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L’équation électorale est compliquée

Par U. Roy Lama, leconfident.net - 01/02/2011

le Chef de l’Etat avait ordonné que les élections se fassent sur listes manuelles au lieu d’être informatisées comme le prévoit l’article 29 de la loi 09.016 du 2 octobre 2009

 

Trop d’illusion au départ
Ce n’est pas aujourd’hui que l’opposition a commencé à tirer la sonnette d’alarme. Trois mois seulement après sa mise en place, la Commission Electorale Indépendante (CEI) commençait à ne pas inspirer confiance au Collectif des Forces du Changement, regroupant les entités, «Opposition démocratique», «Autres Partis» et quelques mouvements politico-militaires. Cette crise de confiance avait débouché sur la paralysie de la CEI suite à une suspension des partis membres du Collectif des Forces du Changement. Cette décision du CFC a été prise par rapport au constat amer de dysfonctionnement de la CEI. Tout le monde espérait que la mutation opérée par la CEI en février 2010, allait provoquer un électro-coc et la faire repartir d’un bon pied. C’était se faire trop d’illusion à propos d’un organe déjà rongé par le partisanisme. « la première tentative de la préparation d’un hold-up électoral a commencé par l’opération de révision des listes électorales de 2005 comme base de données des élections naguère prévues en 2010. Cette opération de révision des listes électorales fut un véritable fiasco, car elle n’a pas suscité d’engouement de la part de la population centrafricaine. L’Etat a perdu du temps et engloutit de l’argent. La fermeté de l’opposition appuyée par les représentants de la Communauté internationale a obligé la CEI à inscrire dans ses nouvelles actions un recensement électoral et bonne dire forme.

 

Le recensement électoral eut lieu avec plus ou moins de succès. La Commission Electorale Indépendante (CEI), compte tenu des modalités de satisfaction des agents recenseurs qui n’étaient pas clairement définies a prôné dans un premier temps à récupérer toutes les listes et certains matériels ayant servi au recensement électoral. Et comme les aiguilles l’horloge ne se sont pas arrêtées en Centrafrique, la CEI devait maintenant jouer avec le temps. Mais la décision la plus grave qui allait avoir des répercussions sur la transparence et la crédibilité des élections est celle prise par le Président de la République, Chef de l’Etat lors d’une rencontre au Palais de la Renaissance avec toutes les forces vives de la nation en présence des représentants de la communauté internationale. A la suite des balbutiements des responsables de la CEI et le manque de moyens promis par la Communauté Internationale, le Chef de l’Etat a ordonné que les élections se feront sur listes manuelles au lieu d’être informatisées comme le prévoit l’article 29 de la loi 09.016 du 2 octobre 2009, portant Code Electoral de la République Centrafricaine. La porte aux abus venait d’être grand ouvertes. Le scepticisme de l’opposition démocratique Centrafricaine réunie au sein du Collectif des Forces Changement a commencé réellement à partir de cet instant. Le CFC s’est battu pour une informatisation obligatoire des listes électorales pour plus de fiabilité, mais ce n’était qu’un coup d’épée dans l’eau.

Des listes dénuées de toute transparence
Le recensement électoral lui-même a crée un véritable boulevard à la fraude. En plus des cartes normales remises par les agents recenseurs en guise de récépissés à ceux qui se font enregistrer, d’autres cartes qui ne comportent pas les normes requises par la CEI circulaient.
Et ces cartes qu’on qualifierait volontiers d’apocryphes ont été distribuées à profusion. Des personnalités proches du pouvoir détenaient un stock important de ces cartes qui étaient ensuite distribuées à ceux qui étaient favorables au régime en place. Dans certaines localités, les électeurs recensés n’ont reçu que des bouts de papiers et leurs noms inscrits dans les cahiers d’écoliers alors que la CEI disposait de registre à cet effet. Tous les ingrédients étaient déjà réunis pour les fraudes à grande échelle. La suspicion commençait à entourer le processus électoral et des voix ont commencé à s’élever. Le bouquet a été la transcription des listes par des agents recrutés par la CEI, dont on ne sait sur quels critères pour effectuer ce travail de transcription. Les résultats de ce travail ont été amèrement vécus par les électeurs, le jour du scrutin du 23 janvier 2011. Certaines personnes pourtant recensées, détenant les anciens récépissés avec des numéros d’ordre ne retrouvaient plus leur nom sur les listes. Leur numéro a été affecté à des électeurs fantômes. D’autres n’ont pu voter parce qu’à leur arrivée au bureau de vote, quelqu’un l’a déjà fait à leur place. Les listes électorales affichées tardivement ne permettaient pas aux omis de faire des réclamations.

 


© ww.sangonet.com
Le CFC veut frapper un grand coup
Pour l’opposition, il fallait s’attendre à ce désordre le jour du scrutin. C’est justement dans ce désordre que les abus les plus graves ont été commis. Des lots de cartes distribuées à certains chefs de quartier et de village pour les besoins de la cause. De multiples notes par procuration dans certaines circonscriptions. L’achat des consciences, les intimidations étaient monnaie courante. La liste des abus constatés par les représentants des partis politiques et les observateurs est tellement longue, qu’elle enlevé aux élections du 23 janvier 2011, toute crédibilité. Les leaders et candidats de l’opposition avaient déjà prévenu. Ils disent qu’ils ne sont pas surpris par ce qui s’est passé. Et pour ne pas cautionner des résultats dont le coefficient a été défini d’avance, ils demandé à leurs représentants à la CEI de claquer la porte de cette institution. Mais la réaction du Collectif des Forces du Changement risque de ne pas s’arrêter à ce niveau.

Les représentants des candidats de l’opposition à la Cour Constitutionnelle ont été retirés. Comme pour frapper un grand coup, le CFC poursuit sa logique en menaçant de retirer ses représentants au Comité de Suivi des Recommandations du Dialogue Politique Inclusif qui aurait brisé ses obligations de neutralité. Face au vide crée par le retrait de l’opposition de toutes ces instances, le pouvoir fait semblant de ne pas être désemparé. Malgré les beaux discours, l’inquiétude plane. Les autorités se demandent si la communauté internationale va reconnaitre les résultats de ces élections, surtout que certains rapports des observateurs ont été très critiques. Il y a véritablement péril en la demeure car le Collectif des Forces du Changement menace même de retirer tous ses candidats au deuxième tour des élections législatives, même si ceux-ci sont position favorable et empêcher ceux qui sont élus au premier tour de siéger à l’Assemblée nationale. L’équation devient compliquée, lorsque même certaines formations de la majorité présidentielle frustrées menacent elles aussi de quitter le navire. Les leaders de certains de ces partis ont finalement compris qu’ils ont été roulés dans la farine par leurs alliés du KNK, qui tout mise en œuvre pour les enterrer politiquement. L’équation politique devient alors compliquée et jours à venir seront décisifs.
 
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