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RCA: un pays détruit par des conflits armés face aux OMD

Par Pierre INZA-journaliste politique et culturel - 26/08/2014

Le pays qui n’est pas encore sorti de l’auberge, a fait un mauvais départ de cette course de vitesse pour le développement, depuis le lancement de ce vaste programme par l’ONU

 

La date butoir de l’évaluation général des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) s’approche à pas géant. Comme prévu par le système des nations unies qui avait lancé un appel à tous les Etats du monde d’adhérer au processus, en 2015, il faut l’éducation pour tous, la santé pour tous, la nourriture pour tous, pour n’évoquer que ces besoins vitaux de base qui concernent particulièrement les pays émergents et les pays les plus pauvres de la planète, notamment en Asie, en Amérique latine et en Afrique, tels que la Centrafrique, le Cameroun, le Congo, le Niger, la Côte d’Ivoire et le Sénégal, pays cités à titre d’exemple. La liste est bien longue. La pauvreté sur le continent demeure, à priori, le mal qui freine le développement de nos pays.

 


© acap-info
Pierre Inza
La RCA face aux OMD
Avec la catastrophe provoquée par les bandits de grand chemin et les criminels économiques que sont les séléka et autres, la Centrafrique est bel et bien malade. Elle ne peut produire de l’eau potable à ses populations sans l’aide des partenaires au développement et ONG Humanitaire, ni assurer des soins pour tous et l’école pour tous d’ici 2015. L’on peut dire que le pays a déjà raté le coche. Son bulletin de note est d’office vierge puisqu’il était empêché par les conflits armés de passer l’examen, et aussi la propre médiocrité de sa gestion. A propos de l’évaluation des OMD en Afrique, il existera certes des pays du continent qui seront incapables d’argumenter pour soutenir leur résultat puisqu’ils étaient déchirés par la guerre, comme le Mali, le RD Congo, la Somalie et bien d’autres pays du Maghreb tels que la Lybie et l’Egypte suite au printemps arabe, pour ne citer que ces pays qui traversent des moments très difficiles de leur histoire.

Concernant l’éducation qui est la base du développement, presque 50% des écoles en Centrafrique ont été fermées de 2012 à 2013 dans le nord du pays à cause des conflits armés qui ont fait fuir les parents d’élèves et leurs enfants scolarisés. Nombre d’eux se retrouvent en pleine brousse à la merci des bêtes sauvages et féroces. Plus de 16 000 déplacés internes selon le HCR. L’école était bel et bien noire où la culture de l’excellence s’est envolée. Selon les statistiques de l’UNESCO, 7 élèves sur 10 de l’école primaire n’étaient toujours pas retournés en classe à cause de l’insécurité qui asphyxie. De surcroît, nombreuses écoles des provinces ont été pillées par des éléments rebelles de la coalition séléka que dirigeait l’ancien président de la transition, Michel Djotodia. Ce dernier et sa bande à la gâchette facile, n’ont pas donné priorité à l’éducation. Encore moins à la santé puisque des compatriotes civils malades ont été tués par des éléments de séléka sur leurs lits à l’hôpital de l’Amitié construit grâce à la coopération sino-centrafricaine.

S’agissant des statistiques en matière de santé, les résultats sont d’emblée déplorables. En 2012, l’espérance de vie pour l’homme est de 50 ans seulement et 52 pour la femme. Sous d’autres cieux, les résultats donnent des chiffres relativement supérieurs compte tenu de la culture de connaissance et le PIB. Le Revenu national brut par habitant est seulement de 1,080 dollar. Le taux de mortalité infantile demeure très élevé à cause bien entendu de la mal nutrition. Plus de 13.000 enfants sont très mal nourris sur les sites des déplacés selon les dernières statistiques fournies par OCHA, une ONG humanitaire basée en Centrafrique. Plusieurs enfants en Centrafrique dans les régions du nord meurent beaucoup plus de la rougeole. Le budget du ministère de la santé n‘est pas assez volumineux pour pouvoir faire face aux besoins sanitaires et lutter efficacement contre les pandémies. A telle enseigne que la couverture sanitaire n’est pas assurée sur toute l’étendue du territoire nationale et on ne peut non plus parler de la santé pour tous en 2015. La RCA a pris grandement du recul. Pire encore, on ne soigne plus gratuitement dans ce pays retombé au bas de l’échelle. Les hôpitaux sont devenus des mouroirs depuis le début de la crise qui secoue ce pays. S’il vous manque alors des bourses sanitaires, c’est la fin de votre vie.

Pays à vocation agropastoral, ce secteur a eu un coup dur à cause de la gestion opaque de la chose publique par les autorités et le manque d’une bonne politique de commercialisation des produits agricoles depuis l’arrêt brutal et sauvage de « l’opération Bokassa ». Le centrafricain lamda ne mange plus trois fois par jour. Un ancien ministre de l’agriculture du régime Bozizé en la personne de Fidèle Ngouandjika n’a cessé d’utiliser de la démagogie pour distraire le peuple centrafricain, comme quoi, il va désormais manger trois fois par jour. La réalité est que le régime Bozizé a conduit le peuple centrafricain vers une misère qui ne dit pas son nom et au finish, c’est le drame humain après la prise des armes par des barbares de notre siècle.

Nonobstant ces conséquences graves, à titre de rappel, les petits efforts du régime Kolingba ont ramené l’autosuffisance alimentaire pendant son règne dans les années 80 mais cela n’a pas fait long feu. C’est le basculement dans une misère sans précédent. Avec une crise qui n’est prête à voir sa fin, l’on peut dire que c’est la disette. Le peuple souffre malgré toutes les richesses que Dieu lui a données. La république centrafricaine pratique une agriculture primaire où les tâches sont encore manuelles et archaïques. Le pays se trouve dans une position inconfortable, largement loin derrière tous les autres pays au monde pour pouvoir produire en quantité industrielle afin de prétendre exporter ses produits en Europe, en Asie et en Amérique pour les vendre aux marchés mondiaux.

La république centrafricaine, un pays qui n’est pas encore sorti de l’auberge, a fait un mauvais départ de cette course de vitesse pour le développement, depuis le lancement de ce vaste programme par le Secrétaire Général de l’Organisation des Nations Unies (ONU), pour ne pas paraphraser René Dumont qui disait que l’Afrique est mal partie, en général. Une vingtaine d’années après son indépendance, ce beau pays riche en ressources minières et pétrolières, reste pauvre à cause de la mal gouvernance de ses dirigeants et des crises à répétition. Situé au cœur de l’Afrique, le Centrafrique est l’orphelin du monde, abandonné par les occidentaux, particulièrement la France qui revient en force, mais finalement racheté par des institutions internationales et sous régionale (CEEAC, UE) pendant les crises, pour être sous tutelle de l’ONU. Les conflits armés ont occasionné son recul non égalé par rapport aux autres Pays Pauvres Très Endettés (PPTE) de la planète. Au regard du thermomètre, la Centrafrique ne peut pas répondre au rendez-vous puisque les maladies l’ont rongée, à tel point qu’elle est condamnée sur le lit sous perfusion comme un malade qui souffre d’Ebola et n’attend que les dernières secondes où Dieu va décider de son sort.

 

 
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