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RDC-Centrafrique: solidarité transfrontalière entre réfugiés de guerre

Par Habibou Bangre, afriqueexpansion.com - 03/07/2015

Gabriel, Marie et Laurène ont fui une guerre à Libenge, dans le nord-ouest de la RDC, en trouvant asile en Centrafrique. Reconnaissants, ils accueillent aujourd'hui des réfugiés de ce pays

 

Gabriel, Marie et Laurène ont fui une guerre à Libenge, dans le nord-ouest de la République démocratique du Congo, en trouvant asile en Centrafrique. Reconnaissants, ils accueillent aujourd'hui des réfugiés de ce pays, qui peine à se relever d'un grave conflit intercommunautaire.

Libenge, dans le nord-ouest de la province de l'Équateur, est bordée par l'Oubangui, affluent du Congo qui sépare la RDC et la Centrafrique. Pendant la deuxième guerre du Congo (1998-2003), la rébellion de Jean-Pierre Bemba et l'armée du président Laurent-Désiré Kabila - à qui son fils Joseph Kabila succédera en 2001 - se sont affrontées dans la région.

"A l'époque, il y avait un excès de bombes" et les soldats de l'armée régulière se livraient à des "pillages du bétail" et à des "mariages forcés", affirme Gabriel, 55 ans. "C'est suite à l'intensité des combats entre Bemba et Kabila que j'ai décidé de fuir."

Marie, 75 ans, se souvient qu'il y a eu de nombreux "pillages" et, surtout, que "les gens mouraient beaucoup". "J'ai perdu ma fille et trois petits-fils dans la guerre", dit-elle, sans émotion apparente.

Gabriel et Marie ont traversé l'Oubangui pour se rendre côté centrafricain. Destination : Zinga. Lui a vécu plusieurs mois chez un chef local, et elle environ un an dans un hangar avec d'autres réfugiés congolais. La paix revenue, ils sont rentrés au pays.

Mais fin 2009, ils ont dû fuir l'expansion d'un conflit, plus au sud, entre les communautés enyele et munzaya, qui se disputaient des étangs poissonneux. Le conflit a fait au moins 270 morts et poussé 200.000 personnes à s'exiler, dont plus de la moitié au Congo, 20.000 en Centrafrique et les autres dans l'Équateur.

De retour en Centrafrique, Gabriel rencontre des habitants qui lui offrent "du manioc et d'autres choses à manger", ainsi qu'une "portion de terre à cultiver". Marie aussi a eu droit à un lopin de terre, qu'elle a partagé avec des habitants du coin en mal d'emploi.

 


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"Une même famille"
En mars 2013, le président centrafricain François Bozizé, au pouvoir depuis 2003, est chassé par la Séléka.

Les exactions de cette rébellion à dominante musulmane poussent à la création des milices anti-balaka, majoritairement formées de chrétiens: le pays bascule dans des violences interreligieuses qui font des milliers de victimes et provoquent un nouvel afflux de déplacés et réfugiés.

Gabriel et Marie retournent alors en RDC, où se réfugient certains de leurs amis centrafricains.

Lorsque Gabriel apprend que la mère de ses bienfaiteurs, Delphine, 77 ans, a échoué au camp de Boyabu, à une vingtaine de kilomètres de Libenge, il part la chercher. "Vu le service que m'avaient rendu ses enfants, j'avais le devoir moral de l'accueillir", explique-t-il.

Marie a pour sa part accueilli six réfugiés de la famille qui l'avait aidée en Centrafrique. Ils s'ajoutent aux 19 membres de son foyer. "C'est très difficile de se nourrir car on n'a pas d'assistance", mais "il y a l'amour et la solidarité car nous formons une même famille", dit-elle.

Laurène, 50 ans, a fui les mêmes guerres que Gabriel et Marie et a dû revenir en 2014 à cause des événements en Centrafrique. Avec son mari, pasteur, elle héberge aujourd'hui cinq réfugiés, dont sa belle-fille. "Comme eux aussi ont fui un conflit, il fallait pouvoir les accueillir", malgré les faibles ressources.

Pascaline, vendeuse de légumes, ne peut pas en faire autant, et le déplore amèrement. "Des réfugiés m'ont demandé de les héberger, mais j'ai dû refuser, faute de moyens. Je le regrette: ces gens m'ont bien accueillie, je devais les accueillir moi aussi!"

Delphine, veuve depuis des années, vit depuis neuf mois avec la famille de Gabriel. La vieille dame, accompagnée de son petit-fils, espère le retour de la paix dans son pays. "Tant que la situation demeure instable en Centrafrique, dit-elle, je préfère mourir et être enterrée ici."
 
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