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Procès Gbagbo et Blé Goudé: les temps forts du premier jour à la CPI

Par Journaldebangui.com, source Rfi - 29/01/2016

Ce procès est aussi celui d'un système élaboré, selon l'accusation, pour maintenir en place un régime coûte que coûte

 

Tout commence par cette mise en garde de la Cour : pas question de faire de ce procès une tribune politique. "C'est un procès pénal, pas une manifestation politique. Il ne s'agit pas du tout d'un procès à la Côte d'Ivoire ou même au peuple ivoirien, mais à deux personnes accusées de crimes", prévient le président. Le temps fort de la journée survient une heure plus tard, lorsque Laurent Gbagbo rejette les quatre chefs d’inculpation dressés par la Cour. « M. Gbagbo, plaidez-vous coupable ou non coupable ? », demande-t-on à l'ancien chef d'Etat. "Merci M. le président, je plaide non coupable", répond simplement l'ex-chef d'Etat.

Fatou Bensouda charge Laurent Gbagbo

«Non coupable», même réaction de son co-accusé, Charles Blé Goudé, qui tout au long de l’audience restera de marbre, focalisé sur sa prise de notes face à un acte d'accusation clair, stipulant que l'ex-président et son ministre sont poursuivis pour avoir conçu et exécuté un plan meurtrier destiné à assurer coûte que coûte la survie du régime. De l'avis de la procureure, Laurent Gbagbo s'est appuyé, pour parvenir à ses fins, sur un «cercle restreint» de proches qui contrôlaient une véritable «organisation» sur le terrain, composée des forces de défense et de sécurité, de milices, de mercenaires et de mouvements de jeunes.

Au cœur du dispositif, aux yeux de l'accusation: Charles Blé Goudé. L'ex-chef des Jeunes patriotes, surnommé «le général de la rue» pour sa capacité à galvaniser la foule, est jugé "responsable de certains des pires crime" commis durant la crise, comme des lynchages de civils, parfois sur la base du soupçon.

Charles Blé Goudé n'est pas en reste

Pour Eric McDonald, le substitut du procureur, "Charles Blé Goudé est celui qui a servi d'intermédiaire entre le cercle restreint formé autour de l'ex-président, et les jeunesses pro-Gbagbo. C'est la force qui a mobilisé, galvanisé cette jeunesse. C'était lui le porte-parole de Laurent Gbagbo, son propagandiste en chef."

Et Fatou Bensouda de reprocher aux accusés d'avoir fait sombrer la Côte d'Ivoire «dans le chaos». "Ce chaos, ce sont les discours de division prononcés par M. Gbagbo et ses proches qui l'ont engendré", assène-t-elle. Reste toutefois une grande absente : Simone Gbagbo. Elle aussi est visée depuis 2012 par un mandat d'arrêt, mais Abidjan refuse obstinément de la livrer aux juges de la CPI. Le nom de l'épouse de l'ex-président a été évoqué.

 


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Le retour de la question ethnique et religieuse

Jeudi, la procureure a surtout dressé un portrait sans concession de Laurent Gbagbo, décrit un homme prêt, pour rester au pouvoir, à s'attaquer non seulement aux partisans de son rival Alassane Ouattara, mais aussi à tous ceux qu'il considérait acquis à sa cause, y compris sur des critères religieux, ethniques et même de nationalité: "Les groupes ethniques, comme les Dioulas, généralement de confession musulmane, et les Ivoiriens origine ouest-africaine, ont tous été considérés comme des partisans de M. Ouattara. Les membres de ces groupes ethniques ont tous été pris pour cible lors de manifestations, à des barrages routiers et dans les communes les plus peuplées d'Abidjan, comme celle d'Abobo. Leurs foyers et les marchés qu'ils fréquentaient ont été bombardés, et leurs édifices religieux attaqués", dénonce Mme Bensouda.

Et l'accusation de dénoncer une préméditation

"Nous sommes ici pour envoyer un message fort à tous ceux qui complotent pour se hisser au pouvoir ou s'y maintenir, en aillant recours à la force et à la brutalité, à savoir qu'ils doivent répondre, et répondront, de leurs actes", lancera pendant l'audience la procureure de la CPI.

L'accusation s'est d'ailleurs penchée, pour la première fois, non seulement sur les cinq mois de la crise, mais aussi sur ses racines. Car, pour Fatou Bensouda, le plan de Laurent Gbagbo pour garder son siège présidentiel avait été fomenté alors qu'il était encore au pouvoir. Peut-être même était-il en germe depuis des années. "Il l'avait préparé, estime l'accusation, sachant qu'une élection présidentielle libre était à terme inévitable".

Ce vendredi, la représentante des victimes s'exprimera à son tour. Puis ce sera à la défense, avec peut-être une nouvelle prise de parole de l'ancien président de Côte d'Ivoire. C'est en tout cas ce qu'attendent ses partisans.
 

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