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Peuls centrafricains: Voyage incessant au bout de la souffrance

Par Sylvestre Krock, AA - 29/12/2014

Les Peuls centrafricains (éleveurs musulmans), autrefois ancrés dans l’ouest du pays, sont aujourd’hui sans abris fixes depuis le déclenchement du conflit interconfessionnel qui secoue la RCA.

 

Les Peuls centrafricains (éleveurs musulmans), autrefois ancrés dans l’ouest du pays, sont aujourd’hui sans abris fixes depuis le déclenchement du conflit interconfessionnel qui secoue la RCA. «Damnés de la terre» comme aiment dire certains d’entre eux, ils sont par les temps qui courent à la recherche de contrées qui pourraient les accueillir sans pour autant risquer leur vie. Anadolu a fait le voyage jusqu’à chez eux. Tristes confessions, en provenance du camp de Yaloké.

Le camp de la ville de Yaloké, à environ 300 km à l’Ouest de la République centrafricaine, s’ajoute à ceux du km5 à Bangui (capitale) et de Boda (Sud-ouest). Environ 800 peuls vivant d’activités pastorales, dépossédés de tous leurs troupeaux et autres moyens de subsistance y sont regroupés. Hommes, femmes et enfants y évoluent dans la précarité totale.

Cette communauté a fui les violences, dans la préfecture de la Lobaye voisine pour se réfugier à Yaloké. Aujourd’hui, il reste 511 personnes, bloqués dans la Sous-préfecture dans des conditions humanitaires déplorables.

A Yaloké, le paysage est pour le moins misérable: une salle spacieuse sert de dortoir. Des nattes sont déposées à même le sol, où des enfants s’adonnent aux jeux, peu soucieux d'une destinée, dont ils ignorent les lendemains. Un peu plus bas, à la cuisine de fortune, des femmes préparent l’unique et pauvre repas de la journée.

Maïmouna Awa est mère de six enfants. Elle prépare du riz au haricot sur un feu de bois. D’un ton triste, les mots s’élancent dans une voix peu audible: «les humanitaires nous fournissent des vivres. Nous survivons grâce à leurs aides. Sauf qu’il faut dire que notre alimentation n’est guère variée. Ce n’est pas de leur faute, ils nous donnent de ce dont ils disposent.»

Et Moussa Djibril, réfugié du même camp, d’ajouter: «Passer la nuit ici est une véritable descente aux enfers. On s’agglutine tous dans la même salle. Les enfants tombent fréquemment malades sans pour autant pouvoir bénéficier des soins nécessaires.»

 


© lexpress.fr
Les témoignages poignant n’en finissent pas. «Depuis notre arrivée dans ce camp, 49 d’entre nous ont rendu l’âme, n’ayant pas pu résister aux maladies et aux conditions difficiles. D’autres ont choisi de s’exiler au Cameroun», affirme Ali Madji.

Prisonniers de quelques mètres carrés, où ils étouffent jour et nuit, les réfugiés de ce camp ont un dernier souhait: «une relocalisation en dehors de la RCA, jusqu’au rétablissement de la paix dans le pays».

Oumarou Adoum en témoigne: «C’est une véritable prison à ciel ouvert. Aucun déplacement, aucune activité. On a tout perdu et certains de nos parents sont partis au Cameroun. Notre vœu est que les autorités nous laissent partir là où nous nous sentirons plus en sécurité en attendant le retour de la paix. Nous sommes Centrafricains, nous n’avons pas une autre patrie que la RCA. Notre relocalisation provisoire au Cameroun ou au Tchad est une nécessité», signale-t-il.

Cette perspective n’est malheureusement pas envisageable pour les autorités centrafricaines. «Une démarche pareille aura une seule lecture: cautionner la connotation interreligieuse de cette crise. La position du gouvernement demeure celle de continuer à agir efficacement dans le sens de la cohésion sociale et de l’unité nationale» affirme à Anadolu, une responsable du Premier ministère, sous couvert d’anonymat.

Yalokee était secouée ces derniers temps par une vague de violences provoquées par des membres Seleka (milices musulmanes), qui tentaient de mettre la main sur des sites orifères. Ce qui a donné lieu à de violents conflits les opposant aux habitants, débouchant ainsi sur des atrocités et des exactions commises à l'égard des habitants chrétiens. Les Peuls et leurs familles en ont payé le lourd tribut. Ils ont été agressés puis chassés de la région.

 
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