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Au nom du Père, du Fils, du St Esprit et de l'Oubangui

Par Clément De Boutet-M'bamba - 23/09/2014

Tous les affluents du fleuve: la Kotto, l’Ouaka, le Mpoko, la Lobaye...ainsi que les affluents de ses derniers connaissent aussi des étiages très prononcés depuis une dizaine d'année

 

Samedi 13 février 1988, Lakouanga-Fleuve, secteur École-UNESCO-CPI, le Dr (Ancien à l'époque) Roger BOUI de l'église Apostolique de PK4, me baptisait avec des dizaines d'autres personnes dans les eaux de l'Oubangui. Il est de coutume chez les Églises Apostoliques de Centrafrique et dans d'autres communautés Protestantes, d'organiser les baptêmes dans les cours d'eau proches des lieux de culte. La tradition remonterait probablement au baptême du Christ lui-même dans le Jourdain par Jean Baptiste.

Ce 13 février 1988, je devrais mesurer à tout cassé mois d'un mètre 55. Autrement dit, j'avais la taille d'un garçon de 11 ans et demi, mon âge à l'époque. Cette petite taille obligea le Dr BOUI à avancer vers moi. Je ne fus donc pas baptisé à l'endroit où la majorité l'était mais au bord du fleuve car à peine engagé dans celui-ci, que ses eaux étaient déjà au niveau de mes narines. J'étais donc confronté à deux dangers : risque de noyade et qualité de l'eau. Quelques années plus tard, assistant au baptême de ma mère au même endroit, j'étais en mode sapeur-pompier, prêt à bondir dans l'eau au cas où...

 


© CBM
Précision importante : tous les protestants de Centrafrique ne baptisent pas au fleuve. Certains ont aménagés des Baptistères (piscine) en béton et pratiquent donc le baptême par immersion à domicile (église).

Baptiser dans le fleuve représente donc un double danger :
1. sécuritaire ;
2. sanitaire.
En effet, la cartographie du fleuve a connu au fil des années une profonde modification due à la non stabilisation des berges d'une part et d'autre à la sortie progressive de Bangui de la zone d'influence équatoriale avec la perte en 100 ans de plus de 90% de son couvert forestier sur sa zone d'envergure urbaine. Conséquences : une érosion plus prononcée et un changement climatique réel. Ainsi donc, sur deux images Google earth du baptistère naturel de Bangui sis à l'école UNESCO au bord du fleuve dans le 2ème arrondissement, prises à 9 années d'intervalle (2004 et 2013), on remarque aisément que durant cette période, le fleuve a gagné 25 METRES sur la terre soit près de 3 METRES par an. À ce rythme, le complexe scolaire CPI aura disparu dans 20 ans et l'école UNESCO dans 10 ans.

Sur le plan sanitaire, l'écologie du fleuve a connu une profonde mutation avec le barrage de Mobaye. En 2012, le niveau du fleuve a atteint son point le plus bas depuis les premières mesures en 1911. Cette baisse contraignit cette année-là, la SODECA a « creusé » le fleuve pour retenir l'eau à acheminer vers son usine de traitement(1).

Tous les affluents du fleuve : la Kotto, l’Ouaka, le Mpoko, la Lobaye...ainsi que les affluents de ses derniers connaissent aussi des étiages très prononcés depuis une dizaine d'année. C'est donc tout le bassin hydrographique du fleuve qui est malade, ce qui induit donc une mutation des micro-organismes présents où ces derniers sont obligés de s'adapter aux nouvelles conditions. On peut donc dire (même sans études) que certaines bactéries présentes dans le fleuve sont devenues aujourd'hui plus dangereuses pour les populations qu’elles ne l’étaient il y a une à deux décennies à cause des mutations intervenues dans le bassin.

Fort de tout ce qui précède, on peut avoir la légitimité de demander au Conseil Municipal de Bangui et/ou au Ministère de la Santé publique, de prendre une décision interdisant les baptêmes dans le fleuve dans toute la zone d'envergure urbaine. Pas seulement le fleuve mais tous les cours d'eau de la zone Bangui/Begoua/Bimbo. Cette décision pourra être étendue à l'ensemble du territoire national. Bien évidemment, il faudra laisser le temps à ces communautés religieuses pour aménager des baptistères collectifs ou par communauté. Trois mois semblent pour moi être la période idéale.

Vous me poserez alors la question de savoir ce que représente la cadence des baptêmes sur la fréquentation physique du fleuve ? Interrogation LEGITIME à laquelle je répondrai par : pas grand-chose. Il faut commencer quelque part et les BAPTEMES par immersion dans le Fleuve sont le point de départ. Mais ce postulat pose un problème global, celui de la maîtrise de l'eau par le cycle et les aménagements. Alors que des études menées depuis les années 30/40/50 et après les indépendances dans le cadre de l'ORSTOM ont établies les aménagements nécessaires à faire de la Confluence Mbomou/Ouélé dans le Mbomou au Seuil rocheux de Zinga dans la Lobaye mais rien n'a été fait jusqu'à ce jour. Idem pour tous les cours d'eau du bassin du Chari, du Logone et de la Sangha. Rien, tout est en jachère.

Nous ne cesserons jamais de le dire, l'Oubangui n'est plus un fleuve, il est devenu un LAC. En saison sèche par endroit (même à Bangui), il dépasse à peine 0,80m. Lorsqu'on voit des bancs de sable sur le fleuve entre octobre et mai, ce n'est pas le signe d'une bonne santé, ce sont les symptômes de la maladie du fleuve. Maladie aggravée car au début du siècle dernier, on naviguait entre Bangui-Brazzaville et Kinshasa plus de 300 jours par an. En 2013, moins de 180. En 100 ans, le fleuve a donc perdu environ 50% de sa période de navigabilité. Ces propos qui se limitent au fleuve Oubangui sont aussi valable pour tous les cours d'eau internes ou internationaux de la RCA.

Les partisans du statuquo diront qu'il n y a rien à craindre, que Dieu veille, que les Talimbis ne se sont jamais servis parmi les baptisés du fleuve. Je dirai simplement : attendons-nous la manifestation d'un problème pour réagir?
En demandant à la mairie et/ou au ministère de la santé publique de prendre les dispositions nécessaires pour interdire les baptêmes dans le fleuve, cela constitue aussi un appel à la mise en place de toutes les dispositions techniques et matérielles pour :
• stabiliser les berges par les ouvrages adaptés ;
• délimiter et aménager les endroits réservés à la baignade ;
• délimiter les endroits constructibles et les non-constructibles dans la zone d'envergure urbaine le long du fleuve;
• avoir une communauté d’agglomération entre Bangui – Begoua et Bimbo en association avec Zongo(RDC) pour faciliter la question de la gestion administrative et technique des berges et du fleuve dans le cadre urbain local.

Parler de la santé du fleuve, c'est aussi parler de l'accès à l'eau potable du MILLION d'habitants de Bangui/Begoua/Bimbo ou de la Pénurie d'eau potable.
«Bangui, Capitale de la République centrafricaine (...), est localisée dans un espace où il pleut neuf mois dans l’année. Ainsi, y parler de pénurie d’eau semble anormal, du fait de la variété des ressources en eau (pluies, cours d’eau, marais et nappes aquifères). Néanmoins, la pénurie d’eau est caractérisée ici par la question de l’eau souillée dont l’utilisation constitue une entrave à l’émergence économique de la société. Le faible accès à l’eau potable, la prépondérance des maladies liées à l’eau et surtout le “doute” qu’ont les consommateurs sur la qualité de cette ressource sont des critères qui fondent la pénurie d’eau à Bangui. Cette dernière résulte de l’insuffisance quantitative et qualitative de la ressource hydrique par rapport aux besoins. Cette question sociale difficile est entretenue par la déficience et l’inadéquation des installations hydrauliques destinées à la production et à la distribution d’eau potable.» (2)

L'usine de traitement des eaux de Bangui fut inaugurée en 1948 à une époque où la ville comptait moins de 50.000 habitants. «Entre 1953, date de la création de la Société des Eaux et 1969, seul le centre-ville bénéficiait du réseau d’adduction. Les quartiers périphériques, d’implantation spontanée, ne disposaient pas d’infrastructures adéquates.» (3)

1948 – 2014, 66 ans que nous vivons avec un réseau de distribution d'eau potable projeté au départ pour une ville de moins de 50.000 habitants et de moins de 10km².
Plus que le réseau de distribution inadapté à la nouvelle configuration spatiale et démographique de Bangui, se pose le problème de la qualité de l'eau : «Les contrôles physico-chimiques et bactériologiques de l’eau traitée, qui a séjourné 6 jours et 2 mois dans le réseau vétuste en acier galvanisé, indiquent en effet la dégradation de la qualité de l’eau destinée aux particuliers. Ils confirment implicitement les réserves émises sur la qualité de cette eau qui peut engendrer des risques sanitaires pour la population.» (4)

Face à ces problèmes, il devient urgent d'ouvrir de nouvelles perspectives. En effet, l'extension de la ville de Bangui s'est faite sur un axe Sud-Ouest allant de Landjia à la zone rurale de Nzilla et un axe Sud-Nord de Boy-Rabe au-delà du PK12 intégrant les axes Boali et Damara. Cette nouvelle configuration exige donc que soient prises en compte des solutions nouvelles. En effet, pour permettre l'accès à l'eau potable à l'ensemble de l’agglomération soit une zone d'environ 100 km² en intégrant les nouvelles technologies acquises en matière de traitement et de gestion de l'eau potable, l’agglomération de Bangui devrait se doter de deux nouveaux centres de traitement d'eau :
1. Mpoko, ancienne route de Mbaïki dont la zone de distribution couvrirait la Commune de Bimbo, les 3ème, 5ème et 6ème arrondissements de Bangui ainsi que toute la zone d'extension urbaine Nord-Ouest et Sud-Ouest de l’agglomération;
2. Bafili (route de Boali), zone de distribution : Begoua, 4ème et 8ème arrondissements de Bangui ainsi que toute la zone d'extension urbaine Nord-Est de l’agglomération.
L'usine de la Colline quant à elle, continuera à desservir les 1er, 2ème, 7ème arrondissements de Bangui ainsi que la zone d'extension urbaine Est et Sud-Est de l’agglomération.

L'arrivée de l'eau potable dans un secteur donné est toujours précédée par celle de la route, de l’électricité et de la téléphonie résidentielle. Construire deux nouveaux centres de traitement d'eau pour l’agglomération de Bangui c'est non seulement répondre à la pénurie d'eau potable, mais c'est aussi permettre à chaque Banguissois d'avoir accès à la route, l’électricité et le téléphone résidentiel en faisant entrer Bangui dans la modernité.

Post-Scriptum : Je parle ici de Bangui mais ces mots valent pour tous les centres urbains de la RCA, Bangui étant tout simplement le miroir de tous nos problèmes.
1 :
http://reseaudesjournalistesrca.wordpress.com/2012/03/28/bangui-la-sodeca-obligee-de-creuser-le-fleuve-pour-avoir-de-leau-a-distribuer/ Bangui : La SODECA obligée de creuser le fleuve pour avoir de l’eau à distribuer

2-3-4 : /> Gestion de la qualité de l'eau, conflits et risques dans la ville de Bangui (République centrafricaine), Cyriaque-Rufin Nguimalet, Diana Alisson Balikouzou-Hinna, Marie-Céline Rasoanantoandro Gothard-Bassebe et Silla Semballa. Geocarefour, 2005.

 

 
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