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Centrafrique: "La menace est là, en face"

Par Paris Match - 28/05/2014

Le face à face va durer 24 heures. D’un côté, les forces françaises de Sangaris, de l’autre, une foule en colère.

 

Au milieu, la ligne de démarcation : un pont étroit, long d’à peine quelques dizaines de mètres, au bout d’une piste de terre rouge rendue boueuse par la pluie. Ce pont, à l’entrée ouest de la ville de Bambari, enjambe la rivière Ouaka. Les soldats français ont arrêté leurs véhicules à 300 mètres de la rive. Avec trois blindés - deux vab’ et un saget, équipé d’un canon - ils contiennent une foule hostile, qui les provoque à coups de pierres. En position de tir, les Français, pour la plupart membres des chasseurs alpins, mettent en joue ces jeunes armés d’arc, de flèches et de machettes. Pour empêcher les militaires d’avancer, ils ont édifié une barricade, empilé des morceaux de bois, de ferraille, et de blocs de béton.

Des pick-up chargés d’hommes armés y déposent des pneus, immédiatement brûlés. Ces jeunes manifestants, tous musulmans, ont entendu parler des exactions commises par les milices chrétiennes anti-balakas dans la ville voisine de Guimari, où nombre des leurs ont été tués. A Bambari, ils sont protégés par les ex-sélékas, rebaptisés « forces républicaines ». Ces anciens rebelles, à majorité musulmane, soutenus par les puissants voisins tchadien et soudanais et responsables de la chute du Président Bozizé en mars 2013, ont fait de Bambari leur fief dès décembre 2012. Mercredi 22 mai, à la veille de ce face-à-face, les autorités locales de la ville se sont réunies dans l’amphithéâtre de l’Ecole normale des instituteurs pour y écouter les déclarations du général français commandant de l’opération Sangaris, Francisco Soriano, ainsi que de l’ambassadeur de France, Charles Malinas et des représentants de l’état comme de l’Onu.

« On ne peut pas avoir d’armée parallèle, on ne peut pas avoir de structure militaire parallèle aux structures militaires autorisées par les résolutions des Nations unies et les mesures de confiance qui vont avec », a affirmé l’ambassadeur. En clair : les ex-sélékas doivent rester cantonnés dans leurs casernes en attendant leur désarmement. Ce discours, intolérable pour les ex-rebelles, a mis le feu aux poudres. Le porte-parole de l’état-major de l’ex-séléka, Ahmat Nadjad Ibrahim, a alors déclaré : « Ce qui nous préoccupe, c’est d’abord la sécurité de la population. La menace est là, en face. Tant qu’il n’y a pas la paix, il n’y aura pas de cantonnement et de désarmement. » Les musulmans de Bambari se sentent en danger et ils ne comptent plus sur les Français pour les protéger. Sur les banderoles tendues par les manifestants de l’autre côté du pont, on peut lire : « Français voleurs, Sangaris dehors ».


 


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Jusqu’ici, le chef-lieu de la province de Ouaka était resté épargné par les massacres qui ont ravagé le reste du pays. Le 8 décembre dernier, alors que l’armée française vient de lancer l’opération Sangaris sous mandat de l’Onu, une plate-forme des religieux se met en place à Bambari. Le dialogue entre chrétiens et musulmans est préservé. Dans la ville, les enfants continuent d’aller dans les mêmes écoles, les jeunes de s’amuser dans le même club, et leurs parents de fréquenter les mêmes commerçants sans que les clivages religieux qui ont cours ailleurs ne s’imposent. A Bambari les chrétiens parlent de leurs « frères musulmans » et inversement.

Début mai, les cadres de la Séléka mettent en place un organigramme politique et un nouvel Etat-major.

Le mouvement veut prouver qu’il contrôle ses troupes, dont certains membres avaient été soupçonnés de l’attaque d’un hôpital de Médecins sans frontières à Boguila, dans lequel 15 personnes, dont trois membres de l’organisation, avaient perdu la vie le 26 avril dernier. Leur choix de s’installer à Bambari, dans le centre-est du pays, est stratégique : un peu plus au nord se trouvent les mines de diamants. Certains chefs de la Séléka prônent une partition du pays. Inenvisageable pour les Français. D’autres proclament la Centrafrique une et indivisible. A Bambari, l’administration, mise en coupe réglée par la Séléka, est dirigée par le général Ali, un chef plutôt modéré et apprécié, de confession musulmane et auquel les chrétiens ne se sont pas opposés.

Vendredi 23 mai en fin d’après-midi, militaires français et jeunes manifestants continuent de se toiser. Depuis la veille, personne n’est rentré ni sorti de la ville, où ne circulent que des hommes armés de bâtons, de sabres, de couteaux ou d’armes à feu. La plupart sont très jeunes, souvent adolescents, et défoncés au cannabis et au Tramadol, un anti-douleur dérivé de la morphine aux effets secondaires dévastateurs. Pour tester le pouvoir des ex-sélékas sur la population, les « Sangaris » laissent les autorités locales prendre les choses en main. En fin d’après-midi, les croyants se rassemblent à la mosquée pour la grande prière hebdomadaire. Dans son prêche, l’imam lance un appel au calme et exhorte les jeunes manifestants à lever la barricade qui bloque toujours l’entrée de la ville. Il obtiendra gain de cause.

Dès le lendemain matin, les forces spéciales entrent à Bambari. Devant la cour d’appel, elles essuient des tirs. Vers 09h30, deux pick-up de la Séléka tentent de sortir de la ville et de franchir le pont. Les soldats français ouvrent le feu et tirent des obus éclairants. Des hélicoptères Gazelle et Puma survolent la zone et anéantissent un véhicule chargé d’ex-rebelles. Alors que les Français assurent n’avoir effectué que des tirs de sommation, les habitants les accusent d’avoir tué trois personnes. Selon l’agence Reuters, un blessé dans un état grave aurait été touché par des tirs français.

Dans l’ancien commissariat de la ville, mitoyen de la mairie, le général Darassa, l’un des responsables des ex-Sélékas, reçoit dans un petit jardin. Il est assis sur une chaise de bureau, dont les roulettes s’enfoncent dans la terre meuble. Partisan d’un pays uni, il est soutenu par les Français et maintient qu’il ne s’agit pas d’instaurer un état musulman dans les zones qu’ils contrôlent. Les anti-balakas sont à cinq kilomètres à peine de Bambari. Le général répète qu’il leur est impossible de rendre les armes sans courir le risque de se faire massacrer. Instrumentalisés par des chefs sanguinaires et sans scrupules, les anti-balakas ne peuvent aujourd’hui se résumer à des milices chrétiennes : le terme désigne un fourre-tout de pauvres hères motivés par l’appât du gain, avides de pillages, instrumentalisés par des chefs qui attisent les haines confessionnelles dans le but d’asseoir leur pouvoir.

A la radio locale, le préfet de Bambari demande le retour au calme. « Mais s’il faut mourir, nous mourrons ensemble », dit-il. Bien qu’ici les deux communautés ne se soient jamais affrontées, chacun se méfie, a peur de l’autre. Devant ces hordes de musulmans armés, des milliers de chrétiens fuient leurs domiciles pour se réfugier dans l’évêché. Ils sont 2500 à se serrer dans ce bâtiment où certains dorment depuis trois jours déjà, à même le sol. Dans la grande cour, sur de petits réchauds, les femmes cuisinent pendant que les enfants jouent. Aucune organisation humanitaire n’est présente. Pour apaiser la tension, le chef de corps de l’opération Sangaris, le colonel Despouys, multiplie les réunions avec les responsables de la Séléka. Ce dimanche après-midi, dans l’évêché transformé en cour des miracles, les milliers de chrétiens réfugiés voient débarquer les généraux Darassa et Zoundeïko, le nouveau chef d’état-major. Devant l’archevêque et le préfet de la ville, musulman, les responsables des ex-Sélékas ont affirmé: « n’ayez pas peur, il ne vous arrivera rien ».
 
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1 COMMENTAIRES

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Des contrats forestiers en braderie !

Par YoKoungba

28/05/2014 21:13

Chers Compatriotes,
Lisez ceci et vous comprendrez d'ou viennent nos malheurs et pourquoi on fait du sur place depuis que Mme Mballa a ete intronisee et s'amuse avec les Centrafricains. Pendant que les salaires ne sont pas payes, elle se paie sur les forets, avec sa bande.
Ceci est ecrit dans La Lettre du Continent de ce 28 Mai:
"L'ECONOMIE COULE, LA BIERE CASTEL AUSSI!
...L'ECONIME FORESTIERE N'EST PAS EN RESTE. COURANT AVRIL, LA PRESIDENTE PAR INTERIM CATHERINE SAMBA PANZA A SIGNE PLUSIEURS DECRETS ACCORDANT DES PERMIS D'EXPLOITATION A TIMBERLAND INDUSTRIES, A LA SOCIETE ALPI CENTRAFRIQUE, FILIALE DU GROUPE ROUGIER, AINSI QU'A LA SOCIETE DE TRANSFORMATION DU BOIS DE CENTRAFRIQUE (STBC)." On dit des permis! Combien au total? Personne n'en sait rien! Epoustouflant !
Dans le meme numero, elle a menace de demissionner parce qu'elle-meme et le President interimaire bis ne s'entendent pas sur la liste du nouveau gouvernement. En realite, ils ne s'entendent plus sur le partage du butin!
Voila! Ceci explique les arrogances et les bonnes mines des uns et des autres. Le chaos et le desordre dans ce pays profitent largement au groupe regnant.
Pendant que les affaires font le bonheur de ceux qui donnent le sentiment de se preoccuper du sort du peuple centrafricain, les tensions et les tueries se poursuivent. Ils en sont si indifferents et eloignes!
Le Parlement de la honte doit se saisir de cette affaire scandaleuse et demander le depart et la traduction devant la justice de cette dame et sa bande car rien n'indique que ces decrets soient fondes sur des bases legales, que les reglements aient ete enregistres entierement dans les comptes publics, que ces societes existent reellement, que les negociations aient ete autorisees, etc... Certainement que d'autres revelations suivront dans d'autres secteurs car ca vole bien haut, ces crimes economiques.

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