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Au Burkina Faso, le peuple a chassé Blaise Compaoré: et maintenant, à qui le tour ?

Par Aurélie Ganga - 20/11/2014

Par Aurélie Ganga, citoyenne africaine

 

Le discours de La Baule prononcé par le président de la République française François Mitterrand en 1990 a amené les mouvements de démocratisation en Afrique.

Des conférences nationales ont vu le jour et tout le continent s’est mis à rêver. Éviter les violences était devenu le maître-mot. Mais à force de compromis, voire de compromissions, les avancées démocratiques ont fait "pschitt".

Or, aujourd’hui, les peuples d’Afrique veulent l’édification d’un nouveau monde avec notamment plus de justice. Ainsi dans un univers hyper connecté les yeux doivent s’ouvrir. Car le peuple burkinabé a fait partir Blaise Compaoré: à qui le tour ?

Peu importe le débat
En effet, Blaise Compaoré a démissionné sous la pression de la rue, bien que le changement constitutionnel n’ait pas eu lieu.

Au contraire, l’actualité vient conforter ceux qui maintiennent les constitutions et ceux qui les empêchent d’évoluer. Mais à y regarder de près, on se demande si ce débat sur la transformation constitutionnelle n’est pas un mythe supplémentaire dont l’objectif est finalement de duper les peuples africains.

On s’interroge également sur les enjeux liés à cette absence de changement constitutionnel : entre autres, ce manque répond-il chez ces peuples africains à des impératifs surprenants ?

À cette interrogation, il faut répondre par la négative. Ces vœux populaires, loin d’être spontanés, traversent l’histoire : ils sont universels. Et l’actualité corrobore tellement notre vérité que l’on cherche avec ironie à connaître celui qui succédera à Blaise Compaoré : un postiche, son alter-ego, un morceau de bois ?

 


© SIPA
Le 31 octobre, Blaise Compaoré a quitté la présidence du Burkina Faso.
Les Burkinabés sont dubitatifs
En fait, le peuple burkinabé a du mal à croire qu’un homme politique omnipotent et providentiel puisse solutionner par un miracle démocratique et soudain les problèmes auxquels il est confronté au quotidien.

En somme, bien que le maintien ou le changement de la constitution soient des éléments déterminants pour le destin d’une nation, le peuple burkinabé vit loin de ces considérations d’ordre conceptuel. Ce que ce peuple désire, il l’expérimente dans sa chair.

Ses préoccupations, comme tout peuple africain, sont simples : combattre la corruption rampante et l’opulence arrogante d’une minorité ; réduire la pauvreté et la misère ; répartir avec plus d’intelligence les richesses ; protéger les femmes, les mineurs et les vulnérables ; accentuer l’égalité, la solidarité, la liberté ; augmenter l’accès à la santé, à l’éducation, à l’emploi ; accroître la sécurité ; solutionner le problème de l’usage de l’eau et de l’électricité ; etc.

Les leaders burkinabés ont une lourde responsabilité
Par conséquent, ce que le peuple burkinabé ne souhaite pas, ce sont des effets d’annonce et des réformes cosmétiques. La révision constitutionnelle aussi légitime soit-elle ne doit pas être une vitrine publicitaire qui vise à la perpétuation d’un pouvoir déconnecté des réalités.

À contrario, toute volonté étatique du Burkina en charge de transformer le réel social et politique doit s’inscrire dans la durée et se tenir informée des mentalités du pays. Et il n’est pas de nation qui ne puisse honorer sa mission de rendre heureux son peuple sans un travail de rationalisation.

D’une part, en effet, se doter de véritables structures institutionnelles, c’est maximiser l’efficacité de la gouvernance. D’autre part, se pencher avec force sur le caractère inviolable et sacré des droits les plus élémentaires, c’est proposer à son peuple les conditions qui réalisent son bonheur.

Cependant, les leaders africains, burkinabés notamment, capables d’accomplir cette mission, ont une lourde responsabilité politique, juridique et morale. S’ils passent un contrat avec le peuple, cela signifie qu’ils représentent ce même peuple. Or, en toute logique, on ne peut confier le pouvoir et la destinée d’une nation : ni entre les mains d’amateurs inexpérimentés dont les stratégies à court terme et les compétences ruinent tout espoir de changement ; ni entre les mains de ceux qui contestent sans réflexion aucune et mécaniquement tout exercice de gouvernance ; ni entre les mains de ceux qui usent du pouvoir non pour améliorer la vie du peuple mais pour assurer leur carrière personnelle.

Ces leaders africains, par ailleurs, peuvent éclore de tous horizons sociaux, culturels, historiques, etc. On peut également les recruter parmi les plus volontaires de ceux qui actuellement siègent au pouvoir.

Nous devons affronter notre destinée
Un invariant demeure cependant.

Que les gouvernants faillissent au serment républicain qu’ils prononcent en prenant le pouvoir, et le peuple assoiffé de justice manifestera sa colère et son besoin de vengeance. Aussi, que la sagesse des dirigeants soit le guide permanent qui maîtrise l’aveuglement et l’égoïsme de tous. Car l’histoire se répète.

En Tunisie, le printemps arabe s’est muté en un hiver. En Égypte, le changement a donné vie à des ogres liberticides. En Libye, les espoirs se sont noyés dans un chaos orchestré par certains pouvoirs occidentaux. Au Mali, la paix réclamée a laissé le champ libre à des groupuscules comme Al-Qaïda au Maghreb Islamique et à des Boko Haram.

Il revient donc aux Burkinabés et aux Africains de faire preuve de circonspection en analysant le discours peu nuancé des donneurs de leçon d’ici et ailleurs. Cesser d’être excessifs et tranchants lorsque l’on condamne hâtivement des hommes aux pouvoirs.

Cesser de croire aux illusions magiques qui promettent un bonheur aussi rapide que peut l’être un changement de constitution et de gouvernement. Inversement, donner la chance à tous ceux, sans discriminations, qui croient au bonheur du Burkina et de l’Afrique, c’est insuffler et accroître l’esprit citoyen.

Donner ce goût de l’ambition partagée des changements efficaces et visibles, c’est édifier un Burkina et une Afrique à la hauteur de ce que sont les peuples du continent : forts, joyeux, talentueux.

Par conséquent, deux options : soit, nous Africains, continuons à bâtir encore et toujours des barrières mentales infantiles, sources de blocages sociaux, politiques, économiques et culturels ; soit, nous affrontons notre destinée en tant que sujets responsables et nous misons sur des changements présents et futurs, concrets et durables, à notre rythme.

La tête haute, j’affirme que la seconde option est celle que le Burkina et l’Afrique doivent prendre.
 

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