DéBATS & OPINIONS  |     KIOSQUE  |    

En Centrafrique, 
les urnes de la dernière chance

Par Richard Werly - 30/12/2015

Richard Werly

 

De passage à Paris en décembre, lors de la grande conférence COP21 sur le climat, Mahamat Kamoun avait tenu à rappeler dans son discours combien la pénurie d’énergie et d’électricité empêchait des pays comme le sien de décoller économiquement. Trois semaines après l’obtention d’un accord à l’arraché et à la veille du premier tour de l’élection présidentielle en Centrafrique ce mercredi, le jugement de cet économiste, devenu en août 2015 chef du gouvernement de transition, n’a pas changé.

Que se passera-t-il au-delà du scrutin, si le redressement des infrastructures ne permet pas de stabiliser la situation économique en Centrafrique, plongée dans la guerre civile depuis 2013? [i "L’organisation des élections n’est pas une fin. C’est une étape, qui reste de plus délicate, explique le premier ministre au Temps. On ne pouvait pas continuer de transition en transition. Le fait que 2 millions d’électeurs [sur 4,5 millions d’habitants] se soient enregistrés démontre que, malgré les dangers, les acquis de notre administration intérimaire bénéficient d’un fort soutien populaire. C’est ce capital de confiance que la communauté internationale, l’ONU, la France et les pays de la région doivent nous aider à faire fructifier."]

Cortège de destructions

Né en 1961, ancien directeur du Trésor public, ancien haut fonctionnaire à la Cnuced à Genève, Mahamat Kamoun sait que la route sera longue pour sortir la Centrafrique de l’ornière. Les deux années d’affrontements entre milices séléka, essentiellement musulmanes, et anti-balaka, largement chrétiennes, ont engendré des centaines de milliers de victimes et un cortège de destructions que l’intervention de l’armée française – avec l’opération Sangaris lancée en décembre 2013 – a nettement ralenti, mais pas surmonté. L’intéressé, de confession musulmane, n’a d’ailleurs pas cessé d’être contesté depuis sa nomination, même s’il compte de beaux succès à son crédit, comme le récent déblocage par le Fonds de développement saoudien d’un prêt de 89 millions de dollars, assorti d’une promesse de financement à hauteur d’un milliard de dollars. "Je fais partie de ceux qui voient dans la visite du pape François à Bangui, le 29 novembre, un formidable message, poursuit-il. Il a été plus qu’ovationné. La communauté musulmane l’a protégé lors de sa visite à la mosquée centrale de Bangui. C’est de ce type de gestes audacieux que nous avons besoin au-delà des urnes. La manière dont un comité interreligieux, mais aussi les associations de femmes, a conduit cette visite papale devrait nous inspirer."

 


© Droits réservés
Désarmement

Cette parenthèse tiendra-t-elle jusqu’au 30 janvier 2016, date présumée du second tour de la présidentielle, pour laquelle les anciens premiers ministres Martin Ziguélé (lié au défunt président Patassé, successeur de l’empereur autoproclamé Bokassa) et Anicet-Georges Dologuélé (lié à l’ancien président Bozizé, renversé au printemps 2013 après dix ans de pouvoir) sont donnés favoris parmi la trentaine de candidats? "Le sursaut patriotique de la population doit être mis à profit. Mais deux conditions doivent être réunies pour cela: le désarmement progressif des factions, et la mise en œuvre d’un embryon d’activités économiques, grâce notamment au retour des investisseurs."

Parmi ces derniers figure un homme d’affaires français résidant à Genève, Laurent Foucher, aujourd’hui à la tête d’un des opérateurs de téléphonie mobile. L’homme a servi d’intermédiaire pour le prêt saoudien. Quelles opportunités en Centrafrique? "Le pays regorge d’énormes potentialités, d’abord parce que tout le monde est parti, et qu’il y a donc des places à prendre", juge Mahamat Kamoun, prompt à gommer la stagnation économique actuelle et les contraintes liées à l’insécurité qui perdure dans la capitale mais aussi à proximité du lac Tchad, autour duquel sévissent les bandes armées du mouvement islamiste radical Boko Haram. Les ressources minières du pays (or, diamants) viennent bien sûr en tête. Suivies par les ressources forestières et agricoles: "Plus le processus électoral apaisera la situation à l’intérieur du pays, plus ces domaines redeviendront exploitables", complète Mahamat Kamoun.

La France, qui compte environ un millier de soldats en Centrafrique, se retrouve évidemment en position d’arbitre de son destin politique, au moment où le nouveau président élu du Burkina Faso voisin, Roch Kaboré, vient de prendre ses fonctions mardi. Sauf que beaucoup de dirigeants centrafricains veulent éviter le tête-à-tête avec Paris: "La mission européenne de formation et d’encadrement de l’armée centrafricaine va dans le bon sens, poursuit le premier ministre, qui, comme la présidente de transition Catherine Samba-Panza, quittera bientôt la politique. Il nous faut trouver des appuis pour notre redressement, y compris en Suisse."
 
MOTS CLES :

1 COMMENTAIRES

Afficher tous les commentaires | Poster un commentaire

En Afrique ceux qui votent ne decident rien ce sont ceux qui comptent les voix qui décident .....

Par sorokaté

01/01/2016 08:42

31 décembre 2015
Présidentielle centrafricaine : le dépouillement des votes se poursuit lentement


-


Bangui (AFP)

Les opérations de dépouillement des votes se sont poursuivies avec minutie jeudi en Centrafrique, dans une atmosphère fébrile à quelques heures du Nouvel An, au lendemain de la présidentielle et des législatives censées ramener la paix après trois ans de violences intercommunautaires.

Malgré le calme régnant à Bangui, l’attente des résultats suscitait déjà quelques inquiétudes sécuritaires.Avant la nouvelle année, le gouvernement a interdit jeudi les "explosions de pétards" et l’usage d’"armes automatiques" (festif) par les civils ou les militaires, selon un communiqué.

Le Centre de traitement des données dans Bangui était jeudi sous bonne garde de Casques bleus, a constaté l’AFP.Un blindé était positionné et des chicanes en ciment ont été installées devant le bâtiment pour éviter toute éventuelle attaque intempestive de supporteurs de candidats mécontents.

A l’intérieur, dans une vaste cour, des piles d’urnes en plastique transparent attendaient d’être ouvertes pour être vérifiées.

Dans une salle où des agents vérifiaient la validité des résultats provenant du premier arrondissement de Bangui, plusieurs anomalies ont notamment été relevées dans le rendu des bureaux de vote : absence d’une liste électorale, parfois carrément absence des bulletins de vote, ainsi qu’un net différentiel entre le nombre de votants et le nombre de suffrages comptabilisés au final.

Lors d’un point de presse, l’Autorité nationale des élections (ANE) a fait état jeudi après-midi "de difficultés logistiques".Pour les législatives, "il y a aussi eu des erreurs d’impression de bulletins dans certaines circonscriptions" et dans d’autres, "des bulletins de vote ne sont pas parvenus" aux centres de compilation, a reconnu son porte-parole Julius Ngouade Baba.

Il a appelé les candidats des circonscriptions concernées à exercer, s’ils le souhaitent "leur voie de recours auprès de la Cour constitutionnelle", précisant que l’ANE se conformera ensuite aux décisions de la juridiction pour organiser d’éventuelles élections partielles.

L’Union européenne, tout en saluant "la forte mobilisation" des électeurs, a averti jeudi que "la centralisation des résultats et le traitement des contentieux seront particulièrement importants pour la crédibilité des élections".

Le vote de mercredi, qui s’est déroulé sans incidents sérieux, s’est prolongé parfois tard dans la nuit dans les bureaux qui avaient ouvert en retard en raison de lenteurs dans l’arrivée et la mise en place du matériel électoral, à Bangui comme en province.

Pour le chef de la Mission des Nations unies (Minusca), Parfait Onanga-Anyanga, la participation importante et l’absence d’incidents violents ont été "un succès".

Les favoris satisfaits -

Sans surprise, les favoris parmi la trentaine de candidats à la présidentielle se disent jeudi déjà "satisfaits" de leurs résultats.

"Les résultats sont très très satisfaisants, a déclaré à l’AFP l’un d’eux, Martin Ziguélé, ancien Premier ministre.Mon parti (le MLPC) fait de bons scores dans les zones où nous sommes peu implantés et dans +nos+ régions c’est un score à la soviétique !".

L’entourage d’Anicet Georges Dologuélé, lui aussi ancien Premier ministre, se dit également satisfait.Selon sa cellule de compilation des données, il arrive "largement en tête" dans la plupart des arrondissements de Bangui et dans plusieurs préfectures de province.

L’autre favori, Karim Meckassoua, plusieurs fois ministre, n’était pas joignable.

Le nom d’un outsider, Archange Touadéra, ancien Premier ministre du président François Bozizé lors de son renversement en 2013, est aussi souvent avancé comme étant en bonne position par différentes sources non officielles.

François Bozizé, sous le coup de sanctions internationales, n’a pas pu se présenter.

Dans ce très pauvre pays de 4,8 millions d’habitants, essentiellement rural, les électeurs ont participé massivement et dans le calme à la présidentielle et aux législatives qui étaient organisées en même temps, des scrutins plusieurs fois reportés, tant en province que dans la capitale.

Les forces internationales (ONU et française Sangaris) se sont fortement mobilisées pour assurer la sécurité du vote, avec une montée en puissance des éléments des Forces armées locales (FACA), qui ont l’avantage de bien connaître le terrain.

Le renversement du président Bozizé, en mars 2013, par la rébellion à dominante musulmane Séléka de Michel Djotodia a précipité le pays dans un cycle de violences intercommunautaires qui a culminé fin 2013 avec des massacres et le déplacement de centaines de milliers de personnes, contraintes de fuir les exactions des combattants Séléka et des miliciens essentiellement chrétiens anti-balaka.

M. Djotodia a finalement été contraint à la démission début 2014, dans la foulée d’une intervention militaire internationale sous la conduite de la France, ancienne puissance coloniale.

La Centrafrique souffre d’une économie détruite, sous perfusion des bailleurs internationaux qui, France en tête, ont poussé à l’organisation rapide d’élections malgré l’insécurité.

Les résultats définitifs de la présidentielle ne sont pas attendus avant une semaine et un probable second tour est prévu le 31 janvier.

POSTER UN COMMENTAIRE

Identifiez- vous : pseudo* e-mail
Titre du commentaire
votre commentaire
Etre prévenu par email quand une réponse est faite
Ne cochez oui que si vous voulez recevoir des mails en cas de réponse sur ce sujet et que vous avez saisi votre mail
Je reconnais avoir pris connaissance des conditions d'utlilisation

POLITIQUE

SPORTS

ECONOMIE & BUSINESS

DOSSIERS

Culture & Loisirs

Société

Débats & Opinions

Personnalités

A savoir

  • Les opinions et analyses présentées dans cette rubrique n'engagent que leurs auteurs et nullement la rédaction de Journaldebangui.com
  • Journaldebangui.com n'est pas responsable des affirmations qui y sont présentées et se réserve le droit de modifier ou de retirer un article qui diffamerait, insulterait ou contreviendrait au respect des libertés publiques

Agenda - événements

Lancement du Africa CEO Forum 2015
Tous les événements

TOUT L'UNIVERS JOURNALDEBANGUI.COM

DOSSIERS

Dossiers

L'INTERVIEW

Interview

COMMUNIQUES OFFICIELS

Communiqués