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Les «échos» de Centrafrique et ces technocrates

Par Yves Schamird - 07/07/2014

« … ; comment expliquer au CNT d’accélérer ses travaux préparatoires et exploratoires ; comment inculquer la culture du résultat au gouvernement des «technocrates» ; … »

 

les échos confus de la Centrafrique
Comme de longs échos qui, de loin, se confondent dans la vallée ténébreuse de la maison hantée, la Centrafrique renvoie depuis la date charnière du 24 mars 2013, un écho confus et inhérent à ses années antérieures sombres ; sombres alors que le jour se lève encore à Bangui ou à Kaga bandoro, à Sibut, à Ndélé, à Obo… mais cette obscure clarté est sans fin. De loin comme de près, une république désormais à la saveur bananière ; et pour autant, des bananes, il y’en a encore suffisamment à manger le long des bananeraies de M’baiki. Hélas, la Centrafrique est gagnée par la famine et les agents de l’Etat, principaux socles du pouvoir d’achat national, gagnent un salaire de famine qu’ils peinent régulièrement à toucher pour lutter contre la famine ; mais le plus surprenant écho centrafricain reste, le bord de la mangeoire, qui, de loin est déjà plein ; plein, car chaque jour qui passe à Bangui ce bord de mangeoire se remplit de nécessiteux à l’errance et à l’avidité supérieures ou égales à la souffrance et au désespoir du peuple ; le peuple, cet amas de problèmes irrésolus pour des autorités de transition irrésolues (gouvernement + CNT + présidence de la république).

 


© journaldebangui.com
Yves Schamird
La Centrafrique a périclité sous les yeux médusés du peuple (des centrafricains) ; et comme une piqûre de méduse est souvent très douloureuse à la promenade crépusculaire au bord de l’Oubangui, le pays tarde à se redresser ; l’Oubangui, même en état d’assèchement avancé coule encore ; malheureusement la Centrafrique a coulé par les turpitudes de tous ses mauvais capitaines ; un naufrage tel le ferry sud-coréen, dont la stupidité du capitaine aurait pu/dû épargner des vies humaines notamment celles des élèves et étudiants qui périrent bêtement dans la catastrophe du 16 avril courant, alors qu’ils ne demandaient qu’à vivre simplement ; aujourd’hui « vivre simplement » à Bangui relève de l’espoir, du miracle en se confiant « éternellement » à l’Eternel pour échapper aux jets des grenades. La voie impérieuse de la reconstruction nationale, les enjeux de la relance économique, le redéploiement et la redynamisation de l’administration publique, la sécurisation du territoire national, le dorénavant « vivre ensemble » entre les deux communautés (chrétienne et musulmane) en chiens de faïence ; voilà de vains mots qui ont couvert de honte (aucun résultat probant) les 100 jours du gouvernement des technocrates ; un technocrate comme un spécialiste qui est censé exercer le pouvoir politique et administratif et qui donne la priorité aux aspects techniques des problèmes en négligeant les réalités humaines ; les réalités humaines, comme tous ces nombreux réfugiés, ces milliers de déplacés qui occupent les très célèbres établissements hôteliers de fortune que le tout-Bangui appelle « Ledger Plaza » du nom du plus luxueux hôtel de la capitale « Bangui la coquette » ; des réfugiés en échec thérapeutique (source MSF) à l’intérieur de leur propre pays.

I. A quand la rédemption centrafricaine

La résignation, la désespérance, le fatalisme, l’impuissance affectent depuis la date charnière le moral du peuple centrafricain. Et la question convulsive qui se pose sans équivoque et qui a infecté (paralysé) la résilience du centrafricain lambda, se lit ici à la forme affirmative : la Centrafrique a touché le fond, à quand sa rédemption ; la rédemption pour se racheter devant Dieu c’est-à-dire le peuple centrafricain souverain ; mais au rachat des fautes, il y’a les réprouvés qui vivent encore dans l’impunité absolue. En règle générale, au préjudice subi, on oppose toujours la réparation ; et vu l’étendue des crimes, il peut être admis des dommages et intérêts et même engager la responsabilité civile des auteurs des infractions (crimes). Or, l’autorité judiciaire est en lambeau et son tissu organique déchiré : pas de police, pas de gendarmerie, pas de Faca donc pas d’ouverture d’information judiciaire contre les auteurs « avérés » et non « présumés » des crimes abominables depuis la date susvisée ; et l’espoir de rétablir l’autorité de l’Etat se mincit tous les jours ; l’Etat, l’ombre de lui-même, tiraillé entre la primature et le palais de la renaissance, dans une ambiance insalubre dont l’amateurisme œuvre quotidiennement à la mauvaise coordination gouvernementale des cabinets ministériels ; et puis l’Etat, ses institutions, les confessions religieuses, les syndicats, les ONG, le peuple, tous ces organes qui font la composante de la société centrafricaine sont soumis à plusieurs interrogations légitimes comme le stress du couloir de la mort des prisons américaines lorsqu’on y conduit un « plaider-coupable » pour le...

II. Les interrogations qui appellent aux interrogations

Comment conjurer tous ces maux pour redonner de l’espoir au peuple et consolider la cohésion nationale ; comment apprendre au plus grand nombre (le peuple) les rudiments du langage politique pour se prémunir de la démagogie qui gouverne et qui offre bien souvent au peuple, de faux-espoirs ; car le peuple n’est pas toujours bien équipé pour disséquer la syntaxe et la sémantique des acteurs politiques ; comment amener les autorités actuelles à changer de cap pour sortir le pays de l’ornière ; comment rendre plus efficaces sinon plus efficientes les actions du gouvernement et rendre dans le même temps, l’Etat un peu plus visible dans les contrées du territoire national ; comment l’Etat peut/doit restaurer l’état civil ; comment expliquer à la communauté internationale qu’elle doit arrêter son hypocrisie et procéder au versement des fonds nécessaires mobilisés ; comment expliquer à Mr Ban Ki Moon et le conseil de sécurité des Nations Unies que les résolutions 2121 et toutes les autres de l’ONU sont très loin des spécificités (réalités) centrafricaines ; comment expliquer aux commandements de Sangaris et de la Misca, l’urgence, la nécessité ou encore l’utilité de réarmer les forces armées centrafricaines ; comment expliquer à l’opinion nationale centrafricaine que le déploiement des casque-bleus signifierait la mise sous tutelle et sous curatelle du pays comme le Kosovo en 1999 ; comment expliquer aux formations politiques centrafricaines, la nécessité du renouvellement du personnel politique ; comment expliquer à ces mêmes formations politiques que l’échéance électorale qui arrive, certes la plus ouverte, ne doit pas voir concourir des candidats farfelus ; comment expliquer au CNT d’accélérer ses travaux préparatoires et exploratoires ; comment inculquer la culture du résultat au gouvernement des « technocrates » ;

Comment expliquer à l’exécutif, à la société civile centrafricaine, aux responsables confessionnels, aux koli/wali gara, aux médias centrafricains, la nécessité de s’impliquer et par un seul et même discours visant l’unité nationale ; comment structurer la communication du gouvernement pour avoir une clarté autour de ses maigres efforts consentis ; comment expliquer à la présidente CSP de délaisser la posture « bling-bling » et de retrancher les manches pour mettre la main au cambouis ; comment dire (expliquer) à la présidente CSP que les technocrates sont plus efficients dans un pays post-conflit et non le contraire pour agencer et finaliser un programme d’ajustement structurel ; comment expliquer à la ministre de la réconciliation nationale que son projet de la commission VERITE ET RECONCILIATION doit au préalable assouvir la soif de justice donc instituer une commission JUSTICE ET REPARATION ; enfin comment expliquer au peuple centrafricain en général, que la crise centrafricaine ne trouvera son issue que par les centrafricains ; que le peuple centrafricain doit entendre et accepter le slogan publicitaire de l’hexagone bien connu de tous ici : « qui mieux que Renault peut réparer votre Renault » ;

Conclusion : la maxime persane qui parle
Et les mots Persans ci-dessous ne sont pas assez fins pour se loger une poussière dans l’œil par leur silence implicite (recommandé) ; en d’autres mots, ne pas aborder les sujets qui fâchent peut se révéler une faute lourde d’un point de vue intellectuel ; le principe de réalité et non le pessimisme doit prévaloir en recherchant toujours une vertu pédagogique pour sortir de l’angélisme : « il ne faut pas parler de la corde dans la maison d’un pendu ».

 

 
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