailleurs mais qui n’ont pas cet accès là. Et donc on ouvre l’Institut Pasteur au public pour qu’il puisse démarrer une carrière peut-être dans ce domaine.

En 2010 une mission gabonaise était venue à Bangui dans le cadre du projet de prise en charge précoce de la drépanocytose. Ce projet est à quel niveau aujourd’hui?
Nous avons envoyé il y’a à peu près trois semaines des milliers d’échantillons pour le diagnostic de la drépanocytose. Nous avons fait une étude aveugle au départ pour connaitre le taux de prévalence de la maladie au sein de la population, notamment chez les femmes. Nous avons fait une collection de femmes anonymes, juste pour savoir la prévalence de cette maladie que nous sommes actuellement en train de rechercher avec le Gabon. En parallèle, nous avons introduit avec l’hôpital communautaire de Bangui, au service pédiatrie, le diagnostic prénatal qui est encore en phase d’étude. Une fois que nous constaterons que le système fonctionne bien entre le transfert du matériel de l’hôpital à Pasteur et de Pasteur au Gabon, nous pourrons lancer à plus grande échelle le diagnostic. Donc ce projet est en cours actuellement en parfaite collaboration entre le Gabon et la RCA. Après la première mission, le Docteur SICA Lucas de Franceville est retourné à Bangui avec les kits de prélèvement et nous sommes actuellement en train de les distribuer. On va commencer avec une expérience pilote avec l’hôpital communautaire.
 
MOTS CLES :  Pasteur   Bangui   Kazanji   50ans 

0 COMMENTAIRES

Afficher tous les commentaires | Poster un commentaire

POSTER UN COMMENTAIRE

Identifiez- vous : pseudo* e-mail
Titre du commentaire
votre commentaire
Etre prévenu par email quand une réponse est faite
Ne cochez oui que si vous voulez recevoir des mails en cas de réponse sur ce sujet et que vous avez saisi votre mail
Je reconnais avoir pris connaissance des conditions d'utlilisation

POLITIQUE

SPORTS

ECONOMIE & BUSINESS

DOSSIERS

Culture & Loisirs

Société

Débats & Opinions

Personnalités

Agenda - événements

Lancement du Africa CEO Forum 2015
Tous les événements

TOUT L'UNIVERS JOURNALDEBANGUI.COM

DOSSIERS

Dossiers

L'INTERVIEW

Interview

COMMUNIQUES OFFICIELS

Communiqués