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Centrafrique: tout un pays à reconstruire

Par Jacques Duffaut - 06/08/2015

Par Jacques Duffaut

 

La dernière crise centrafricaine, en deux ans, a appauvri et déchiré la population. Tandis que les belligérants promettent la paix, les ONG locales que soutient le Secours Catholique-Caritas France éduquent, forment et reconstruisent.

Arrivé au pouvoir en 2003 par un coup d’État, le président Bozizé a été renversé en 2013 par un autre coup d’État. Chacun a été suivi ou précédé d’une guerre civile. Les Centrafricains en ont assez.

La population de la République centrafricaine (RCA) est estimée entre 4 et 5 millions d’habitants sur un territoire grand comme la France et la Belgique réunies. Un quart des Centrafricains vivent à Bangui, la capitale. Ce déséquilibre est une des causes de la crise actuelle car le pouvoir a progressivement abandonné les provinces. «Livrés à eux-mêmes, les gens ont perdu le sentiment d’appartenir à un État», confie Béatrice Epaye, ancienne ministre et députée d’une circonscription du nord.

Le tombeur de Bozizé, Michel Djotodia, ancien ministre de la défense et représentant des populations du nord, arrive à Bangui au printemps 2013 à la tête d’une coalition (Séléka) constituée de nordistes exaspérés (mais peu nombreux) et d’une horde de mercenaires étrangers ne parlant ni sango ni français, les deux langues officielles du pays. Ces mercenaires, en majorité musulmans, tuent, violent et pillent–sans distinction de religion–ceux qui tombent à leur portée.

L’ennemi, Tchadien ou Soudanais, est d’abord perçu par ses victimes comme musulman. Ce simple amalgame va servir aux milices d’auto-défense, dites “antibalakas” et composées d’anciens militaires et de nostalgiques de régimes précédents, à enrôler des combattants et à commettre à leur tour assassinats et pillages. Un amalgame que les plus hautes autorités religieuses du pays combattent depuis le début, l’archevêque de Bangui, Mgr Nzapalainga, en tête.

Rumeurs
La dernière guerre civile a révélé une jeunesse centrafricaine très sensible aux rumeurs et facilement manipulable. Dans le rapport de l’observatoire Pharos, commandé par le ministère des Affaires étrangères français en début de crise et rendu public début 2015, il est noté que cette nouvelle génération «semble ne disposer d’aucune capacité de défense éducative, sociale, intellectuelle et encore moins politique ou mémorielle de nature à lui permettre de résister au déchaînement contagieux de la violence».

 


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Comment redonner espoir à une nation meurtrie et divisée? En mai dernier, 600 représentants de la société centrafricaine (autorités de transition, partis politiques, membres de la société civile et, surtout, représentants des groupes armés) ont apporté une première réponse en signant un Pacte obligeant tout le monde à démobiliser, à désarmer, à libérer les enfants-soldats et à organiser rapidement des élections. Mais pour réaliser les promesses, il faut de la volonté et du temps.

La première réaction du Secours Catholique à cette crise a été d’apporter son soutien à la Caritas locale dans sa réponse à l’urgence. Ensuite, d’appuyer les programmes favorisant la réconciliation et la paix.

L’organisation de développement Acord-RCA, par exemple, incite de jeunes leaders à redynamiser leurs quartiers en reconstruisant, en favorisant les rencontres et le dialogue. Même philosophie chez ATD Quart Monde-RCA, dont le représentant à Bangui, Michel Besse, vit en totale empathie avec les plus désemparés. ATD anime un réseau de jeunes leaders, grands frères capables de faire imaginer la paix aux enfants de leur quartier ou de leur camp de réfugiés. Une cinquantaine d’entre eux, la plupart diplômés d’université, ont suivi une formation sur les traumatismes post-conflit dispensée par Umuseke, une organisation rwandaise.

Traumatismes
Lorsque les antibalakas se sont levés pour répliquer aux Sélékas, de nombreux observateurs ont qualifié la situation de “pré-génocidaire” tant elle rappelait le Rwanda de 1994. L’intervention des forces de maintien de l’ordre des Nations unies (Misca) et des soldats français de l’opération Sangaris a sans doute limité le nombre de victimes, mais les traumatismes sont les mêmes qu’à Kigali il y a vingt ans. C’est le constat de Sœur Philomène.

Cette Rwandaise vit à Bangui depuis 2002: «J’étais déjà là quand Bozizé a pris le pouvoir. Aujourd’hui, c’est bien plus grave.» Formée à l’Institut de formation intégrale de Montréal (IFHIM), elle organise des “séances de restauration de forces vitales” avec des personnes de confession différente qui ont subi des traumatismes ou des exactions.

La Commission épiscopale centrafricaine de Justice et paix, qui a hébergé d’innombrables déplacés dans son centre Jean XXIII, en plein Bangui, tient, elle, un centre d’écoute où des milliers de victimes racontent leur calvaire. Ce travail de fourmi a produit 6 000 dossiers qui peut-être ouvriront droit à des réparations, mais qui serviront sans doute à la Cour pénale internationale, saisie pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Depuis 2013, l’effort financier du Secours Catholique en Centrafrique s’élève à plus de 1,25 million d’euros.
 
MOTS CLES :  Centrafrique   Crise   Population   Reconstruire   Paix   Ong 

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