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Jean-Mermoz Namyouïsse espère en l’Education dans son pays

Par Luidor NONO - 01/03/2011

Entre «Les mésaventures de Jean-Mermoz» et sa vie en France, l’auteur pointe les faiblesses de l’éducation en Afrique

 

Comment se passe votre parcours dans l’enseignement en Centrafrique?
Un parcours classique comme la plupart des Centrafricains à proximité d’une école et que les parents veuillent bien les y envoyer. Donc école primaire et une partie du secondaire à Bossangoa. Terminale (Lycée des Martyrs) à Bangui. Une année de Sociologie et la formation accélérée des Instituteurs à Berbérati. A la fin de cette formation et, en attendant l’intégration dans la fonction publique, j’ai repris mes études de Sociologie sanctionnées par une maîtrise.

Pourquoi et comment envisagez-vous de partir de votre pays?
Il y a plusieurs raisons à cela. Déjà je n’ai jamais envisagé venir en France, même si à côté de moi, les «héritiers» en parlaient ou y partaient, ça donnait envie parfois. Ma carrière était quasi bien tracée. En tant qu'instituteur avec une maîtrise de sociologie, je projetais passer le concours de professeur de Lycée ou d’inspecteur de l’enseignement primaire. Mais la situation du pays s’est progressivement dégradée (…), on est en 2000. Alors il fallait que je change d’option. Ainsi, juste après ma soutenance en août 2000, je suis allé discuter de mon projet avec mon inspecteur, car j’enseignais depuis quelques années à l’école Bégoua au Nord de Bangui. Il m’a vivement encouragé et m’a aidé à rédiger, en termes appropriés, ma demande de mise en position de stage. Et me voilà lancé dans des démarches pour trouver les universités et constituer les dossiers d’inscription et de logement. Je suis donc retenu dans cinq universités. C’est à Roissy que j’ai procédé au tirage au sort et suis tombé sur Valenciennes. Voilà pourquoi et comment je suis parti de mon pays.

Comment avez vous bravez les difficultés rencontrées en terre française?
Les difficultés, il y en avait certes mais comparer à ce que je venais de quitter, c’était rien. Aussi, avais-je eu la chance d’être dans une formation où j’avais des collègues très bienveillants à mon égard, c’est le côté social ou «intégration». Au niveau académique c’est un autre problème. C’était un DESS en Développement local et économie solidaire. Il y avait des matières que je n’avais jamais étudié de par mes études antérieures en Centrafrique notamment: la comptabilité, l’analyse financière, le droit etc. Il fallait travailler dur pour compenser ces lacunes et être au niveau acceptable. Enfin au niveau psychologique, les années blanches récurrentes en Centrafrique aidant, j’étais le plus âgé de mes collègues en formation initiale.

 


© journaldebangui.com
Jean-Mermoz Namyouïsse
Quelle est la première chose qui vous a frappés?
Ce qui m’a frappé voire ému c’est l’attitude des Français ici et de certains qui sont ou ont été en Centrafrique. C'est-à-dire qu’il n’y a pas d’arrogance ni mépris à votre égard par rapport à certains de ceux qui ont vécu ou travaillent en Centrafrique. Certes ce n’est peut-être pas représentatif mais en tout cas c’est ce qui m’a marqué à mon arrivée en octobre 2000.

Quelle anecdote affectionnez-vous raconter aux arrivants
On m’a incité à écrire un livre qui s’intitulerait «Les mésaventures de Jean-Mermoz» c’est vous dire! J’en ai beaucoup en effet car je ne dissimule pas «mes mésaventures», considérées le plus souvent comme une honte. Êtes-vous prêts? Allons-y. A peine arrivé à la gare de Valenciennes, une demoiselle avec laquelle j’ai discuté dans le train et présenté sans ambiguïté que c’était ma première fois d’arriver en France me dépose à l’université. Il était 17h30 environ et tout était presque fermé. Une dame m’accueille et prévient le CROUS où j’avais ma chambre. Et cette dame m’explique: vous sortez et prenez à gauche, il y a un bus qui va directement à la résidence Jules Mousseron. Je sors et fais trois fois le tour de l’université sans apercevoir un seul bus. Vous savez pourquoi? C’est que dans ma tête, je pensais que ça se passait comme à Bangui où les bus sont là avec des rabatteurs qui crient en indiquant la destination: Gobongo, Combattant, Bimbo-Pétévo…. Or la réalité c’est que juste à gauche il y avait effectivement un panneau de Bus avec les horaires. Mais fallait le savoir. Leçon à retenir: Il ne faut jamais voyager avec beaucoup de bagages dans un pays où vous ne connaissez personne pour vous accueillir. J’avais juste comme bagage un petit sac en bandoulière dans lequel il y avait mes vieux cours et les documents administratifs. Comme vêtements, juste ceux que j’avais sur moi. Ce qui m’a évité d’être ridicule avec les charges en faisant des tours de l’université à la recherche de mon fatidique bus.

Aujourd’hui peut-on dire que vous êtes converti à la vie française?
Sous certains aspects oui d’autres non.

En ce qui concerne votre livre, quelle serait son utilité pour l’Afrique?
Pour être précis, mon livre est la version de ma thèse de Doctorat en Sciences de l’Education, soutenue en 2007 à Lille 1. C’est un livre scientifique, je l’ai écrit avec «l’esprit d’instituteur», c'est-à-dire accessible à un large public. Il traite du système éducatif et les abandons scolaires. Son utilité pour l’Afrique? Le grand défi qui attend l’Afrique au 21ème siècle est celui de la connaissance et du savoir qui l’aidera indubitablement à trouver une place respectable parmi les autres continents. Surtout qu’elle a la chance d’avoir une population majoritairement jeune. Cependant, il faut un système éducatif fort et contenir les abandons scolaires; c’est de ces questions dont je traite dans le livre. Ce qui est intéressant et encourageant, je suis régulièrement invité par des laboratoires de recherche pour le présenter et échanger sur la question de l’Education en Afrique. Aussi, il y a des syndicats français qui travaillent avec les syndicats africains des enseignants qui s’intéressent à ce modeste document.

 


© journaldebangui.com
Est-ce que vous vous sentez investit d’une mission? qu’est-ce qui vous a inspiré?
Oui, celle de la transmission des connaissances c'est-à-dire l’enseignement et la recherche appliquée. Car la sainte écriture même le précise «par faute de connaissance ton peuple périt». Ce qui m’inspire c’est le retard de l’Afrique par rapport aux autres continents et pourtant elle n’est pas si différente. Et ce même au niveau de leur trajectoire historique distincte (...). On peut dire ou crier que l’Afrique est riche en ressources naturelles. Ce sont les puissances étrangères qui pillent etc. Mais que représentent ces richesses si l’Afrique n’a pas de compétences africaines pour sa mise en valeur? Alors ceux qui ne disposent pas de ces richesses naturelles, dans leur pays ou continent, vont en profiter car ils ont la richesse intellectuelle et technologique; ils ont des compétences, ils ont la technologie. «On n’a pas de pétrole mais on a des idées». Certains continents l’ont compris notamment en Asie et ses dragons et l’Amérique Latine avec le Brésil, la Bolivie, l’Argentine… avec des dirigeants atypiques et volontaristes. Un seul pays développé ne pèse plus face à la Chine, la Corée du Sud ou l’Inde… en termes d’échanges économique, politique voire géostratégique ou géopolitique. Ces anciennes puissances sont obligées de constituer un bloc pour pouvoir discuter avec un seul de ces pays. Ce qui est impossible pour toute l’Afrique, disloquée. Donc il est temps que l’Afrique mette l’accent sur l’éducation pour le prochain siècle car: «Si vous faites des plans sur un an, plantez du riz. Sur dix ans, plantez des arbres. Et sur toute une vie, éduquez vos enfants » (Confucius, VIème siècle avant J.C). . Cette citation, la Chine l’a comprise et l’a appliquée voilà pourquoi plusieurs siècles plutard, elle suscite crainte et peur pour les uns et admiration pour les autres. Et pourtant, je rappelle que l’Afrique a tout en commun avec ces deux continents: Colonisation, décolonisation, guerre et lutte pour l’indépendance, terrain d’expérience idéologique (communisme, socialisme, capitalisme…) etc. Aujourd’hui, l’Afrique a plus de marge de manœuvre d’action qu’il y a 50 ou 60 ans. Mais pourquoi la perception en matière d’éducation comme levier au développement reste timide? Voilà la question essentielle.

Récemment se sont tenus des travaux sur le niveau scolaire des élèves centrafricains, votre vision?
Bien sûr, j’ai une vision puisque le livre traite spécifiquement du système éducatif et les abandons scolaires en Centrafrique. Les travaux, les réformes, les assises, les sommets, les conférences, les forums… sur l’Education c’est important. Mais ce qui est intéressant c’est ce que l’on fait des résolutions tirées de ces grandes messes itératives souvent budgétivores.

 


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Jean-Mermoz Namyouïsse
Envisagez-vous une campagne de votre livre en Centrafrique?
La campagne est permanente car la maison d’édition de l’université s’en occupe et vous aussi «journal de Bangui» en faites la promotion et je vous en remercie. Et l’impact est que je suis souvent sollicité… Présentement, dans le cadre de la Journée Mondiale de l’Afrique, je présenterai le livre et une conférence sur la République Centrafricaine non pas comme ancien Oubangui-Chari mais comme l’idée originelle des Etats-Unis d’Afrique Latine, initié par Barthélemy Boganda. Ce, à l’intention des étudiants de Sciences politiques de Lille 2.

Avez-vous pensez à votre retour au Pays?
Bien sûr. Après la soutenance de ma thèse de doctorat en mai 2007, dès le mois d’août je suis rentré. J’y suis resté pendant deux ans sans issue possible, ce qui était parfois difficile à vivre. Comme j’ai aussi un Diplôme d’Etat de Conseiller en Insertion Professionnelle et la Formation, j’ai trouvé un poste dans ce domaine en France alors je suis revenu en août 2009. Mon ambition de retour reste inaltérée, bien que je sois en France. Dès que mon dossier sera traité comme il se doit au ministère de l’Education Nationale et de la Fonction publique, je rentrerai pour apporter ma modeste contribution à l’Education et la Recherche.

Qu’est-ce qui vous manque le plus de la Centrafrique?
Manger dans la rue le maïs grillé avec des arachides; manger dans les gargotes de rue (Zougoulou) avec les conditions d’hygiène limites ou sommaires; ça me manque énormément car ça renforce le système immunitaire. Or ici tout est aseptisé à l’extrême et j’ai du mal parfois avec ça.
 
MOTS CLES :  Amélioration   Livre   Faiblesse   Namyouïsse   éducation 

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  • Namyouïssé, Jean-Mermoz
  • Le système éducatif et les abandons scolaires en Centrafrique: Cas de la région de l'Ouham (2007)
  • 290 pages, au prix de 30,00 euros (Franco de port pour la France, Etranger: forfait de 10 euros)
  • Diffusion, Anrt: Atelier national de reproduction des thèses
  • A.N.R.T.: 9, rue A. Angellier
  • 59046 Lille Cedex
  • Téléphone: 03 20 30 31 63
  • Télécopie: 03 20 54 21 95
  • L’ouvrage peut être commandé sur l’internet: www.anrthèses.com.fr Rubrique: Thèses à la carte
  • Discipline: Sciences de l’éducation/Pédagogie, méthodes éducatives

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