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Namibie: Plaidoyer pour la requalification du massacre des Héréros en génocide

Par Camille Malnory, liberation.fr - 10/07/2015

A l’occasion du 100e anniversaire de la fin de la domination allemande en Namibie, une délégation héréro s’est rendue à Berlin à cette fin

 

A l’occasion du 100e anniversaire de la fin de la domination allemande en Namibie, une délégation héréro s’est rendue à Berlin afin de demander la requalification du massacre des Héréros en génocide.

C’était il y a 110 ans. En 1904, le gouvernement allemand décidait de réprimer dans le sang une révolte en Namibie, une de ses colonies africaines, occupée de 1884 à 1915. Durant cette période, une révolte, celle du peuple héréro, fut réprimée dans le sang. Aujourd’hui, en 2015, soit 100 ans après la fin du protectorat allemand, les Héréros demandent que ce massacre soit requalifié en génocide.

Petit retour en arrière. En 1884, lors de la conférence de Berlin, dite du «partage de l’Afrique», la Namibie est placée sous protectorat allemand. Les Héréros, une puissante ethnie locale, commencent par collaborer avec les colons allemands en échange de produits européens. Leur rôle: prévenir toute tentative de rébellion des autres ethnies. Mais en dix ans, la maladie, les vols de leurs biens et de leurs femmes modifient la donne. Après avoir vainement tenté de rallier à sa cause les chefs d’autres ethnies, Samuel Maharero organise le soulèvement de son peuple. Soulèvement qui sera suivi peu après par celui du peuple namas et qui sera réprimé en masse par une armée emmenée par le pro-colonialiste Lothar von Trotha.

 


© reunionblackfamily.com
Camps de concentration
L’ordre reçu par les troupes est simple: «Chaque héréro qui se trouve sur le territoire allemand doit être fusillé sur le champ.» Certains seront fait prisonniers et déportés en train dans des camps de concentration, avant d’être tatoués sur le bras. Tous seront contraints aux travaux forcés. Des missionnaires témoignent d’avoir vu des Héréros parqués dans des enclos, «si maigres qu’ils s’effondraient. Les corps étaient brûlés sur place.»

Un médecin allemand va même pratiquer sur les Héréros emprisonnés des expérimentations médicales et anthropologiques: Eugen Fisher, futur professeur de médecine à l’Université de Berlin et mentor d’un autre très célèbre médecin eugéniste, Joseph Mengele, l’«ange de la mort» d’Auschwitz. Finalement, le Kaiser Guillaume II finira par gracier les prisonniers Héréros et Namas en 1908. Il ne reste alors des Héréros que 20% de leur population originelle.

Aujourd’hui, le peuple héréro continue de lutter. Non plus contre l’envahisseur allemand mais pour la reconnaissance. L’Allemagne a reconnu le massacre des Héréros et des Namas. Mais refuse de mettre un mot sur ce massacre : celui de génocide. On estime que 20 000 Namas et 65 000 Héréros ont été tués.

La peur du parallèle
Pour Juncker Vogel, professeur d’histoire du colonialisme européen à l’Institut de Sciences Politiques, il n’y pas de doute possible: «L’une des principales raisons c’est la peur du parallèle avec le génocide des Juifs qui a une place immense dans l’histoire allemande. Et puis se pose la question des réparations qui devront être faites si le génocide est reconnu. L’Allemagne est tiraillée.» En 2004, un ministre allemand avait osé prononcer le mot. En son nom seul et pas en celui de l'Allemagne. Un mémorial aux Héréros et Namas tués existe à Berlin. A côté du mémorial aux victimes allemandes du soulèvement de 1904.

Poussé par le débat autour du génocide arménien, Norbert Lammer, président du Parlement allemand écrit en début de semaine une tribune dans l’hebdomadaire Die Zeit demandant la reconnaissance du génocide héréro. «Compte tenu des normes actuelles du droit international, l’écrasement du soulèvement héréro relève du génocide», peut-on y lire. Le quotidien de gauche Die Tageszeitung apporte lui aussi son soutien. Une pétition lancée par le mouvement «Völkermord verjährt nicht !» (Pas de prescription pour le génocide) et signée par de nombreux politiques de gauche vient d’être déposée devant le gouvernement fédéral.

Mais dans les plus hautes instances de l’Etat, on fait le gros dos. Un diplomate haut placé a expliqué que le gouvernement ne discutait qu’avec le gouvernement namibien. Et de souligner aussi que l’Allemagne doutait de la représentativité de la délégation... car composée de beaucoup de Héréros, notamment le chef Vekuli Rukoro. «Les choses bougent», dit Juncker Vogel, «le génocide ne sera peut être pas reconnu aujourd’hui. Mais à moyen terme, il existera.»
 
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