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Centrafrique: Le dépérissement de l’État à l’horizon de l’édition 2016

Par Hermann Leï - 09/02/2011

«Cette dégradation est un phénomène permanent à chaque régime»

 

Le processus électoral dont la série des contestations est désormais portée au grand sens des responsabilités de nos magistrats - qui devront décider non seulement à la lumière du droit en toute impartialité mais aussi faire preuve de courage pour rétablir la vérité - témoigne de l’état du dépérissement de notre État. Aujourd’hui avec le boulevard électoral qui semble se concrétiser, la question de l’organisation de l’État s’articulant principalement autour de la famille, du lignage, du clan, et de l’ethnie se pose avec beaucoup d’acuité. Les autres ont mangés, maintenant c’est notre tour, tel est le crédo repris en chœur à la victoire d’une élection pour préserver le pouvoir ou faire brouter un maximum de moutons.

De l’observateur le plus avisé au simple citoyen, cette dégradation est un phénomène permanent à chaque régime; voilà le cinquantenaire célébré que notre république se bat toujours pour se doter d’un État de droit digne de ce nom c'est-à-dire un État capable d’intégrer toutes les énergies constructives dans la réalisation d’un intérêt commun: la République. Envisager maintenant les conséquences de ce dépérissement revient à préparer la vraie nature des enjeux de l’édition 2016. D’où la nécessité de repenser notre vision de l’État dans toutes ces parties, notamment pour les prétendants à la course de la magistrature suprême. Ce n’est pas un secret pour les Centrafricains: la République est un État moribond. Il incombe aux gouvernants ré-élus de prendre des mesures courageuses pour rétablir le sens de l’État. Des mesures fermes et justes, bien même impopulaires, doivent être engagées si l’on veut éviter de rééditer, par exemple, l’exploit de la Commission électorale indépendante qui, de par sa nature «inféodée» a eu moins de chances d’attirer ou de retenir à son service des individus compétents, rigoureux, sensibilisés aux exigences de l’intérêt collectif.

 


© journaldebangui.com
Hermann Leï
La gestion de la chose publique doit non seulement se libérer des pesanteurs communautaires mais aussi avoir pour ambition d’amener le centrafricain, quelques soient son origine ethnolinguistique, régionale et idéologique, à se sentir avant tout «Centrafricain». Un désintéressement du centrafricain lié en partie à la vie politique qui est très «dépolitisée» car l’enjeu n’est guère le choix d’un avenir pour l’intérêt national, mais un constant affrontement des groupes dits «politico- ethniques» désireux de s’emparer des attributs du pouvoir. Derrière l’affrontement de ces pseudo-partis politiques «existant qu’en période électorale» s’organise la dévolution des ressources matérielles et symboliques de l’État à tel groupe ethnique et en tient les autres écartés, les maintenant dans une posture de contestation de la légitimité de l’«État-patrimonial», et donc du refus des règles qu’il tente d’édicter.

Nos élites et partis politiques doivent parvenir à partager un même souci de l’intérêt national par-delà les rivalités communautaires. La conscience nationale doit progresser en milieu populaire, face aux clivages ethniques: la rivalité pour l’accès aux privilèges détenus et dispensés par l’État exacerbe des antagonismes communautaires qui trouvent des répercussions dans la vie quotidienne. Cette pratique donc, de s’entourer de ses proches ethniques et de tous les affairistes du clan, quelle soit leur compétence, oppose un frein à la construction totale de la paix dans le pays, quelque soit la bonne volonté de ces dirigeants. A chaque régime, les noms de famille constituent un indicateur important pour situer la coloration ethnique des détenteurs des rênes de l’État, le plus souvent originaires de la même région que le président, qui apparaît comme le maître légitime des biens publics, garant de la solidarité du groupe.

 


Des membres du Conseil Constitutionnel
Une filiation devenue un mode légal et légitime de désigner les responsables du gouvernement et administratifs, afin de partager et préserver le pouvoir en occultant l’intérêt du centrafricain. Comme en atteste l’entretien d’un ancien ministre de notre république dans les colonnes du Figaro du 11 février 2002, que je cite: Quant à ma malheureuse Centrafrique, championne d’Afrique de la mauvaise réputation, elle n’a étonné personne en replongeant le 25 octobre dernier dans les convulsions à répétition qui durent depuis que M. AFP en est le président «démocratiquement élu». Il n’a que ça comme mérite, et cela suffit à son bonheur, comme l’arrange d’ailleurs l’indifférence à peu près complète de la communauté internationale. Peu importe que, pour se maintenir à tout prix au pouvoir parce que ne disposant désormais d’aucun soutien à l’intérieur, il fasse venir de la rive sud du fleuve Oubangui des soudards qui violent en masse…… : il est président, et cela lui suffit. D’ailleurs, qui peut lui demander des comptes, dans ce pays oublié, et dont on dit à Paris, non sans une fierté teintée de cynisme, que la France y a gagné dix ans d’avance dans sa politique de désengagement de son ancien pré-carré ? Il est vrai que de Bokassa à Patassé, on y a expérimenté tous les cas de figure de la médiocrité?

Quid du régime survenu à la suite de la vague du 15 mars 2003, dit des libérateurs? Les tentatives de coup d’État et différents mouvements rebelles concourant au pouvoir, ne sont pas restées neutres dans ce phénomène et, le risque est que cette situation semble être bien admise par les centrafricains, tant qu’on a un membre de la famille qui broute au mieux là où il est attaché. C’est pourquoi, en Centrafrique, une famille qui se veut grande doit avoir son « quelqu’un » dans les arènes du pouvoir ou des strates administratives. Il faut espérer que la sortie de ces élections tant contestées que significatives de l’état de nos institutions contribuera à tirer les conséquences de la tribalisation de l’administration publique et de l’État: que l’exercice du pouvoir n’est pas un système d’exclusion dominé par une ethnie, un clan, ou une région.

Cette compréhension dépoussiérée des affinités ethniques et clientélistes dégagera l’horizon de l’édition 2016 de cette réalité cyclique. Aussi pour se prémunir de ce qui semble devenir une coutume, nos leaders politiques et les pouvoirs publics doivent commencer par comprendre que l’avenir de la République appartient avant tout aux «Centrafricains d’abord!», qu’ils soient du Nord, du Sud, de l’Est ou de l’Ouest. Nous devons également alerter la jeunesse centrafricaine qui serait prise dans ce piège de l’ethnicisation de la vie politique. Une valeur refuge où la majorité de cette jeunesse confrontée au chômage parasitaire, l’ethnicisme deviendrait un ferment de la fanatisation, de la manipulation et de l’apprentissage de la violence. C’est en surmontant ces écueils que nous pourrons, ainsi, fondamentalement changer les choses. De cet effort responsable dépendra également une bonne lecture des enjeux en attendant l’épreuve de l’édition 2016.
 
MOTS CLES :  Dépérissement   Régime   2016   Centrafrique   élections 

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