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Après le Forum de Bangui: doutes et interrogations

Par Joseph Akouissonne - 09/06/2015

Par Joseph Akouissonne

 

La classe politique centrafricaine est, décidément, incorrigible et suicidaire. Après le chaos sanglant qui a laissé des blessures encore saignantes dans le tissu social centrafricain ; après tant de souffrances imposées à un peuple abandonné au bord du chemin par une élite prédatrice et corrompue ; après tant d’années de mauvaise gouvernance et de déliquescence étatique, on espérait que le vent du changement soufflerait avec le Forum de Bangui. Pour la première fois, la population était consultée à la base.

Malgré ses insuffisances, le Forum permettait de dégager des recommandations de sortie de crise. Au lieu de saisir l’occasion pour adopter un nouveau pacte républicain capable de mener à la paix et la réconciliation, au lieu d’écouter le peuple et de prendre, enfin, ses préoccupations en compte, les politiciens centrafricains, frappés par une cécité et une surdité politiques majeures, n’ont rien fait de ce qu’il fallait.

Des politiciens fossoyeurs de leur pays
L’homme politique centrafricain excelle à pêcher en eau trouble. Depuis la fin du Forum de Bangui, ce ne sont que rugissements, menaces et vociférations ! On est bien loin des sentiers de la paix et de la réconciliation. Certains politiciens ont ouvertement adopté une posture d’affrontement, improductive et négative. Il y a ceux qui, pressés d’occuper le siège juteux de chef d’état ou de ministre, ne cherchent qu’à s’enrichir au détriment de leur peuple. A longueur de communiqués, ils réclament avec insistance la démission de la Présidente de la Transition, sans rien proposer de sensé, ni de concret pour sortir le pays du chaos. Il y a ceux qui, après avoir mal géré l’état et précipité le pays dans la crise, cherchent à tout prix à revenir au pouvoir. Ils ne cessent de gesticuler et s’impatientent.

 


© rjdh-rca.net
Enfin il y a cette pléthore de candidats aux élections présidentielles : 70 environ, dit-on! Beaucoup ne sont que des aventuriers, à la solde des puissances d’argent étrangères qui les manipulent. Nombre d’entre eux sont eux-mêmes d’origine étrangère et convoitent avec avidité les richesses du sous-sol centrafricain… Même boiteuses, les structures de la Transition constituent, pour l’instant, les seules entités de gouvernement capables d’assurer la continuité de l’état. Barthélémy Boganda, le père fondateur de la R.C.A. insistait sur le fait qu’il fallait être: « …Tous ensemble… » C’est ainsi, tous ensemble, que les Centrafricains sortiront de la régression récurrente et bâtiront un nouveau Centrafrique. Assez de joutes politiciennes inutiles! Place au rassemblement pour sortir le pays de sa longue nuit…

Elections présidentielles et législatives
On constate, hélas! que des désordres persistent dans le 4ème arrondissement de Bangui : des groupes identifiés comme Anti-balakas se sont heurtés aux éléments de la MINUSCA après des vols de voiture. Ces incidents ne sont pas anodins. Ils sont signés par ceux qui, à Bangui, refusent les voies démocratiques pour arriver au pouvoir. Ces groupes de brigands sont entretenus, de l’étranger, par des mentors qui espèrent toujours revenir au pouvoir, en utilisant la kalachnikov au besoin. Ce sont eux qui contribuent à entretenir le désordre dans une bonne partie du pays. Il est urgent de désarmer ces factieux.

Les élections à venir seront compromises si un tel climat délétère d’insécurité persiste. Les politiciens centrafricains doivent adopter un comportement de sagesse et de lucidité s’ils aiment leur pays et leur peuple. Il faut qu’ils remisent au placard leurs joutes politiques inutiles, leur ego surdimensionné, leur soif de pouvoir démesuré, leur ambition sans limite, leur avidité insatiable. Écouter le peuple, œuvrer pour faire aboutir ses souhaits, ne pas jeter inutilement d’huile sur le feu : voilà ce qu’il faut faire. La population centrafricaine a assez souffert comme ça. Pour que des élections sereines puissent se dérouler dans la concorde nationale, pour qu’une Nouvelle Centrafrique forte surgisse, il faut que les acteurs politiques pensent, d’abord et avant tout, au bien-être du peuple et à l’honneur du pays des Bantous.

A. DE KITIKI 5 juin 2015
 
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