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Cameroun: Pas de vote à Douala pour les centrafricains

Par Hugo Tatchuam, Intégration - 20/01/2011

La décision de Bangui est très mal accueillie par les ressortissants centrafricains de la capitale économique du Cameroun

 

Jeudi 13 Janvier 2011. Silence de cimetière à la rue Joffre au quartier Akwa. Le coin accueille les grands magasins de la ville appartenant aux ressortissants centrafricains. Isaac Ngaoutou est centrafricain. Il est responsable d’une entreprise maritime. A bord d’un camion, il décharge un conteneur (en provenance de Belgique) débarqué du port de Douala. Il hésite à aborder le sujet de la présidentielle dans son pays natal. Je n’arrive toujours pas à comprendre comment mes propres compatriotes peuvent saccager leur consulat et mettre le feu au drapeau. C’était prévisible qu’on ne vote pas dans la capitale économique. Mais je fais des reproches à nos dirigeants. Ceci est une preuve d’incompétence. C’est un devoir civique de voter, de choisir les dirigeants de mon pays. Si après ce qui s’est passé les uns et les autres sont restés les bras croisés, je pense que c’est parce qu’ils avaient constaté qu’ils n’avaient pas d’intérêt. Nous qui sommes ici, nous sommes plus libres de parler de ce qui ne va pas chez nous par rapport à ceux qui sont sur place. Je pense avec beaucoup de certitude que beaucoup n’allaient pas voter pour Bozizé. Tout en continuant à diriger les opérations de déchargement du conteneur, il précise que son pays est un régime militaire.

 


© lesafriques.com
Une vue de la ville de Douala
Au siège de la société de sécurité «panthère Security» au quartier Bonapriso, la plupart des agents sont des centrafricains. Ils assurent la sécurité à longueur de journée et de nuit devant les entreprises et les domiciles. Is ne se ménagent pas en parlant de politique. Jacques Kassem est âgé de 22 ans. Il s’était déjà fait enregistrer et n’attendait que le jour de l’élection. Cette année aurait pu être la première fois de voter. En 2005, je n’avais pas encore l’âge. On m’a dit que les élections seront annulées à Douala. Je suis très triste. Nous, citoyens, avons fait notre travail en allant s’inscrire. Il revenait à notre gouvernement d’arranger tous les problèmes. Ceci est un acte de négligence. Il ne faut pas que ce qui est arrivé en Côte d’Ivoire nous arrive souhaite- t- il. Deux de ses compatriotes se montrent prudents. Ils acceptent parler sous le couvert de l’anonymat. Ici, à Douala, lorsqu’on pose des problèmes qui nous concernent, ils ne lèvent pas le petit doigt. Tous ici, nous faisons de petits travaux comme garçon de course, chauffeur, maçon et vendeur ambulant. Beaucoup ont des revenus de 30 000 francs cfa par mois. Nous avons interpellé nos dirigeants pour des problèmes de carte d’identité et carte de séjour que nous trouvons chers payés au Cameroun; mais personnes n’a rien dit. Maintenant, on annule les élections sans rien dire à personne. On se fiche de nous entend on. Ce même sentiment de rejet et d’abandon est observé chez d’autres centrafricains. Les larmes aux yeux, ils citent parfois les noms de leurs frères qui ont préféré quitté le Cameroun pour rentrer chez eux, afin éviter les problèmes avec la police.

 


© Journalducameroun.com
Marie Louis Dénis Magnonde, consul général de la RCA à Douala
Marie Louis Dénis Magnonde, consul général de la RCA à Douala, s’explique

C’est officiel, les centrafricains de Douala ne vont pas voter?
Oui, il n’y aura pas d’élection à Douala le 23 janvier 2011. Toutes les listes électorales ont été détruites. Nous n’avons aucune base pour organiser les élections.

Vous dites que cette situation était prévisible?
Bien sûr. En 2008, lorsque j’avais parcouru les villes de Douala et Yaoundé, j’avais rédigé un rapport transmis à mon président de la République. Dans ce rapport-là, j’attirais l’attention des autorités sur le fait que dans ces deux villes, 80% des ressortissants centrafricains étaient de la région de l’Ouham Pende. Une région hostile au chef de l’Etat. Chacun d’eux a une double nationalité, c'est-à-dire camerounaise et centrafricaine. Certains ont vécu pendant de nombreuses années au Cameroun. Ils ont même des enfants qui sont intégrés au sein des forces de défense, c'est-à-dire de la police et de la gendarmerie. J’avais dit que c’était une grande menace. Ces centrafricains sont reconnus au Cameroun comme étant des refugiés. C’est- à- dire qu’ils sont couverts par le Haut commissariat pour les refugiés. Ils ont perdu leur droit civique. Ma remarque n’a malheureusement pas été prise en compte et le 10 octobre 2010, ils ont voulu s’inscrire sur les listes électorales avec des faux actes de naissance. Heureusement, nous avons démantelé le réseau qui se trouvait à Yaoundé et stoppé cela. Mécontents, ils se sont rendus ici au consulat et ont tout cassé pour boycotter le processus électoral.

Vous vous définissez comme un officier traitant. Vous avez fait des analyses sur le processus électoral dans votre pays; quelles en sont les conclusions?
C’est un document que j’ai publié le 05 juillet 2008. Pour la présidentielle centrafricaine, j’annonce deux propositions pour gagner les élections. La première est déjà effective. Il était question de réunir les cadres acquis pour la cause du Général président, dans le but de mettre en place des stratégies d’action. La deuxième proposition consiste à faire une réflexion approfondie et mûrie pour aider le parti au pouvoir. Comme vous le savez, pour se faire connaitre, un parti a besoin d’un programme consistant et des hommes. L’élection du 23 janvier ne doit pas être l’affaire du président tout seul comme c’était le cas en 2005. Il fallait trouver les sources de financement des campagnes. Oui, l’argent en politique est indispensable. Ne pas en disposer constitue un fardeau, une voie vers l’échec. L’argent est un moyen et non une fin dans le cadre de la politique idéale. Il faut également comprendre que la campagne électorale sert à vendre son projet de société. Plus on innove, plus il s’établit un rapport de confiance avec le peuple. Il faut par exemple réhabiliter en site historique certains monuments et tombes des grandes figures de notre pays.
 
MOTS CLES :  Douala   Centrafrique   élections   Refus 

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