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Centrafrique: les larmes de Boganda

Par Clément De Boutet-M'bamba - 20/08/2014

Comme à l'accoutumée, entre les discours (intentions) et les actes, il y a un énorme fossé

 

Après un hommage rendu au Président Dacko et à sa jeunesse au moment de l'accession de la République Centrafricaine à l'indépendance, on s'attendait (en tout cas moi) à voir la Cheffe de l’État de la Transition du côté de Mokinda dans la Lobaye pour rendre les honneurs à celui qu'elle a partiellement réhabilité mais surtout à la jeunesse. Comme à l'accoutumée, entre les discours (intentions) et les actes, il y a un énorme fossé. C'est donc au monument Boganda qu'elle a décidé de marquer la date du 13 août 2014. Comme c'est le cas depuis le 21 janvier 2014, c'est dans les détails que se trouve l'essentiel.

 


© autres médias
image d'illustration
13 août 2014, Bangui est plongée depuis l'aurore sous une furieuse pluie battante, le ciel est gris, les nuages sont bas, les rues sont boueuses et certaines deviennent des lacs artificiels. Le croisement Boganda n'y échappe pas. Le décor est planté. Cette colère du ciel a pour conséquence de priver le protocole du traditionnel tapis rouge. Faut-il le rappeler, le tapis rouge est un usage d'origine phénicienne dans les cérémonies religieuses où l'on couvrait le sol d'étoffes pourpres. Son usage protocolaire remonte à 458 avant Jésus-Christ. En occident où il fut repris dans les us protocolaires, il sert souvent pour recevoir les hôtes de marque. Or chez nous, même pour se rendre au marché, on déroule le tapis rouge. Ce 13 août, le ciel en décida autrement et c'est sur la terre boueuse de Bangui que marcha la Cheffe de l’État de la Transition. Un clin d’œil du ciel pour la ramener sur terre au contact de cette réalité qu'elle semble ne plus percevoir.

Des gendarmes et policiers au garde à vous et bien arrosés par la pluie. Une fanfare aux instruments déréglés par les larmes du ciel et des futurs EX excellences trempés jusqu'à la moelle épinière comme des acteurs d'un film d'horreur. Le décor final était planté, la tragédie pouvait se dérouler en 4D. Le portillon du monument Boganda s'ouvre, on découvre un ensemble dont la couleur vire du blanc au gris si bien que qu'il se confond avec les textes du monument écrits en gris. Sur les 3 marches qui conduisent à la statue de Boganda, on découvre qu'au moins 1/5 du carrelage n’existe plus et que les massifs floraux sont mal taillés. Mais le véritable drame n'est pas au monument mais derrière celui-ci, Catherine Samba Panza, Alexandre Ferdinand Nguendet en s'inclinant devant la statue ne pouvaient pas ne pas le voir.

Ce drame débuta le 15 mars 2003. Dans « Centrafrique, mon combat politique: vers une nouvelle république » (1), voici ce qu'écrivait le Dr Bevarrah Lala : « En réalité ce qui c'était passé le 15 mars 2003, c'est que les soldats Tchadiens qui avaient fait le coup d’État à Bangui, étaient partis du Tchad en véhicules pour progresser jusqu'à Bangui, démantelant au fur et à mesure, les postes de contrôle des hommes de BEMBA en leur tirant dessus. Certains qui de loin entendaient les tirs nourris des armes sophistiquées, savaient qu'il fallait partir. Dans leur fuite à Bangui pour regagner l'autre côté de la rive-ZONGHO (R.D.C.), ils avaient créé un mouvement de panique dans la ville de Bangui. Alors, c'était en ce moment-là que les Billeteurs-payeur de l'éducation qui avaient les salaires des enseignants dans leurs bureaux au Building fermé pour le week-end, étaient allés prendre l'argent (salaires des enseignants), pour se les partager entre eux et mettre du feu aux documents comptables afin d'effacer les traces. Le feu a brûlé jusqu'au bâtiment. Les pilleurs avaient profité pour tout emporté. »

Oui, le véritable drame du 13 août 2014 se nomme BUILDING ADMINISTRATIF DE BANGUI. Telle une peinture d'horreur, sa cour boueuse, remplie de flaques d'eau, ses fenêtres sans fenêtre, son mur décrépi ayant viré du blanc cassé au noir venaient compléter le sinistre tableau du monument Boganda.

Le building administratif est un ensemble de bureaux réceptionné sous le Président David Dacko au début des années 60. D’une longueur de 75 mètres et large de 13 mètres, il est construit sur 3 étages soit près de 3600 mètres carrés d'espace de travail sur un domaine d'un hectare et demi, monument Boganda inclus. Situé à quelques hectomètres du centre-ville (Mairie Centrale, Présidence de la République) et à moins de 3 kilomètres du siège de la primature, de l'Assemblée Nationale, du marché Mamadou Mbaïki (KM5) et à 7 kilomètres de l'aéroport Bangui Mpoko. Au paroxysme de son utilisation, il abrita quatre ministères et en 53 ans, vit passer au moins 15.000 agents de l'état et une trentaine de ministre. C'est dire l'importance historique, stratégique et administrative des lieux.

Pillé et incendié à l'entrée des hommes de François Bozizé le 15 mars 2003, il fut partiellement laissé en jachère durant le règne des ouvriers. Le pouvoir de la terreur Seleka n'ayant pas servi à la reconstruction, on était en droit d'attendre de l'actuel exécutif, la remise à niveau de cet important centre administratif du pays. En effet, on ne le dira jamais assez, Catherine Samba Panza est devenue cheffe de l'état à un moment où les besoins et attentes légitimes des Centrafricains ont augmenté en volume et en nombre. D'elle, on exigera plus que tous ses prédécesseurs réunis. Le dire et le répéter, ce n'est pas faire de l'anti-sambaïsme primaire. Le dire et le répéter, c'est exprimer l'unique souhait du peuple : sortir rapidement de ce chaos et revenir à la vie.

En dehors de toutes les gerbes de fleur ou décorations qu'elle décernera durant son régime, Catherine Samba Panza sera jugée essentiellement sur trois points :
1. Assurer la sûreté des personnes et des biens publics et privés ;
2. Relancer l'administration, la justice et la démocratie ;
3. Asseoir les bases de la prospérité nationale.
À la lumière de ces urgences, le bon sens aurait recommandé à la Cheffe de l'état de transition et à son gouvernement de mettre parmi les urgences, la réhabilitation du building administratif de Bangui car la relance de l'administration étant la clef de voûte pour la réussite de sa mission. L'état dans lequel se trouve le bâtiment nous permet d'imaginer celui des autres centres administratifs à l'intérieur du pays où les Seleka durant leur épopée sanglante avaient tout rayé de la carte. L'argent qui avait servi à la confection des pagnes et à la bamboula de la fête des mères 2014 ainsi que celui du onewoman show du 09 août 2014 aurait pu financer en partie cette réhabilitation et doter le building d'une clôture, d'un parking et d'un accès aux NTIC.

VENI, VICI et RIEN COMPRIS on serait tenté de le dire à propos de ceux qui sont censés reconstruire et qui ne font que parader, oubliant la différence entre l'urgence, l'essentiel, le souhaitable et le réalisable. Le monument Boganda et le Building administratif en sont la parfaite illustration.

 

 
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  • 1 : Centrafrique, mon combat politique: vers une nouvelle république », Editions L'Harmattan, Avril 2010, page 100.
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