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Opération Sangaris: quel bilan six mois passés?

Par Tabemara Urbain - 25/06/2014

Au nom de l’assistance en personne en danger, l’urgence d’aider le peuple centrafricain meurtri se fait sentir dans le monde

 

Après le passage du vent de la démocratie soufflé en Afrique dans les années 90, la Centrafrique a eu ses premières élections démocratiques qui se sont soldés à l’arrivée de Ange Félix PATASSE à la magistrature suprême. Quelques années après en 96 cette paisible et tolérante nation commence à vivre ses cauchemars avec les crises militaro- politiques répétitives. Elle a commencé à se voir assister militairement par la communauté internationale comme la venue des MISAB (Mission de Suivi des Accords de Bangui) et de la MINURCA (Mission des Nations Unies en CentrAfrique). Elle s’est vue passer sur son territoire des troupes africaines comme celle de la Lybie, du Tchad, Sénégal … avec l’appréciation plus ou moins acceptable de la population civile. Puis en 2001 la situation s’est aggravée par la chasse aux sorcières suite au coup d’état raté du Général André Kolingba.

 


© journaldebangui.com
Tabemara Urbain Brice
Ces interventions de maintien de la paix en Centrafrique ont accouché des apaisements précaires, l’entente simulée des parties belligérantes et des accords signés qui n’ont jamais été respectés. Toutes ces crises ont eu comme conséquence immédiate l’ethnisation et la politisation des Forces Armées CentrAfricaines (FACA) qui les a rendues inactives militairement sur toute l’étendue du territoire. Cela a fait que tous les problèmes militaires centrafricains sont traités par les troupes étrangères. Et depuis 96 le centrafricain est habitué avec les armes, l’envie d’être enrôlé dans l’armée s’est agrandie exponentiellement dans le milieu juvénile centrafricain. Ce centrafricain n’est plus tolérant, passif et prêt à découdre avec la violence (les armes, les couteaux, les machettes …) pour se faire entendre. Et toujours dans ses brouhahas non maitrisés, on a assisté à l’arrivée au pouvoir du Général François BOZIZE appuyé financièrement et militairement par l’homme fort de N’djamena Idriss Deby Itno.

Quelques temps passés des bosses se font voir sur la relation centrafricano-tchadienne, le pouvoir de Bangui accuse le pouvoir de N’djamena de déstabilisateur. En 2012 ce pouvoir de Bangui dirigé par François BOZIZE est menacé par une coalition des rébellions centrafricaines du nom de la SELEKA qui se trouve aux portes de la capitale Bangui à une vitesse faramineuse. Comme d’habitude et face à la puissance de frappes de cette rébellion, le président François Bozizé fait appelle à la France puis aux Etats-Unis au nom de la protection d’un régime démocratiquement élu. Ces appels à l’aide sont restés sans suite. Des accords du partage de pouvoir ont été signés à Libreville au Gabon. A la surprise générale, en mars 2013, Michel Djotodia représentant légitime de cette coalition SELEKA s’accapare du pouvoir par les armes au vu et au su de toute la communauté internationale. François Bozizé est évincé du pouvoir d’une manière très honteuse en qualité d’un général président, ministre de la défense et d’un homme qui a passé presque toute sa vie dans l’armée.

Le réveil tardif de la communauté internationale (France, Etats-Unis)
Michel Djotodia entouré de musulmans venus du Nord se trouve à la tête malgré lui d’une bande de tueurs musulmans à la présidence. Il n’arrive plus à se faire entendre ni respecter, la Centrafrique semble dans le chaos, le désarroi et l’anarchie. Le pouvoir est dans la rue et tout le monde fait sa loi selon ses règles de droit. La population civile abandonnée à elle-même essaye de se protéger en créant tant bien que mal des milices d'autodéfense appelées anti-balakas et qualifiées de milices chrétiennes par les medias occidentaux. Les représailles sont meurtrières et le gouvernement français, l'ONU parlent de risque de génocide. La communauté internationale muette tente en vain de coller la brèche béante provoquée par DJOTODIA et sa bande. Au nom de l’assistance en personne en danger, l’urgence d’aider le peuple centrafricain meurtri se fait sentir dans le monde.

Au conseil de sécurité des Nations Unies une résolution dite résolution 2127 présentée par la France est votée à l’unanimité le 5 décembre 2013. Elle autorise le déploiement des troupes africaines réunies sous la bannière de la MISCA (Mission Internationale de Soutien à la CentrAfrique) pour une durée de 12 mois. Cette mission a pour but de mettre fin à la faillite totale de l'ordre public, l'absence de l'état de droit et les tensions interconfessionnelles. Et elle est appuyée par des forces françaises autorisées à prendre toutes les mesures nécessaires pour faire régner l’ordre. Dans une démarche bancale et dénoncée par la population civile cette mission a conduit à la dissolution de la coalition SELEKA et à la démission en janvier 2014 de DJOTODIA.

L’intervention militaire française (Sangaris)
Les combats répétitifs entre des milices d'autodéfense anti-balakas et les ex-Seleka se multiplient à partir d'octobre 2013 et l’État n'est plus capable de faire régner l'ordre. Ces combats font de dégâts entre les deux camps et poussent toute une population dans la rue pour chercher protection. La France décide alors d’aider cette population civile en déployant ses troupes à Bangui et a choisi comme nom de l'opération Cymothoe sangaris qui fait référence à un papillon africain car l'intervention devrait être rapide et courte selon les propos du président français François Hollande. Sangaris commence officiellement dans la nuit du 5 au 6 décembre avec l'arrivée à Bangui du général Francisco Soriano en tête de l’opération. Du 5 au 8 décembre 2013, alors que l'armée française commence son déploiement, Bangui, la capitale de la République centrafricaine est le théâtre de violents combats entre les Seleka, majoritairement musulmans, et les Anti-balaka, majoritairement chrétiens. Selon Amnesty International, en deux jours, environ 1 000 chrétiens et 60 musulmans sont tués par les combats.

L’erreur de l’opération Sangaris
En janvier 2014, plus de 2000 réfugiés centrafricains craignant pour leur sécurité se sont déplacés en masse vers l'aéroport M'Poko de Bangui. Parmi ces réfugiés se trouvaient certains membres des milices armées qui cherchaient protection. Cela rappelle les faits de 94 au Rwanda avec la protection des membres des interamwés pour traverser la frontière vers le Congo par l’opération européenne turquoise dirigée par la France. Ce comportement a donné une impression de la partialité française de l’autre partie du camp adverse( les Seleka) . Au moment où les forces françaises de Sangaris sécurisaient l’accès à l’aéroport de M’Poko sur lequel se sont réfugiés près de 2 000 Centrafricains pour fuir les combats, elles ont été prises à partie à trois reprises par un pick-up armé. Selon le ministère de la défense française, au troisième tir, les militaires français ont riposté détruisant le véhicule. Cette prise à partie n’a fait aucun blessé du côté des militaires français, ni des civils venus chercher leur protection. Le désarmement pour donner une chance à la population d’aspirer à la paix est primordial.

La France sous-estime la situation pensant juste qu’ un simple désarmement des Ex-Seleka dans les rues de Bangui pouvait apaiser la situation. Elle a augmenté l’effectif de ses soldats à seulement 1200 militaires puis à 1600 selon le besoin qui consiste aussi à protéger les intérêts français. Elle s’est dotée de tous les moyens y compris le moyen aérien. Le désarmement tant attendu se fait que d’un seul coté. Cette partialité a fait déborder le vase, dans la nuit du 9 au 10 décembre, un accrochage proche de l'aéroport international de Bangui entre les forces françaises et des hommes armés entraîne la mort de deux soldats français du 8e RPIMa. Selon un communiqué du ministre de la Défense français: « une section de la force Sangaris a été prise à partie, peu avant minuit, à très courte distance par des individus munis d’armes légères d’infanterie, au cours d’une patrouille menée à Bangui. Les militaires français ont immédiatement riposté. Durant l’échange de tirs, les premières classes Nicolas Vokaer et Antoine Le Quinio ont été grièvement blessés. Ils ont immédiatement été pris en charge par leurs camarades avant d’être évacués vers l’antenne chirurgicale avancée sur l’aéroport de M’Poko, où ils sont décédés des suites de leurs blessures ».

Le 10 décembre, le général Mahamat Saleh, ancien Chef d’état-major des forces Seleka, est tué au quartier Miskine par des soldats français lorsque son véhicule tente de franchir un barrage. Deux de ses hommes sont tués, deux autres sont blessés. Le matin du 22 décembre, trois hommes de la Seleka sont tués par des soldats français lors d'une opération de désarmement. Français et Seleka s'accusent mutuellement d'être responsables de la fusillade. Selon l'état-major français, les militaires ont ouvert « le feu deux fois au cours de la journée », la première fois déclare-t-il, « contre un groupe d'une demi-douzaine de personnes soupçonnées d'être des ex-Séléka, qui allaient faire usage de leurs armes qui étaient pointées contre nos troupes ». Le deuxième incident se produit contre un tireur isolé. D'après un officier de la Seleka, Abacar Sabone, les trois hommes ont été tués « alors qu'ils étaient armés, certes, mais ils n'avaient montré aucune hostilité envers les Français et n'ont pas fait usage de leurs armes ». Quelques heures plus tard plusieurs milliers de musulmans manifestent pour dénoncer l'intervention française accusée de soutenir les chrétiens et les Anti-balaka. Le lendemain, au matin du 23 décembre, ce sont cette fois-ci des chrétiens qui manifestent pour soutenir l'intervention française et réclamer le départ de Djotodia, des Seleka et des soldats Tchadiens de la MISCA. Après avoir essuyés des jets de pierre, des soldats tchadiens ouvrent le feu. Un manifestant est tué, un autre est blessé. L'incident prend fin avec l'intervention des forces françaises qui évacuent les victimes.

Une vidéo comme celle-ci circulant sur youtube montrant l’étroite relation entre les anti-balakas et les troupes françaises de Sangaris. Malgré les opérations de désarmement prévues pour désarmer à la fois les anti-balaka et les Seleka, plusieurs massacres et assassinats continuent d'être perpétrés par les anti-balakas sur les civils musulmans et les Seleka désarmés par l'armée française.

 

 
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