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Pourquoi l’héritage de Boganda n’inspire-t-il pas les dirigeants centrafricains?

Par Joseph Akouissonne - 31/03/2015

Par Joseph Akouissonne

 

Parallèlement à la recherche légitime de la réconciliation et de la paix ; parallèlement aux efforts déployés par tous les Centrafricains pour en finir avec la gabegie et la mauvaise gouvernance, sources d’instabilité politique et sociale ; parallèlement au projet de concevoir une Nouvelle Centrafrique, il faut aussi s’interroger sur les causes profondes de la déliquescence de l’État centrafricain.

Après la disparition tragique, non élucidée, de Barthélemy BOGANDA, père fondateur de la Nation, la République Centrafricaine a dû subir des coups d’état à répétition. Les dirigeants successifs, préoccupés de s’enrichir au détriment du peuple, ont abîmé le pays et plongé sa population dans une misère chronique.

Barthélémy BOGANDA avait pourtant mis sur les rails une République Centrafricaine sociale (« ZO KWE ZO ») et panafricaine (« Les États-Unis de L’Afrique Centrale »).

Cette formidable idée des États-Unis de l’Afrique Centrale rejoignait les propositions du Président du Ghana, Kwamé NKRUMAH, apôtre du panafricanisme. Tous les jeunes Etats de l’ex-Afrique Équatoriale étaient prêts à suivre BOGANDA pour constituer une puissance à l’échelle du continent.

La France, flairant le magot pétrolier du Gabon, et craignant de le perdre, conseilla au président Léon MBA de ne pas intégrer cette entité. L’ancienne puissance coloniale pouvait ainsi mieux contrôler les immenses ressources du pays – ce qui amène à penser qu’aujourd’hui encore, la France n’est pas près de lâcher l’actuel président, Ali BONGO.

Barthélemy Boganda le visionnaire le guide
Combattant, inlassablement, pour la dignité du peuple oubanguien et, au-delà, pour celle de tous les colonisés, il était un véritable visionnaire.

Le parti qu’il avait fondé, le M.E.S.A.N (Mouvement d’Évolution Sociale de L’Afrique Noire) portait, dans son énoncé, l’expression de valeurs humaines et la promesse d’une gouvernance sans défaut. C’était ce qu’il comptait promouvoir et mettre au service des Centrafricains. « La République Centrafricaine, c’est nous tous ensemble. C’est ceux que nous aimons. C’est la terre de nos aïeux » disait-il avec force.

Il était celui qui avait su s’opposer avec détermination au racisme et à la barbarie des sociétés concessionnaires à l’égard des Oubanguiens. N’était-il pas l’héritier des Bantous ? De ce peuple qui avait résisté aux razzias des esclavagistes arabes et européens ? N’était-il pas le successeur de KARINOU, qui, en 1928, prit la tête d’une insurrection contre les colons envahisseurs ?

Voulant faire de la jeune République Centrafricaine un exemple de société juste pour toute l’Afrique Centrale, il avait tenu à léguer aux citoyens de son pays le sens de la justice sociale et l’exigence de la probité dans la gestion de l’Etat.

Ses successeurs, aveuglés par l’appât du gain, n’ont cessé de trahir ses idéaux…





 


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Barthélémy Boganda
Malgré cet héritage, instabilité chronique du pays
La responsabilité en incombe en partie à la France. Depuis l’indépendance, c’estelle qui, en sous-main, détient la réalité du pouvoir en Centrafrique. Elle a toujours protégé ou défait les pouvoirs en place, selon qu’ils garantissaient ou non ses intérêts sur les mines d’uranium, de diamants, d’or, de fer, le pétrole, les bois précieux...

Il faut aussi incriminer les dirigeants du pays : par manque de courage, du sens de l’état ou de patriotisme, ils ont entraîné la R.C.A. dans une régression chronique. En Centrafrique, les kalachnikovs ont remplacé les urnes. Des fanfaronnades de l’empereur BOKASSA, qui distribuait des écrins de diamants à ses hôtes, à l’irruption dramatique des Sélékas, la R.C. A, est un pays en perdition.

Malgré les potentialités du pays, la population subit de plein fouet une injustice sociale insupportable. Tenant le vulgum pecus (le petit peuple) comme denrée négligeable, les élites du pays ne se sont jamais tournées vers le citoyen, pour appréhender ses souhaits et ses préoccupations. Au contraire, elles sont restées insensibles aux cris de détresse des gens. Pire encore, elles ont osé afficher, à l’égard de leurs compatriotes, un mépris digne des temps- indignes - de la colonisation.

Mais l’histoire nous enseigne qu’un peuple ne courbe pas indéfiniment l’échine. Il finit toujours par se révolter contre l’injustice, surtout sociale.

Les Tribuns, que les tribus romaines envoyaient à Rome devant le Senat, pour porter leur parole et défendre leurs intérêts, étaient des hommes vertueux et dévoués. Leur fortune était déjà faite, avant qu’ils ne deviennent politiciens. En Centrafrique, c’est tout le contraire ! On entre pauvre en politique pour s’enrichir au détriment de la population. Les caisses de l’Etat deviennent alors une vache à lait au service d’une oligarchie prédatrice…

Le sursaut passera obligatoirement par un examen de conscience de tous. Surtout de la part de ceux qui se bousculent au portillon des élections présidentielles.

Il faudra que chacun prenne la peine de se poser les deux questions essentielles: Qu’avons-nous fait de l’héritage de Boganda? Et pourquoi la Centrafrique, depuis son indépendance, régresse-t-elle et doit-elle affronter une telle instabilité ?
 
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