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Dr Romaric Nzoumbou-Boko répond au Ministre Charles Armel Doubane et au Dr Apollinaire Selezilo

Par Dr Romaric Nzoumbou-Boko - 24/03/2014

«L’histoire de la République centrafricaine autrefois Oubangui-Chari est jalonnée de Royaumes, de Sultanats et de fédérations qui n’ont pas pu résister aux défis de l'époque»

 

En recoupant le discours de Monsieur le Ministre Charles Armel DOUBANE et celui de Monsieur le Docteur Apollinaire SELEZILLO mon ancien encadreur au Lycée, j’ai eu l’impression qu’ils nous proposent le traitement du syndrome centrafricain et non de la gangrène à l’origine du dysfonctionnement. Le discours pertinent du Ministre envers les conseillères et conseillers nationaux au sujet de la prise de conscience en ces temps cruciaux sur la proposition de la « Loi Fondamentale en charge de régir notre vivre ensemble (Nation) », essaie de nous interpeller sur notre mode de gouvernance. Monsieur le Ministre s’interroge, « Quel type d’Etat faudrait-il au Nouveau Centrafrique ? », « Quel régime serait-il bon pour le Centrafrique et son peuple ? ». Je ne suis pas historien mais « celui qui ne connait pas le passé est condamné de le revivre » disait Karl MARX ou encore « un peuple qui oublie son passé est condamné à le revivre » compléta Winston CHURCHILL. Avec du recul, tout en vous prenant à témoin, la République centrafricaine a essayé officiellement ou tacitement plusieurs types d’Etats et de système de gouvernance : parti unique, Empire, état de siège, état d’urgence, état d’exception, système Unitaire, Jacobin, ploutocratie, oligarchie institutionnelle, oligarchie de fait…L’histoire de la République centrafricaine autrefois Oubangui-Chari est jalonnée de Royaumes, de Sultanats et de fédérations qui n’ont pas pu résister aux défis de l’époque. Je suis convaincu que la RCA détiendrait le record d’instabilité de régime politique en Afrique (dans le domaine du changement de type d’Etat et de la constitution). Monsieur le Ministre réitère, « la Constitution de décembre 2004 … n’était pas mauvaise, je le répète. Ce sont les acteurs qui étaient mauvais et possédant une mauvaise volonté politique ». Ce propos souligne que cet énième changement ou perfectionnement du fondement de l’Etat en cours, est une réponse qui n’est pas une solution adéquate aux problèmes de la RCA.

 


© journaldebangui.com
Dr Romaric Nzoumbou-Boko, Immunomicrobiologiste
Monsieur SELEZILO, emboîte le pas au Ministre pour compléter qu’« une mesure doit également être prise dans nos nouveaux textes de base pour que les Forces Armées Centrafricaine (FACA) après une refonte ou un « reprofilage » de sa configuration actuelle, doivent être nationales, c’est-à-dire constituées de façon équitable des ressortissants de toutes les Préfectures de notre pays ». Je rappelle à mon aîné Monsieur SELEZILO que deux grandes assises se sont déroulées en RCA sur cette question : Les Etats généraux des Armées dans les années 1997/1998, et la Reforme du Secteur de Sécurité (RSS) dans les années 2008/2009 qui ont traité ces problèmes en profondeur, n’ont pas empêché la descente au enfer de l’armée nationale jusqu’à sa disparition et sa dissolution le 24 mars 2013.

En se référant à ces diverses initiatives édulcorées d’éternelle réécriture de la constitution et de grande retrouvaille et conférence qui ont toujours accouché d’une souris, je prononce haut et fort avec une voix métallique que la solution du problème de la RCA ne sortira pas des assises (session de CNT, dialogue inclusif ou exclusif, conférences souveraines ou de réconciliation nationale ou conférence vérité réconciliation) que nous avons faites et refaites avec l’arbitrage de MISAB, MINURCA, BONUCA, BINUCA, FOMAC, MISCA et peut être MIDCA (Mission Internationale de la Dépendance des Centrafricains) demain. Le début de la solution commencera quand les autorités comprendront qu’il est nécessaire « d’engager des discussions nationales sur ce sujet sur toute l’étendue du territoire pour recueillir des avis à cette fin. Car il s’agit ici de notre pays à nous tous et notre destin commun en dépend », dixit Charles Armel DOUBANE. L’obstacle à ce projet de discussion nationale est l’état d’ignorance du centrafricain lambda qui ne lui permet pas d’avoir une lucidité d’analyse dans la gestion des valeurs citoyennes et républicaines. Le suffrage universel en RCA n’a jamais été objectif bien qu’en 1993 il semblait crédible. Mais l’objectivité est plus importante que la crédibilité dans cet exercice. Le critère de vote est lié par ordre à l’ethnisme, au clientélisme, à la camaraderie etc. Le système politique mis en place par ce truchement non objectif enfonce expressément le peuple dans son ignorance, engendrant un cercle vicieux débouchant sur la déperdition des jeunes, le pillage systématique de biens, le vagabondage, la délinquance chronique, l’extrême pauvreté et la malnutrition. Ces responsables politiques sulfurés dont la majorité est atteinte de diarrhée verbale, sur un tableau de constipation cérébrale et de cécité morale avec un exécutif anticonstitutionnellement placé au pouvoir, chloroforment et indolent le peuple hypnotisé, et qui finit par développer une impulsion brusque et irrésistible qui le pousse à des actes tels que la violence, le suicide, la fuite éperdue, la perte de repères, etc. N’est ce pas que le peuple n’a que les dirigeants qu’il mérite ? Je pense pour ma part qu’il est plus important : de rehausser le niveau du peuple par le concept de démocratie participative et de proximité, l’école du citoyen, l’éducation de base, les valeurs fortes (morale, solidarité, humanitaire, bénévolat, entraide), de rendre l’école obligatoire jusqu’à 18 ans, de pratiquer l’alphabétisation et la lutte contre la pauvreté par la remise en place des groupements d’intérêts ruraux et de valoriser l’autorité du chef de quartier ou du chef de village, canton etc.

Monsieur Maxime Faustin MBRENGA TAKAMA nous a rappelé dans son essai publié il y a quelques semaines que « Des écoles en nombre insuffisant, avec un personnel limité et de moins en moins qualifié n’offrent pas la chance aux enfants de bénéficier d’une scolarité qui les libère de l’ignorance et qui accroît leurs compétences de vie», en plus, je vous ai dit lors de mes précédentes déclarations que « L’éducation peut tout : elle fait danser les ours. » Leibniz. Pour en finir, il est aussi salutaire que ce qui reste des éclairés centrafricains doit avoir le courage d’inverser la pyramide des normes de Kelsen, car une constitution parfaite peut être définie au sommet mais avec la base de la pyramide constituée par les actes administratifs et individuels fragiles, occasionne l’écroulement de la pyramide et donc de la constitution. Ma proposition parait paranoïaque, je la soumets à l’appréciation de nos juristes pour réflexion. Je finis mon intervention en paraphrasant Thomas Sankara qui disait « le plus important, je crois c’est d’avoir amené le peuple à avoir confiance en lui-même, à comprendre que, finalement, il peut s’asseoir et écrire son développement, il peut s’asseoir et écrire son bonheur, il peut dire son désir. Et en même temps, sentir le prix à payer pour ce bonheur ».

Bordeaux le 24 mars 2014
Dr Romaric Nzoumbou-Boko
Immunomicrobiologiste

 

 
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