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Stop à la maltraitance des enfants en Centrafrique!

Par Association Femmes Vivantes - 04/06/2015

Par l'Association Femmes Vivantes

 

À l'attention: de Mme Catherine SAMBA-PANZA, présidente de la République centrafricaine, M. Aristide SOKAMBI, Ministre de la Justice, Mme. Maleeha Lodhi, Unicef

Madame la Présidente, Monsieur le Ministre, Madame la représentante de l'UNICEF,

Une petite fille accusée de sorcellerie est morte en 2006 après avoir été brûlée vive.

«Elle est admise à l’hôpital lundi dernier, orpheline de père, la petite âgée de 9 ans est accusée de sorcellerie par sa tutrice, cadette à sa maman. Aspergée de carburant, elle est enflammée par on ne sait qui exactement car, quand les agents des forces de l’ordre ont fait le déplacement de SICA II, tout le monde avait déjà disparu.»
Le Citoyen, 26 octobre 2006.

C'est une histoire banale en Centrafrique, que l'on soit en 2006 ou en 2015. Une fillette, un petit garçon : les victimes sont très souvent de jeunes enfants et leurs bourreaux des membres de la famille ou de l'entourage de celle-ci. Il faut bien faire payer le "crime" de ces enfants qui ont usé de leur pouvoir de sorcellerie. Alors qu'on les tue, qu'on les massacre, qu'on les brûle, qu'on leur casse les jambes, qu'on les enterre vivants, pas de pitié pour ces enfants-sorciers. La vindicte populaire vient de faire entendre sa voix.

Les accusations de sorcellerie sont de plus en plus ouvertes et brutales, et les bourreaux et leurs victimes de plus en plus nombreux ; elles sont, certes, exacerbées par la détérioration des conditions de vie, elles-mêmes étroitement liées à la crise sociale et économique ainsi qu’à l’instabilité politique ambiante.
Mais qu’est-il fait pour enrayer la chaîne de ces crimes odieux, monstrueux?

Comment opère la justice centrafricaine pour châtier les coupables?

Nous déplorons que l'Etat centrafricain n’ait jamais vraiment pu remplir ses obligations en matière de lutte contre la sorcellerie. Car même si la sorcellerie est un crime dans le Code pénal centrafricain, le recours à la vindicte populaire demeure la règle générale, aussi bien en milieu urbain que rural, ce qui est le reflet d'une méfiance générale envers un système judiciaire qui remplit peu ou mal ses obligations.

Cette violence sociale serait-elle en outre implicitement acceptée par les autorités étatiques comme un mode de régulation et de contrôle garants du maintien de l’ordre social ? Cette pensée est proprement effrayante.

Oui, le système pénal centrafricain révèle des failles importantes dans le traitement des affaires de sorcellerie, et les associations œuvrant en Centrafrique s'en émeuvent régulièrement : le laisser-aller ou la fréquente non-intervention des forces de l’ordre face à la justice populaire ainsi que la quasi absence de poursuites judiciaires à l’égard des bourreaux, conduisent la société centrafricaine à conclure que les autorités étatiques, sans forcément approuver, ferment les yeux.

Nous ne prétendons pas ici remettre en cause les croyances en la sorcellerie, mais seulement dénoncer le laxisme en matière de traitement juridique des coupables de faits graves entraînant des violences sur personnes, et notamment sur enfants. C'est la raison pour laquelle nous attirons aujourd'hui votre attention, Madame la Présidente, Monsieur le Ministre de la justice, sur cette problématique sérieuse.

 


© Droits réservés
Aujourd'hui, Kestia, l'une des enfants parrainés par notre ONG «Femmes Vivantes» est accusée de sorcellerie. Pour protéger la vie de son enfant, et parce que ses accusateurs sont en liberté, sa maman est obligée de fuir le quartier avec l'enfant, pour ne pas mettre sa vie en danger.

Nous vous interpellons donc Madame la Présidente, Monsieur le Ministre de la Justice :
.REFUSONS que la petite Kestia subisse le sort de nombre d'enfants centrafricains : être aspergée de carburant et brûlée vive, ou être lynchée, lapidée ou bien avoir les membres fracassés à coup de machette pour fait de "crime"
.REFUSONS que les enfants ne soient pas protégés contre la violence et la vindicte populaire et continuent à être stigmatisés, discriminés, abandonnés, maltraités, torturés, tués
.REFUSONS que les coupables ne soient pas punis à la hauteur de leur crime
.REFUSONS que les prêches des églises indépendantes, prophétiques et pentecôtistes ne soient pas contrôlés et encadrés
.REFUSONS que les systèmes de protection nationaux soient si peu opérants
.REFUSONS que les sorciers aient une quelconque légitimité au sein des tribunaux

.EXIGEONS que soit appliquée dans toute sa rigueur la convention des Droits de l'Enfant, signée en 1990 et ratifiée en 1992 par la République centrafricaine
.EXIGEONS l'application des articles 162 et 162 bis du Code Pénal centrafricain contre les présumés sorciers
.EXIGEONS que les sorciers (nganga) n'aient aucune légitimité au sein des tribunaux
.EXIGEONS que soit promue la réforme juridique afin de permettre la poursuite des personnes qui nuisent aux enfants et offrir à ces derniers une protection spécifique en rapport avec la loi.
.EXIGEONS la sensibilisation et l'éducation des magistrats, dans un pays où les lois relatives à la protection des enfants contre les accusations de sorcellerie ont été introduites mais sont appliquées d’une manière inadéquate, la formation devant encourager le respect et l’application de ces lois
.EXIGEONS que soient renforcés les systèmes nationaux de protection qui luttent contre l’abus, l’exploitation et la violence contre les enfants
.EXIGEONS que soit promu le changement social à travers un dialogue concernant les accusations de sorcellerie, avec les leaders religieux, tradi-praticiens (médecins traditionnels)
.EXIGEONS l'éducation des communautés et des leaders communautaires et religieux concernant les normes internationales relatives aux droits humains
.EXIGEONS l'encadrement et le contrôle des églises indépendantes sur la question des prêches des prédicateurs
.EXIGEONS la protection sociale des familles les plus vulnérables pour réduire certains facteurs de risques associés aux accusations de sorcellerie.
.EXIGEONS que soit promu le rôle du personnel de santé dans la protection des enfants accusés de sorcellerie
.EXIGEONS la prise en charge des enfants dans des centres d’accueil, leur réinsertion familiale et le renforcement du dispositif de prévention de la violence contre les enfants
.EXIGEONS un renforcement de l'accès à l'Education pour tous

Il n'y a pas d'enfants-sorciers, il n'y a que des enfants!
 
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