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Centrafrique: forces et faiblesses de l’accord de Brazzaville

Par Thierry Brésilion/AA - 25/07/2014

L’Accord prévoit notamment la levée de tous les barrages qui entravent la circulation la suppression des administrations parallèles et le cantonnement des groupes armés

 

L’accord de cessez-le-feu conclu, mercredi, 23 juillet à Brazzaville entre les différents acteurs de la crise centrafricaine, est un succès politique, mais il présente de nombreux points de fragilité. La réunion de tous les protagonistes de la crise centrafricaine s’est conclue mercredi sur la signature d’un accord de cessation des hostilités entre les groupes armés. Les anti-balakas, les sept composantes de l’ex-Seleka, ainsi que trois groupes armés autonomes, se sont engagés à arrêter toute forme de violence dans un délai de 72 heures.

 


© aa.com.tr
L’engagement inclut la levée de tous les barrages qui entravent la circulation et la suppression des administrations parallèles. Cette disposition vise notamment l’administration militaire créée lors du congrès de la Seleka dont l’état-major est installé depuis début mai à Bambari. L’accord prévoit le cantonnement de tous les groupes armés non conventionnels dans un délai de quarante-cinq jours. Ce regroupement sera le prélude à la mise en œuvre d’un programme de désarmement et de démobilisation. De leur côté, les éléments des groupes armés non conventionnels issus des différents corps officiels seront réintégrés dans leur affectation d’origine.

Le rassemblement de Brazzaville incluait, au-delà des groupes armés, l’ensemble des partis politiques et des organisations de la société civile centrafricaine. Leurs discussions ont également abouti sur un programme de relance du dialogue politique et du processus de réconciliation dont l’aboutissement sera la mise en place d’une commission vérité réconciliation.

Cette réunion est d’abord un succès pour les Etats de la région qui, à travers notamment la CEEAC (Communauté économique des Etats d’Afrique centrale) parrainent le processus de Brazzaville. Ils entendaient démontrer leur capacité faire aboutir un processus de pacification dans un conflit qui menace leur sécurité au premier chef.

L’accord de cessez-le-feu arraché de haute lutte, et débouchant sur un désarmement des groupes armés, leur permet de fournir au déploiement toujours prévu en septembre de l’opération de maintien de la paix des Nations unies, la Minusca, les conditions de sécurité dont celle-ci aura besoin pour se déployer. Le désarmement était en théorie la mission essentielle des forces internationales déployées depuis le début de l’année, sous mandat de l’ONU et de la résolution 2127 du Conseil de sécurité.

C’est également un succès politique pour les autorités de transition centrafricaines dont les efforts pour amener des représentants crédibles de la Selekas et les anti-balakas autour d’une table de négociation ont fini par aboutir. Même si, à la dernière minute les déclarations du porte-parole de l’état-major de l’ex-Seleka (représentant les éléments les plus radicaux), avaient semé le doute sur la participation de la coalition à la rencontre de Brazzaville.

Toutefois cet accord présente au moins cinq points de fragilité. Le premier est la capacité des cadres des groupes armés à contrôler leurs éléments. Les anti-balakas conservent de leur origine populaire et spontanée un caractère incontrôlable.

La Seleka, de son côté, même rebaptisée, Front populaire de renaissance de la Centrafrique, reste une nébuleuse disparate dont les membres ont des intérêts parfois divergents. Sa composante peule, en particulier, est animée par des motivations spécifiques, autonomes des objectifs politiques des dirigeants nationaux. La question peule constitue un ressort particulier de la crise centrafricaine, avec des ramifications régionales.

La deuxième fragilité de cet accord est qu’il repose sur l’assentiment de cadres de groupes armés dont certains sont impliqués dans des crimes de guerre et sont susceptibles d’être poursuivis par la Justice nationale et internationale. Ils se retrouvent ainsi en position de négocier des postes de responsabilité politique, ou leur immunité, en échange de leur participation à la mise en œuvre de ces accords. L’objectif affiché de lutter contre l’impunité résistera-t-il à de telles tractations ?

Troisième fragilité, le rejet de la partition du pays constitue un engagement formel. Mais la dynamique qui créé la séparation de fait entre le sud-ouest du pays, où se situe la capitale Bangui, et le nord-est, contrôlé par la Seleka, est alimentée d’abord par la haine à l’encontre des populations musulmanes, contraintes à leur corps défendant, de trouver refuge là où elles se sentent en sécurité. Elle est également le résultat de la difficulté de l’Etat d’exercer une autorité effective sur des provinces éloignées de Bangui où ses agents ne s’identifient pas aux préoccupations de la population locale. Elle doit beaucoup, enfin, aux convoitises que suscitent les ressources du sous-sol de la région.

Quatrième fragilité, le contrôle et la répartition des bénéfices de l’exploitation du diamant, de l’or, du pétrole et de l’uranium du sous-sol centrafricain sont au cœur des motivations des acteurs de la crise et des tractations politiques en vue du partage du pouvoir. Or, ce point reste le tabou des négociations. En l’absence d’une capacité de l’Etat à reprendre un contrôle transparent sur l’exploitation et le négoce des matières précieuses, des pans entiers du territoire risquent de demeurer des zones de non-droit et les calculs des acteurs politiques seront biaisés par leurs intérêts dans les trafics.

Le dernier point fragile du processus lancé de pacification et de restauration de l’Etat est la création de forces armées qui transcendent les clivages tribaux et politiques et assurent une défense neutre des intérêts centrafricains.

 

 
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