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République Centrafricaine: les Enjeux à ce jour

Par Dr. Joseph YAKETE - 24/03/2014

«La stabilisation et l’accompagnement du processus de transition jusqu’à la tenue d’élections démocratiques sont les missions à remplir désormais»

 

Les problèmes sécuritaires mis en avant sont, bien sûr, la priorité du jour. La force Sangaris, 2000 hommes aujourd’hui, la Force interafricaine (8 pays d’Afrique centrale) dite MISCA de 6000 hommes paraissent insuffisantes pour rétablir la paix et la sécurité dans l’ensemble du pays. L’appui logistique et les 1000 éléments des pays de l’Union européenne ne seront pleinement opérationnels qu’à la fin avril/début mai et ne représentent qu’un appui bien modeste qui traduit une fois de plus les carences de la politique extérieure de l‘UE. Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki Moon plaide pour un renforcement de 3000 hommes de la MISCA et des Forces françaises. Quant à l’engagement onusien lui-même, il ne risque de se concrétiser qu’à l’automne 2014 vu la lenteur des procédures alors qu’il devrait être effectif avant l’été.

 

La déliquescence de l’Etat centrafricain ne se traduit pas seulement dans la dimension sécuritaire. Les FACA, armée de la République centrafricaine, ont peu à peu perdu toute réalité sous le régime du Général Bozizé qui avait réduit à la seule garde présidentielle toutes les capacités militaires opérationnelles du pays. Ces forces structurent aujourd’hui l’essentiel des milices anti-balaka, qui étaient au départ des groupes d’auto-défense populaires contre les exactions des « coupeurs de route », mais elles ont aujourd’hui complètement changé de nature politique. La déliquescence de l’Etat centrafricain est aussi financière et économique et la transition vers des élections démocratiques, prévues au plus tôt en février 2015, suppose un engagement financier pour assurer le paiement des salaires afin de remettre en marche l’administration de l’Etat et pour soutenir une première relance de l’économie du pays.

Initialement, en janvier 2013, le Président Bozizé et l’ensemble des forces politiques centrafricaines, sous l’égide des pays voisins d’Afrique centrale dont le Tchad, le Congo et le Gabon, s’étaient entendu sur la mise en place d’une transition de dix-huit mois aboutissant à des élections démocratiques. Le chef du gouvernement Nicolas Tiangaye, installé sur la base de cet accord, n’a pas été remis en cause par le coup d’Etat du 23 mars 2013 installant Michel Djotodia à la place du Président Bozizé qui bloquait le processus de transition. C’est le 18 août 2013, qu’a officiellement débuté la transition politique de dix-huit mois, pouvant être prolongée de six mois, sous la direction de Michel Djotodia, Nicolas Tiangaye et le Conseil national de transition (CNT), Parlement provisoire, fort de 135 membres, dirigé par M. Nguendet. Le CNT a adopté une nouvelle loi électorale donnant satisfaction à l’ensemble des forces politiques du pays. Cette avancée a précédé la mise à l’écart du Président et du gouvernement de transition jugés incapables de rétablir la paix civile dans la capitale et l’ensemble du pays. Ces pressions extérieures qui ont mis à mal le processus engagé par les Centrafricains eux-mêmes n’ont pas contribué à faciliter la sortie de crise faute d’une analyse politique lucide sur les forces en présence sur le terrain.

Le véritable enjeu politique à venir est la réussite de la transition vers des élections plurielles correctes
Joseph YAKETE

 

En effet, l’analyse privilégiant la dimension confessionnelle ou régionaliste, voire ethnique, du conflit, a ignoré l’instrumentalisation politique qui était faite de cette double dimension. En particulier, les milices anti-balaka, structurées par des éléments fidèles au Président renversé, le général Bozizé, ont pu se déployer en décembre 2013 et janvier 2014, l’essentiel de l’action de l’opération Sangaris désarmant les anciennes milices de la Séléka –officiellement dissoutes sous Djotodia. Ce n’est qu’au début du mois de février que cette erreur a commencé à être corrigée.

L’élection en janvier 2014 par le CNT d’une nouvelle Présidente de transition, Catherine Samba Panza suivie de l’installation d’un nouveau Premier ministre, M. Nzapayéké, en violation de l’accord de Libreville, ce qui a conduit à la défection des principales forces politiques du pays dans le nouveau gouvernement, ont ouvert toutefois une nouvelle page politique. En ce mois de mars 2014, l’analyse politique de la situation intérieure ne doit pas s’égarer dans des problèmes confessionnels ou régionalistes. Il existe deux camps politiques en présence en République centrafricaine. L’un, animé par les anciens éléments de Bozizé met tout en œuvre pour faire échouer la transition, principalement à travers l’action des milices dites anti-balaka. L’autre camp, qui n’est pas sans contradictions, s’attache à la poursuite et à la réussite de la transition.

Pour contribuer à la réussite de ces derniers objectifs, l’action qu’il conviendrait de mener revêt trois dimensions :
.l’engagement sécuritaire avec un désarmement effectif et concomitant de toutes les milices anti-balaka et ex-Séléka et la reconstitution d’un embryon d’armée centrafricaine (où sont les ex-Faca démobilisées sous Bozizé ?). Un appui police/gendarmerie est indispensable pour l’enracinement de la paix civile ;
.Un engagement financier tout à fait substantiel pour le redémarrage de l’administration de l’Etat (paiement des salaires en premier lieu) et une première relance de l’activité économique du pays ; cet engagement est incontournable pour la stabilité du processus de transition politique ;
. Enfin, il s’agit de faciliter le dialogue politique entre tous les partisans sincères de la transition afin de réduire les contradictions au sein de ce camp ; en particulier, les forces politiques regroupées au sein de l’AFDT (Alliance des forces démocratiques de la transition) qui n’ont pas été entendues lors du choix du Premier ministre de transition ne doivent pas se sentir négligées ou ignorées par rapport à l’exécutif de transition.

Conclusion:
L’engagement de la France, des pays de la sous-région, de l’Union européenne –qui doit accentuer son effort- et celui de l’ONU -qui ne peut tergiverser plus longtemps- a réellement changé d’objectif : c’est bien la stabilisation et l’accompagnement du processus de transition jusqu’à la tenue d’élections démocratiques correctement organisées qui sont les missions à remplir désormais.

Par Joseph YAKETE, Docteur en sciences politiques

 

 
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