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Afrique centrale: les défis sécuritaires du pastoralisme

Par Source: ICG - 08/04/2014

La synthèse du Rapport Afrique de l’ONG International Crisis Group

 

La pénétration du pastoralisme qui s’accentue depuis plusieurs années en Afrique centrale génère des conflits à la fois fréquents et ignorés dans un monde rural où l’empreinte de l’Etat est particulièrement faible. Ces conflits s’intensifient sous l’effet conjugué de plusieurs facteurs : l’insécurité croissante, le changement climatique qui pousse les pasteurs toujours plus au sud, l’éclatement des couloirs traditionnels de transhumance, notamment transfrontaliers, l’extension des cultures et l’augmenta¬tion des cheptels qui entrainent une compétition accrue sur les ressources naturelles. Même si les défis sécuritaires du pastoralisme ne sont pas de même intensité dans les trois pays étudiés dans ce rapport (Tchad, République centrafricaine et République démocratique du Congo), ils ont deux dénominateurs communs : l’impéra¬tif d’une prise en compte de ce problème par les pouvoirs publics et la nécessité d’une régulation de la transhumance qui inclue les différents acteurs concernés.

 

Bien que, dans les pays sahéliens comme le Tchad, le pastoralisme soit une source de richesse considérable et permette de créer des interdépendances économiques fortes entre agriculteurs et éleveurs, de nombreux conflits émergent dans le sillage des troupeaux. Ces conflits relèvent habituellement de la compétition pour l’eau et les pâturages. Mais ils prennent une tournure plus complexe dans la région concernée – Tchad, République centrafricaine (RCA) et Nord-Est de la République démocratique du Congo (RDC) – pour deux raisons : les écosystèmes pastoraux ne s’arrêtent pas aux frontières des Etats et la transhumance ouvre de nouveaux fronts pionniers en Afrique centrale.

Les transhumances transfrontalières, notamment celle des éleveurs tchadiens en RCA, s’accompagnent de violents affrontements entre transhumants et populations locales. Bien avant que n’éclate la crise centrafricaine à la fin de l’année 2012, ces phénomènes avaient déjà pris une ampleur alarmante : suite au pillage de leurs villages par les transhumants, plusieurs milliers de Centrafricains ont fui et trouvé refuge dans des camps de déplacés au Nord du pays. Ces violences ont été facilitées par la faiblesse de la coopération bilatérale entre le Tchad et la RCA sur la question de la transhumance, par la modification des itinéraires, par l’évolution du profil des pasteurs et des convoyeurs de bétail et leur militarisation croissante.

Plus au sud, la récente migration d’éleveurs peuls mbororo, qui sont originaires de plusieurs pays d’Afrique centrale, en Province orientale, à la périphérie de la RDC, génère une cohabitation inhabituelle et des tensions avec les populations et les autorités congolaises. Oscillant entre la répression et l’apaisement suite au moratoire sur l’expulsion de ces éleveurs décidé en 2012, les autorités congolaises n’ont pas apporté à ce jour de réponse efficace aux problèmes posés par leur installation récente en Province orientale. Leur régularisation temporaire doit être envisagée et doit s’ac¬compagner d’un vrai bénéfice économique pour la Province, notamment grâce au développement volontariste de l’élevage dans ces espaces très faiblement peuplés.

Contrairement aux pays sahéliens comme le Niger ou le Tchad, qui reçoivent le soutien de partenaires internationaux pour répondre aux défis du pastoralisme et prennent des mesures encore partielles mais réelles pour atténuer ce type de conflits, la RCA et le Nord-Est de la RDC ne régulent pas la transhumance et sont incapables de faire face aux violences. En outre, les gouvernements congolais et centrafricain sont absorbés par d’autres priorités sécuritaires. Mais si le pouvoir situé à des centaines ou des milliers de kilomètres peut se permettre de négliger les violences récurrentes liées au pastoralisme, les populations rurales qui en sont les principales victimes ne le peuvent pas. Ces problèmes s’inscrivent dans un temps long et peuvent dégénérer en conflits intercommunautaires très violents : ils constituent l’ar¬rière-plan des affrontements entre Peul et milices anti-balaka en Centrafrique en ce moment.

Si les autorités tchadiennes, de concert avec des partenaires internationaux comme l’Agence française de développement (AFD) et l’Union européenne (UE), ont entrepris de sécuriser les parcours de transhumants, d’adapter la législation pastorale et de renforcer la filière élevage, la Centrafrique et la RDC doivent encore se doter d’un système de régulation de la transhumance et peuvent pour cela s’inspirer de certaines initiatives mises en œuvre au Tchad. Les deux pays devraient les combiner avec des mesures de cohabitation entre Peul et population locale en RDC et avec une charte sur la transhumance entre Tchadiens et Centrafricains qui permette une régulation participative de celle-ci en RCA.

Les mesures préconisées dans ce rapport peuvent être entreprises dès maintenant en RDC, où le gouvernement s’efforce de relancer l’agriculture. En revanche, en Centrafrique, elles ne pourront être mises en œuvre que lorsque le pays aura surmonté la crise actuelle et que les tensions entre N’Djaména et Bangui seront apaisées. Toutefois, sous l’égide de l’organisation régionale en charge de l’élevage, débattre de la question de la transhumance avant le début de la saison en octobre pourrait être une occasion de renouer et normaliser les relations entre les deux pays à partir d’un problème concret et dangereux.

Les recommandations
Pour encadrer la transhumance du bétail tchadien en RCA

A la Communauté économique du bétail, de la viande et des ressources halieutiques (Cebevirah) et aux gouvernements tchadien et centrafricain:
1. Organiser une réunion dans les meilleurs délais pour préparer la transhumance à venir.

A la Communauté économique du bétail, de la viande et des ressources halieutiques (Cebevirah), à l’Agence française de développement, à la Banque mondiale, aux fédérations d’éleveurs centrafricaine et tchadienne et aux ministères de l’Elevage tchadiens et centrafricains:
2. Mettre en œuvre un projet de suivi de la transhumance afin d’améliorer la connaissance des mouvements de bétail (itinéraires, nombre, zones de concentration, etc.).
3. Renforcer la coopération bilatérale, suite aux travaux de la commission mixte tchado-centrafricaine de 2012, afin de réguler la transhumance tchadienne en RCA en :
a) concevant une charte de la transhumance qui prévoit la délimitation de couloirs au Nord de la RCA, l’aménagement de ces couloirs, des parcs de vaccination et des marchés à bétail au niveau de la frontière tchado-centrafricaine, des structures de gestion et de prévention de conflits représentatives à un niveau local et un encadrement de la transhumance sur le terrain ;
b) créant un comité de gestion des conflits au sein de la Cebevirah afin de faciliter le dialogue entre Etats tchadien et centrafricain et régler les litiges liés au non-respect de la charte ; et
c) fournissant des moyens financiers et logistiques à la Fédération nationale des éleveurs centrafricains (FNEC) et à la Confédération interprofessionnelle de la filière de l’élevage au Tchad pour qu’ensemble, elles informent les trans¬humants tchadiens sur les itinéraires à privilégier et sur les zones agricoles à éviter et qu’elles servent d’interface entre les transhumants et les autorités locales centrafricaines.

 

 
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