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Le rêve centrafricain pour une révolution de nos valeurs

Par Yvan B./Source L'indépendant - 17/08/2010

Une réflexion à l'heure du cinquantenaire

 

Le Père fondateur de la Centrafrique Barthélemy Boganda, en ce 50ème anniversaire de l’accession à notre indépendance, il est important de nous rappeler que le 29 Mars 1959, Barthélemy Boganda nous laissait pour héritage la République Centrafricaine. En brandissant l’étendard de l’émancipation de l’Afrique, Barthélemy Boganda a profondément marqué de son empreinte, l’histoire de notre pays et de notre continent. Barthélemy Boganda a su montrer à la fois un dévouement total à la cause de son peuple, et une inflexible détermination. Il a su défendre notre honneur et notre liberté. Il incarne, par la force de ses convictions, un modèle pour chacun d’entre nous. Il demeure à jamais notre plus grand héros.

Barthélemy Boganda avait un rêve. Le rêve d’une nation unie, animée des valeurs de dignité, de travail et de respect de chacun. C’est ce rêve qui a nourri les espoirs de nos grands-parents, de nos mères et de nos pères. Comme tous les Centrafricains de leur génération, ils envisageaient l’avenir avec confiance et croyaient d’une foi inébranlable au progrès. C’est ce rêve qui a également inspiré les grandes figures de notre histoire. Des hommes et des femmes, au dévouement exemplaire, qui ont su honorer avec passion notre pays. C’est ce rêve qui continue de vibrer en chacun de nous. Et c’est encore ce rêve qui inspire les jeunes générations lorsque, dans les cours de nos écoles, des filles et des garçons entonnent notre chant national, La Renaissance. Forts de cet héritage, nous pouvions prétendre à un avenir radieux. Nous pouvions croire en la promesse de Boganda. La promesse de l’unité nationale, la promesse du développement, la promesse de la démocratie. Mais qu’avons-nous fait de cet héritage ?

 


© africatime.com
Barthélemy Boganda
Aujourd’hui, plus que jamais, le rêve et les promesses de Barthélemy Boganda sont menacés. L’enthousiasme qui a salué la naissance de notre pays s’est progressivement mué en la plus amère des désillusions. La République Centrafricaine nous apparaît désormais comme une idée morte, un rêve contrarié par des décennies d’échecs et de violences. Aujourd’hui, notre pays s’interroge et doute au plus profond de lui-même face à l’impuissance de l’Etat, une insécurité persistante, une pauvreté généralisée, une aggravation de la situation économique et l’incapacité de notre classe politique à proposer de vraies solutions. Aujourd’hui, nous vivons la crise politique la plus grave de notre histoire. L’incurie de nos dirigeants et le tribalisme politique ont plongé notre pays dans un cycle permanent de rébellion et d’instabilité. Aujourd’hui, notre pays présente tous les signes d’un découragement profond. Ce découragement constitue une vraie menace pour chacun d’entre nous, pour notre pays et notre démocratie. Ce découragement, nous le voyons chaque jour à travers nos compatriotes qui, toujours plus nombreux, recherchent désespérément un réconfort spirituel dans nos églises, mosquées et temples. Nous le voyons chaque jour à travers nos enfants qui ont cessé de croire aux vertus de l’école. Nous le voyons chaque jour dans nos familles, au sein desquelles la solidarité n’est plus qu’un vain mot. Nous le voyons chaque jour à travers le désespoir d’une jeunesse désœuvrée, en proie à la misère et à l’absence d’avenir. Nous le voyons chaque jour face à la corruption morale de notre pays et de notre vie politique. Chacun l’aura compris, notre pays souffre, notre pays n’est plus que l’ombre de ce qu’il a été. Un pays fatigué de lui-même, fatigué de ses drames, fatigué des querelles de ses fils. Un pays en totale déliquescence. Que pouvons-nous faire ?

Il nous faut dès à présent revenir aux valeurs et aux principes de nos aînés. Des valeurs auxquelles nous n’aurions jamais dû renoncer. Nos valeurs traditionnelles. Les valeurs de la famille. Ces valeurs, ce sont celles de la Liberté, de la responsabilité, de l’épanouissement de la personne humaine, de la sollicitude, de la confiance, de l’honnêteté, de la justice, du travail et de la solidarité. Elles sont à l’image du récit fondateur du Centrafrique. Elles nous seront indispensables pour la reconstruction et la cohésion de notre pays. Il est essentiel et urgent de placer la famille au cœur de nos préoccupations. Au cours de ces dernières années, nous avons observé une amplification des effets de la pauvreté au sein des familles centrafricaines. Le chômage chronique, la misère, ont fait perdre aux chefs de famille la dignité, l’autorité et plus grave encore tout sens des responsabilités et de la discipline. Nos mères, nos épouses, nos filles et nos sœurs sont, bien souvent, les seules à porter le poids du foyer dans des conditions morales inacceptables et révoltantes. Quant à l’avenir de nos enfants, il est tout simplement sacrifié par l’effondrement de l’école publique, la faillite de notre système de santé et notre incapacité à pouvoir les nourrir et les élever. Oui, Il est temps de comprendre que notre pays a besoin d’une révolution des valeurs. Une révolution générale de nos valeurs au profit de ce qui constitue le socle de notre nation. Une véritable révolution de nos valeurs réaffirmera l’indissociable lien entre la famille et la nation. Il n’est de meilleur instrument que la famille pour promouvoir les valeurs du travail, de responsabilité, de discipline, de solidarité et de citoyenneté. Il n’est de meilleur environnement que la famille, tant pour élever nos enfants, que pour protéger les plus faibles et les plus âgés d’entre nous. Il n’est de nation forte sans famille forte.

Une véritable révolution de nos valeurs sera cette nouvelle aube du retour de l’Etat. Un Etat à nouveau vertueux et soucieux d’agir dans l’intérêt de tous, dans l’intérêt de notre nation. Un Etat responsable, protecteur, juste, équitable et efficace. Un Etat à l’écoute des centrafricains et de leurs valeurs essentielles. Une véritable révolution de nos valeurs sera ce moment salvateur où nous prendrons enfin conscience que nous constituons tous ensemble une seule communauté, une seule famille, un seul pays. Le combat quotidien de nos compatriotes contre la malnutrition, la famine et l’insécurité sera notre combat. L’avenir d’un nouveau-né à Paoua, M’Baïki ou Obo sera notre avenir. La misère d’un retraité à Bangui sera notre misère. La souffrance des femmes, face à la violence qui leur est faite sera notre souffrance. Le désespoir de nos compatriotes déplacés sera notre désespoir. Jamais dans l’histoire de l’humanité une nation n’a pu survivre sans être solidement et durablement ancrée dans des valeurs et des principes. Nous ne survivrons qu’à la condition de construire la société centrafricaine autour d’exigences fortes. Des exigences à l’égard de nous-mêmes, mais également à l’égard de nos institutions. En cette veille d’échéances électorales, Le temps est venu, non pas de choisir un homme, un parti, un clan, une quelconque idéologie ou de vains slogans, mais de nous interroger sur le pays que nous voulons construire et la direction dans laquelle nous voulons le mener. Il n’est pas trop tard. Notre destin est entre nos mains. Notre pays est ce ventre encore fécond d’où peut surgir l’espoir. La République Centrafricaine n’est pas un vain projet. En dépit des difficultés actuelles, le projet centrafricain reste et demeure l’expression d’une ambitieuse et audacieuse volonté. La volonté de nos aînés, des hommes et de femmes qui avaient le sens de l’histoire, et qui choisirent, il y a 50 ans, d’être maîtres de leur destin.
 
MOTS CLES :  Cinquantenaire   Barthélemy   Boganda 

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