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La Centrafrique, enjeux & perspectives après élection

Par Hermann Leï - 26/01/2011

«La participation importante de la population atteste de la modification des comportements»

 

En dépit, de nombreuses difficultés et irrégularités signalées lors de ces élections, elles ont été effectuées dans un contexte de pluralisme politique, donnant une tout autre signification, celle d’une compétition et d’un libre choix des candidats. La participation importante de la population atteste de la modification des comportements et d’une nouvelle vision du politique en Centrafrique. Ces élections ne se sont pas passées sans rencontrer des réserves et susciter des appréhensions, les critiques se multiplient et sont exprimées en termes vifs sinon virulent, laissant présager des contestations et procès sans appel. De ce fait, ne devrons-nous pas redouter que ce scrutin qui a été considéré comme une voie privilégiée de sortie de crises et d’expression du pluralisme retrouvé après toutes ces années de soubresauts politiques, ayant entrainé une instabilité institutionnelle et conjoncturelle défavorable à notre développement, se voit attribuer la responsabilité des tensions voire de rupture au bon fonctionnement de l’État sur l’ensemble du territoire?

Des inquiétudes alimentées à la fois par la multitude et la persistance des dysfonctionnements et pratiques frauduleuses dont tous s’accordent à dénoncer l’ampleur et la fréquence. Elles prennent aussi appui sur les difficultés de réception et d’acception des résultats par les différents états major des partis politiques.
Des efforts considérables ont été mis en œuvre pour assurer un déroulement honnête, régulier et impartial de ce scrutin par les pouvoirs publics appuyés par la Communauté Internationale comme en témoignent la présence des missions d’observation en ce moment sur le territoire. La Commission électorale indépendante décriée par les partis politiques d’opposition devra poursuivre cette étape importante de renforcement et de consolidation de la démocratie en garantissant des résultats libres, transparentes et honnêtes.
Tous les candidats s’accordent, une fois de plus, pour considérer que les imperfections de cette commission peuvent être source de nombreux contentieux et d’une volonté de ne pas accepter la sentence des urnes.

Cependant, l’issue finale de ce scrutin ne dépend pas seulement du caractère technique et réglementaire de la Commission mais aussi du comportement responsable qu’incombe aux partis politiques. Son succès n’en pose pas moins un certain nombre d’enjeux, parce que de ce scrutin naîtra des facteurs favorables à la relance des activités sociales, économiques et à la réconciliation nationale.
Hermann Leï

 

Le premier enjeu sera celui de l’acceptation des résultats. Les suivants seront ceux auxquels les nouveaux dirigeants auront à faire face ; celui des aspirations de la population et celui de la stabilisation de la sécurité dans l’arrière pays qui reste une source de préoccupation majeure.

L’acceptation des résultats
Le non respect des résultats s’accompagnera inéluctablement de bouleversements politiques enfonçant le pays et la population dans une situation chaotique et d’extrême pauvreté. A contrario, elle provoquera la reprise des activités socio-économiques dans un climat social plus ou moins apaisé et viable, le retour à la légalité constitutionnelle afin de recréer un tissu social solidaire et un nouveau discours sur la gouvernance et la démocratie face aux logiques de division. Que les mouvements qui sont rentrés en rébellion puissent concevoir un rôle dans l’acceptation de ces résultats, non en fonction de leurs intérêts immédiats, mais d’une vision qui ouvre un avenir d’espérance fort d’assurer la paix dans tout le pays. On peut donc espérer que les nouveaux dirigeants issus de ces résultats du scrutin du 23 Janvier pourront conduire l’avenir de ce pays en toute légitimité. Les nouveaux dirigeants seront cependant immédiatement confrontés à des aspirations des Centrafricains et aux problèmes d’insécurité dans certaines zones recluses du pays.

 


© journaldebangui.com
Hermann Leï
Les aspirations des Centrafricains
Les nouveaux dirigeants qui seront aux commandes de la république à l’issue de ce scrutin auront à répondre aux aspirations suscitées par leur élection. Il leur faudra non seulement des qualités politiques et pédagogiques mais aussi des objectifs et une stratégie pour faire réduire les disparités socio-économiques, sur l’ensemble du territoire. L’extrême pauvreté qui gangrène l’ensemble du pays, l’absence des services de base dans différentes régions du pays tels que les hôpitaux, les écoles sont source d’instabilité et de marginalisation. La vétusté et la carence des voies goudronnées, des villes électrifiées, de pompe hydraulique pour fournir de l’eau potable sont autant de facteurs qui concourent à la paupérisation de la population centrafricaine.

La stabilisation du territoire national
La faiblesse de l’État fait qu’une bonne partie du territoire se trouve hors du contrôle des institutions républicaines. A certains endroits du pays, la population est confrontée à cette triste réalité d’un État incapable de lui garantir sécurité et État de droit. La fragilité des institutions étatiques, l’exploitation et l’instrumentalisation des différences ethniques, le manque de dialogue et de coopération entre le pouvoir et l’opposition a donné place à des forces de sécurité dans un état de misère prononcé, mal entraînées avec des effectifs vieillissants manquant de moyens matériels et financiers pour conduire de manière efficiente les missions de défense et de sécurité sur l’ensemble du territoire. La maîtrise de la situation sécuritaire demeure un préalable incontournable au bon fonctionnement de l’appareil étatique. Une situation qui aura pour corollaire le respect de l’ordre public, la mise en place d’un système judiciaire efficace et la garantie des droits fondamentaux de la population.

Enfin, un autre enjeu de cet après élection est la sauvegarde de l’unité nationale. Le lien de fraternité qui unit les centrafricains entre eux et l’usage unique de la langue sango qui caractérise notre pays sont autant de facteurs qui devraient transcender dans la pacification de ce processus électoral. Nous devons être persuadé que notre avenir est plus prometteur, si nous restons unis que si nous nous laissons diviser. Cette aspiration de grandeur nationale doit pouvoir juguler les appétits individuels de l’influence extérieure pour faire triompher la paix. Il n’y a pas de sens de l’Histoire, il y’a des histoires auxquels les hommes donnent sens.
 
MOTS CLES :  Centrafrique   élections   Résultats   Population 

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