INTERVIEW  |    

André Nzapayéké: «il y a encore beaucoup de défis pour le gouvernement»

Par Kossivi Tiassou au téléphone - 25/03/2014

Le Premier ministre centrafricain se prononce sur la situation de son pays, un an après le chaos introduit par l’ex-séléka

 

Un an après le coup d'État qui a renversé François Bozizé, où en est la situation en République centrafricaine?
La situation a été fortement marquée par le renversement du régime et la prise du pouvoir par la coalition Séléka, qui a entraîné un dérèglement total de l'État centrafricain, du fonctionnement des services publics. La situation reste volatile sur le plan sécuritaire. La situation humanitaire reste précaire. On a un grand nombre de réfugiés dans les pays limitrophes, un grand nombre de déplacés internes sur divers sites, dans la capitale et à l'intérieur du pays. L'approche de la saison des pluies pose un réel problème humanitaire pour ces réfugiés. Donc il y a encore beaucoup de défis pour le gouvernement pour essayer de ramener l'ordre. Mais, depuis le départ du président Bozizé, il est vrai qu'on assiste à une situation qui n'est pas toujours très enviable.

 


© africatime.com
Le PM centrafricain André Nzapayéké
Est-ce que vous voyez dans la détérioration de la situation la main invisible de l'ancien président François Bozizé?
La détérioration de la situation avait déjà commencé sous l'ancien président. Le peu de considération pour le développement économique du pays, pour les questions d'équité, le peu d'attention accordée aux préoccupations de la population avaient déjà entraîné beaucoup de mouvements sociaux et des mouvements de guérilla. Concernant l'actuelle situation, marquée particulièrement les actions des anti-balaka, on a des preuves aujourd'hui que l'ancien président Bozizé joue un rôle là-dedans car les factions des anti-balaka sont des anciens militaires des FACA. Il y a beaucoup d'éléments des FACA qui sont dans les anti-balaka et beaucoup de proches du président Bozizé qui sont aussi dans les anti-balaka et les animent fortement. D'ailleurs ils appellent au retour à l'ordre constitutionnel, c'est à dire le retour du président Bozizé au pouvoir avant le terme de la transition actuelle. Quelque part, il y a donc une certaine main derrière.

Le nom de François Bozizé figurerait sur une liste soumise par la France au Conseil de sécurité des Nations unies. Sur le plan interne, le pouvoir précédent de la Séléka avait déjà lancé une enquête sur son implication dans certains crimes, où en sont les enquêtes le concernant?
Les enquêtes se poursuivent. Depuis le 5 décembre, tout a basculé ici. Les enquêtes avaient commencé auparavant, mais l'insurrection des anti-balaka a complètement changé la situation ici. Il y a eu depuis lors beaucoup de crimes, d'actes criminels et de morts dans Bangui et à l'intérieur du pays. Les enquêtes sont toujours en cours, une équipe des Nations unies est actuellement sur place pour les poursuivre. Nous les avons rencontrés plusieurs fois et nous leur exprimons tout notre soutien. Nous espérons que ces enquêtes iront jusqu'au bout car pour le gouvernement de transition, l'impunité doit être combattue et nous faisons tout pour que la justice soit le pilier de la stratégie de la transition.

Que fait votre gouvernement pour un retour à la normalité en RCA?
La question sécuritaire est la question numéro un, le gouvernement de transition en a fait sa priorité. Cela signifie des actes concrets pour arrêter, juger et détenir des criminels. Ceci étant, nous accordons une importance primordiale à la justice. La justice est le seul moyen pour nous de pouvoir restaurer l'autorité de l'État centrafricain, on ne passera pas par un autre chemin. Quand on est dans une situation où les institutions de l'État se sont effondrées, la justice est le seul moyen de rétablir la confiance entre la population et l'État. Donc la justice est le deuxième élément essentiel pour que les choses redeviennent normales. À côté de cela, nous nous attaquons à la question sécuritaire. Mais cette question est liée aussi à la sécurisation de la route du Cameroun, qui permet l'approvisionnement en produits de première nécessité, en médicaments, en tout ce qu'il faut pour répondre aux besoins humanitaires énormes.

Mais cela permet aussi à l'économie d'être relancée petit à petit, aux hommes d'affaires de pouvoir importer ou exporter à nouveau. Parce que sans la relance économique, l'État ne pourra pas disposer de ressources nécessaires, ne serait-ce que pour continuer à financer la sécurité et commencer à renforcer le fonctionnement de l'administration et redéployer les services publics fonctionnaires à l'intérieur du pays. Parce que si nous voulons des élections, il nous faut la sécurité et il faut que les services publics, surtout à l'intérieur du pays, recommencent à fonctionner. Nous sommes en train de relancer aussi nos forces de défense, police et gendarmerie essentiellement, pour nous aider dans la sécurisation des quartiers, des populations et des villages. Sangaris et Misca ne sont pas en mesure de mener seules une politique de sécurité et de proximité. Bangui est une grande ville, avec de grands boulevards, mais entre ces grands boulevards, il y a des zones très peu urbanisées et qui sont aujourd'hui des zones de non-droit où les armes circulent. Pour que la sécurité revienne dans ces zones, il faut que les agents des forces de l'ordre puissent y entrer et être le plus proche possible des populations. Toute la zone autour de l'aéroport est occupée par des déplacés internes. Il faut qu'on leur donne confiance, qu'on leur fasse comprendre que la sécurité est revenue dans leur quartier pour qu'ils quittent la totalité des sites avant la prochaine saison des pluies sinon la situation humanitaire va être catastrophique.

Malgré vos efforts, les violences continuent. On se demande s'il n'est pas temps d'être plus ferme envers ceux qui sont derrière ces crimes?
Nous menons deux types de politique: le dialogue, c'est à dire une politique de la main tendue envers tous ceux qui veulent s'exprimer, qu'ils soient anti-balaka, ex-séléka ou autre... Nous sommes dans un système de gouvernement qui n'a pas d'opposition puisqu'il émane d'un consensus national. Donc nous essayons de tendre la main aux uns et aux autres pour que nous travaillions dans le sens fixé par la feuille de route de la transition qui a été approuvée par toutes les parties. Nous sommes convaincus que la solution finale est politique, donc qu'il faut continuer à dialoguer avec toutes les parties et c'est ce que nous faisons. En même temps, il faut que l'autorité de l'État se manifeste. Il faut que l'État soit capable d'arrêter des criminels, de les juger rapidement et de les mettre en prison. C'est le seul moyen de redonner confiance à la population. La plupart des personnes à qui je parle, disent 'moi j'ai subi telle injustice, le régime Séléka m'a fait ça, je n'avais personne en face pour m'aider. Donc j'ai décidé de me venger, de prendre les armes et de devenir anti-balaka pour me venger'. C'est donc un sentiment d'abandon par l'État et par la justice qui a entraîné certaines personnes dans ce mouvement. Donc si vous voulez une solution, il faut que la justice reprenne ses droits.

Il y a toute une série d'arrestations en cours depuis quelques temps. Nous sommes en train de renforcer nos chaînes pénales et nous menons des négociations avec nos partenaires internationaux pour que la chaîne pénale soit renforcée très rapidement, que nous ayons les forces de défense nécessaires. Donc pour que la police et la gendarmerie soient équipées pour être capable d'arrêter rapidement des personnes. Nous devons être capables de sécuriser nos juges et le système judiciaire pour pouvoir juger rapidement et nous devons avoir des prisons qui répondent aux normes internationales et qui sont bien gardées pour pouvoir mettre des gens en prison. Cela rassurera la population et cela nous permettra de mieux la mobiliser autour de la campagne de réconciliation nationale que nous menons depuis quelques temps avec la jeunesse, les femmes et les chefs de quartier. Nous commençons à la base pour finir d'ici octobre ou novembre par l'organisation d'une conférence nationale qui va couronner cette campagne et permettre de mobiliser la population pour les prochaines élections qui sont fixées à juin 2015.

Tout cela est conditionné par la réconciliation nationale. Un élément nouveau est ce qu'on appelle le conflit entre musulmans et chrétiens. Moi je dis c'est entre musulmans et non musulmans. Aucun chrétien qui croit vraiment aux valeurs du christianisme ne peut accepter ce qui se passe ici. Il faut que nous réussissions à régler ce problème rapidement. La République centrafricaine n'est pas un pays anti-musulman. Le gouvernement centrafricain condamne les actes de certaines personnes contre la communauté musulmane. Ce sont des actes criminels contre lesquels nous devons lutter fortement. Nous ne devons ménager aucun effort pour traquer ces criminels qui veulent utiliser le prétexte de la religion pour mettre la main basse sur les richesses d'une communauté dont le niveau de vie est relativement élevé.Le gouvernement a présenté des excuses claires à tous ceux qui ont été victimes de ces actes et surtout à ceux qui ont dû quitter le pays, parce qu'ils ont été menacés car musulmans. Nous ferons tout pour que nos frères et nos sœurs qui ont dû quitter le pays - les Sénégalais, les Tchadiens et d'autres - reviennent en Centrafrique.

Qu'attendez-vous de l'Allemagne à l'heure actuelle?
Nous avons eu l'honneur de recevoir ici le Ministre allemand de la Coopération [Gerd Müller] il y a une semaine. C'est la première fois qu'un ministre allemand venait visiter la RCA. Cette visite démontre vraiment l'importance que l'Allemagne accorde dans la recherche d'une solution durable pour la RCA. Donc nous avons hautement apprécié cet acte. Nous l'avons encouragé: il faut que l'Allemagne nous aide et fasse un geste en faveur de la RCA pour une plus grande mobilisation des ressources, pour une certaine flexibilité dans le décaissement de l'aide que l'Union européenne a déjà mis à notre disposition. Nous avons besoin d'actions rapides. Au niveau humanitaire, nous comptons beaucoup sur les organisations caritatives allemandes, mais aussi sur l'Allemagne en tant que pays pour nous aider à résorber rapidement cette question humanitaire grave. Sur le plan bilatéral, l'Allemagne a été un des principaux partenaires de développement de la RCA par l'intermédiaire de la GTZ. Aujourd'hui, elle est devenue la GIZ, mais le niveau de la coopération est extrêmement réduit et nous souhaitons que l'Allemagne retrouve sa place. L'Allemagne joue un rôle important dans le développement rural, dans l'approvisionnement en eau potable, dans la protection de la faune... même dans les BTP et encore beaucoup d'autres domaines comme la formation des cadres centrafricains. Beaucoup ont été formés en Allemagne. »

 

 
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9 COMMENTAIRES

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le ridicule ne tue pas. quand on ne peut être neutre ,on ne devrait pas tromper une nation. ca s'appelle la traitrise

Par antoine

25/03/2014 16:27

beaucoup de discours ,peu d'actes. commencez par faire désarmer kilometres et rendre cet espace au centrafricains. Pour des amis européens qui ne comprennent pas et queje leur explique ,pour ceux qui par hasard voient ce site c'est comme si en france par exemple,vous aviez une partie du 17e ,tout le 18e et le 19 allant vers porte de la villette sequestré par des musulmans installées chez vous servant de couvertures a des rebelles qui ont sacagé votre pays venant de pays voisins,comme vous n'avez pas de pays voisins musulmans disant venus des balkans islamisés et interdisent toutes circulations aux français de passer devant la gare du mnord ,à barbèes voir le 17e au risque d'etre tués. et detiennent des armements qu'ils s'amusent avec certaines complicités des soldats par exemples de l'europe qu'on aurait envoyé vous aider à utiliser sous de faux pretextes pour terroriser les populations environnants non musulmanes en dehors du perimètre confisqué. Et toutes ces armées de l'europe sont là certains se font corrompre et donneraient l'a tenue ue d'u pays à ces fous qui circulent faire des degats.
par contre contrairement à ce que avait dit,celui que vous voyez présenté en interview, comme premier ministre de ce gouvernement de collabos,par conséquent non operationnel et inefficace et non patriote,que les musulmans depuis qu'il a donné l'aumône aux fonctionnaires,ces derniers n'ont pu aller en ville car en danger. les propos d'un musulman senegalais le dément dans un reportage car ils ont bien la possibilité de faire aisément leur courses au marché central du centre ville et d' après ce monsieur,la haine est plus vers les tchadiens de déby .Et je me demande si ce n'est pas à cause de ce reportage que le tchad a ses habitudes a sorti ces meurtres de 2 senegalais qu'on lit dans un journal dit-on au km5 pourtant leur fief actuel et protege par eux pour semer la zizanie comme il a eu betement les burundais pour entrer dans le camp tchadiens ,une façon de dire qu'ils ne sont pas les seuls et atténuer le jugement sur eux tchadiens,exactement comme Déby le dictateur du tchad avit fait en organisant l'exécution de bergers musulmans vers 45km de bangui juste au moment où l'onu devait prendre une décision contre les séléka etc,et ces meurtres permet le commencement de diversion en discours mediatique:anti balaka massacre ci et là,les musulmans sont tués ou quittent le pays . et tout ce gouvernement dont le premier est là sont en collusion ethnique,familiale,amicale ou par pacte comme la directrice de transiton samba panza ,avec seleka et djotodia.voilà c'est comme une explication en français facile de rfi. désormais vous avez un petit tableau de centrafrique,les tetes qui vont défiler qu'on vous présente sous des termes ronflants ministres,premier ministres ou presidente de ceci ou cnt,un faux parlement sans équivalent à travers le monde sont des leurres. C'est comme ceux qui ont participé a détruire ce pays,ne savent pas décider,pourquoi car ils sont là grâ^ce à ceux qu'ils prétendre venir arrêter leurs exactions et comportements nocifs. voila la réalité centrafricaine,le reste n'est que bla bla

Aussi incompétent que Tiangaye! Dégage!

Par Adiostete

25/03/2014 22:22

Ce bonhomme est un véritable funambule qui se plait à se payer la tête des centrafricains avec ses numéros maladroits!
Hier c'était a l'étranger qu'il déroulait un semblant de feuille de route qui n'a pas été préalablement débattu au pays car ayant des comptes à rendre uniquement à ses obligées de Brazzaville. Aujourd'hui c'est sur une radio étrangère qu'il se livre à des élucubrations bien éloignées des difficultés quotidiennes des sans abris de Bangui Mpoko et des réfugiés en brousse sous la férule des Selekas et Anti-Balakas.
Évidemment, protégés par la MISCA il dort sur ses lauriers et comme à ses habitudes, se livre à des fantaisies. Demain, il ira prendre des consignes auprès de son primate de cousin Djotodia, sur son chantier dans un bidonville de Cotonou.
Pendant ce temps, la Présidente contemple ses toilettes de miséreuse et se préoccupe de ses joues et paupières ! Quel malheur pour cet État qu'ils enfoncent tous les jours à une profondeur déjà suffisamment creusée par les douze mois de chaos organisé par ces assassins du peuple centrafricain qui courent toujours? Pendant qu'ils se gavent, le peuple se meurt. Ils n'ont plus qualité à faire valoir ces titres, ils ont atteint leur seuil d'incompétence car ils ne savent pas par quel bout prendre le taureau. En attendant, ils festoient et forniquent!! Pauvre Centrafrique!

Gouvernement BANZIRI

Par badassinga

26/03/2014 04:22

Monsieur le 1er Ministre , dès au départ vous avez failli à votre devoir :
- Au lieu de nommer que des technocrates vous avez opté en nommant que les gens de votre
Clan , les banziris dans votre gouvernement .
- La plus part de vos ministres ont un passé lourd , qui ont travaillé (volé)dans les
gouvernements successifs , vous avez récupéré tous ces musulmans du nord .
- Votre incompétence à diriger ce pays est flagrante.Car vous avez dans votre viseur que
les antibalaka qui ne font que défendre les centrafricains (chrétiens)
- Les sélékas continuent leurs forfaits impunément,comme au temps de djotodia .
-Quand commencerez vous à désarmer les séléka ? et quand la FACA va travailler avec
les Sangaris ? Vous êtes responsable de ce qui se drame en Centrafrique , car vous
ne prenez pas la bonne décision et que vous êtes entouré des gens qui ont du sang sur la main .Merci de faire votre examen de conscience et désarmer les séléka , sinon l'histoire vous rattrapera .En bon entendeur salut

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