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Stanislas Tatalé, une passion pour l'humanitaire en Centrafrique

Par lemonde.fr - 08/04/2015

Tous les matins, le jeune trentenaire entame le même rituel. Il se lève aux aurores, enfile sa veste de Médecins sans frontières et part faire le tour des baraquements

 


Il garde toujours son sourire communicatif et bienveillant. Stanislas Tatalé est un de ces hommes de foi qui transmette l’espoir par un regard. Dans l’église Saint-­Martyr-de ­l’Ouganda, il a vu débarquer en février 2014 plus de 2 000 musulmans, escortés par les soldats de la Misca (Mission internationale de soutien à la Centrafrique, remplacée depuis par les casques bleus).

«Ils sont arrivés en masse»], se souvient-­il, songeur. Aujourd’hui, les musulmans ne sont plus que 527, toujours pris au piège dans cette église devenue leur prison. Impossible d’en sortir sous peine de se faire agresser voire tuer par les anti­balaka qui rôdent encore dans les alentours.

Tous les matins, Stanislas Tatalé entame le même rituel. Le jeune trentenaire se lève aux aurores, enfile sa veste de Médecins sans frontières (MSF) et part faire le tour des baraquements pour s’enquérir de la santé des déplacés après une nouvelle nuit à dormir à même le sol. Enfants ou adultes, ils ont tous droit à un petit bonjour, un mot d’encouragement. « Je vérifie que tout se passe bien, j’effectue le suivi des personnes qui ont un traitement médical ou qui sortent juste de l’hôpital, raconte t-il. Enfin, je décide d’évacuer un malade si sa situation l’exige.»


«Il faut une réponse adaptée»
Stanislas Tatalé n’a aucune formation médicale mais, au fil du temps, il a appris à distinguer les cas les plus urgents. «Un paludisme chez un enfant ou un adulte, ce n’est pas la même prise en charge, il faut une réponse adaptée», explique Stanislas Talé. Dans un recoin du bâtiment principal, une vieille femme prostrée sur le sol se plaint de douleurs à la poitrine.

«Tatalé», comme les enfants l’appellent, décroche son téléphone et demande une voiture pour l’évacuer. MSF applique le principe de précaution: si les conditions sécuritaires autour de l’enclave se sont améliorées, notamment depuis sa mise sous protection par les soldats congolais de la Minusca, tout le monde préfère éviter une attaque sur le chemin de l’hôpital.


 


© Sipa / Anthony Fouchard
Stanislas Tatalé, en mars 2015 à Carnot
L’abbé Justin ne tarit pas d’éloges sur son protégé qu’il connaît depuis maintenant trois ans. «Stanislas est un homme courageux et dévoué, décrit-il. Je loue beaucoup son activité. Il y a des moments très difficiles mais il n’a jamais abandonné.» Stanislas Tatalé se décrit lui­-même comme un chrétien laïque et engagé. «Ce que je fais ici, c’est simplement mon acte de foi», élude­ t-­il rapidement.

Les perspectives d’avenir dans l’enclave de Carnot sont sombres. Si les conditions sanitaires se sont stabilisées depuis l’arrivée de MSF, personne n’entrevoit encore le bout du tunnel pour les déplacés musulmans. La majorité veut rentrer chez eux, à Carnot, retrouver leurs biens et leurs maisons. Mais celles et ceux qui ont fait main basse dessus depuis la débâcle de février 2014 ne sont pas enclins à abandonner leur butin. Pour les autres, séparés de leurs familles, l’objectif reste la frontière, puis le Cameroun.

Mais là encore, le gouvernement se refuse à les laisser partir pour ne pas «encourager l’éviction d’une communauté». Si l’argument politique peut se défendre, il est dans les faits contraire aux principes humanitaires, notamment celui relatif à la liberté de circuler.

Stanislas Talé a grandi ici à Carnot, entouré de ses sept frères et sœurs. La réconciliation, il y croit. De retour dans son quartier, il sensibilise la population à la nécessité de pardonner, puis d’avancer. Lui, se voit bien continuer à travailler pour MSF, parallèlement à ses activités de jeune franciscain. En attendant une éventuelle porte de sortie, la cohésion sociale fait son bout de chemin dans l’enceinte de l’église. Le dimanche, chrétiens et musulmans quittent ensemble le sol de la paroisse quand la messe commence.
 
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