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Centrafrique: François Hollande aux chefs religieux

Par bêafrika Sango - 03/03/2014

Le chef de l’État français s'est exprimé après sa rencontre avec les autorités religieuses à Bangui, en République centrafricaine

 

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Je vous remercie pour votre accueil, ici en Centrafrique, et pour les mots que vous avez bien voulu prononcer à l’égard de mon pays, qui s’est montré, non seulement solidaire du vôtre, mais conscient de la responsabilité qui était la sienne dans ce moment particulier. Car, si nous n’étions pas intervenus, c’est vrai que les violences auraient dégénéré et que ce sont des massacres, qui étaient déjà à l’œuvre, qui se seraient multipliés. Je veux saluer les représentants des cultes, ici, en Centrafrique. C’est vrai que c’est la troisième fois que je les rencontre. La première c’était dans un aéroport, celui de Bangui, la seconde c’était à l’Elysée et la troisième c’est ici, à l’évêché, dans un site qui est non seulement merveilleux pour la vue qu’il nous offre, mais surtout merveilleux pour l’esprit qu’il porte, puisque c’est là que des milliers de réfugiés se sont massés pour être protégés. Notamment des musulmans, qui ne savaient où aller et qui ont donné le plus beau message de confiance et de fraternité, c’était de venir là, dans cette mission catholique, pour être sûrs qu’il ne leur serait fait aucun mal.

La France est donc intervenue - c’était le 5 décembre - et c’est ma seconde visite en Centrafrique. La première fois, j’étais resté sur l’aéroport, je venais d’Afrique du Sud et, hélas, mon déplacement avait été endeuillé par les deux soldats qui venaient d’être tués. Il y avait déjà des milliers de Centrafricains qui s’étaient massés à côté de l’aéroport. J’avais dit combien la détermination de la France serait grande pour apporter la sécurité, rétablir l’ordre, séparer les populations qui voulaient s’autodétruire et faire en sorte que nous puissions aller dans une transition politique. Trois mois après, et grâce à l’effort de tous, de nos soldats que je remercie une fois encore pour leur dévouement, de la MISCA qui s’est mise au travail, de ce que les Européens nous ont promis et annoncé, mais aussi de vous, Madame, et de votre Gouvernement parce que vous avez pu démontrer qu’il y avait possibilité, là encore, de rassembler, de réconcilier et de remettre au travail une équipe. Vous avez surtout donné confiance à la communauté internationale, à la France, à l’Europe et surtout aux Centrafricains.

Oui, depuis trois mois, il y a des progrès considérables qui ont été accomplis. Et ne pas le dire, ce ne serait pas saluer tout cet effort. Je suis allé dans les rues de Bangui, enfin, là où on m’a conduit - je ne suis pas allé partout et je sais que la presse fait ce travail - mais la vie a repris, les commerces ont rouvert, l’activité est là. Il reste beaucoup à faire. Mais il y a déjà cet acte important. Ensuite, nous avons fait en sorte que les villes centrafricaines puissent être elles aussi sécurisées. Nous n’y sommes pas encore totalement parvenus, notamment à l’ouest, mais aussi à l’est.

Mais c’est maintenant notre objectif. Et puis, il y a ce qui se fait, c’est-à-dire, une prise en charge par la population elle-même de sa propre sécurité au sens où, avec les forces françaises, avec celles de la MISCA, avec les élus, avec le Gouvernement, il y a, au moins la nuit, un certain nombre de sécurités qui sont apportées. Je sais que les communautés religieuses vont aller à l’aéroport dans les prochains jours pour porter ce message de retour des déplacés, vers leurs domiciles, puis ensuite des réfugiés, ceux qui sont allés dans les pays voisins, pour qu’ils puissent de nouveau vivre en Centrafrique.

Quel est maintenant notre objectif ?
Notre objectif est de pouvoir permettre que les axes de circulations soient libérés. C’est de faire en sorte de vous accompagner, Madame la Présidente, votre Gouvernement, vers les zones où se sont installés certains qui peuvent un moment penser qu’ils sont coupés du reste de la Centrafrique, pour que le dialogue puisse être repris et pour que la communauté nationale puisse être préservée.

Vous l’avez dit, pas de partition de fait, pas d’esprit de séparation. Vous êtes dans la même communauté. Nous devons faire cesser les violences interreligieuses. Il y en a moins, il y en a encore. Il y a des groupes que nous devons mettre hors d’état de nuire. De ce point de vue, la prison a repris son fonctionnement et il n’y aura aucune impunité. L’autorité de l’Etat doit être préservée. Mais vous avez demandé ce que j’avais à vous annoncer. Vous savez que la France par le vote de son Parlement a prolongé l’opération SANGARIS. C’est un effort que nous faisons. Nous le faisons parce que c’est l’intérêt de la communauté internationale.

Souvent on nous dit : « mais vous êtes les premiers les Français à être auprès des Centrafricains ». Nous en sommes fiers, c’est notre devoir, c’est notre responsabilité. Nous avons d’ailleurs convaincu les Européens d’y venir aussi. Demain il y aura une opération de maintien de la paix, parce que c’est cela qui doit être notre perspective, et qui sera d’ailleurs atteint. Les Français, ce n’est pas parce qu’ils ont une histoire ici, c’est parce qu’ils sont conscients de ce que représente la Centrafrique pour l’ensemble de la région. Si le désordre, l’instabilité perdure en Centrafrique, c’est toute la région qui sera menacée. Si les violences interreligieuses s’aggravaient davantage, c’est l’ensemble du continent africain qui pourrait être menacé. Ce que nous faisons en Centrafrique ce n’est pas simplement pour la Centrafrique, c’est pour une grande partie du continent.

Je reviens à ce que vous me demandez, l’opération SANGARIS qui va être prolongée, notre aide au développement qui, ici, prend traduction à travers le financement de bon nombre de projets, grâce aussi aux organisations non gouvernementales (ONG), aux programmes des Nations unies. Mais, il y avait ce problème, comment restaurer l’Etat si les fonctionnaires ne sont pas payés, si les pensionnaires ne sont pas bénéficiaires des rémunérations qu’ils attendent depuis trop longtemps. Nous avions l’obligation de faire avec les pays de l’Afrique Centrale - j’ai rencontré leurs représentants hier - l’obligation d’assurer le versement des fonctionnaires centrafricains, ce qui pourra permettre effectivement, que la police, la gendarmerie, l’éducation, la santé, puissent être de nouveau assurés.

Je remercie les chefs d’Etat de la région de l’avoir compris. La France a également pris sa part. C’est très important, la semaine prochaine tout sera prêt pour que la Présidente puisse avoir une administration qui puisse lui répondre. C’est aussi cela notre devoir.

Merci pour votre accueil. Si vous le voulez bien, je reviendrai en Centrafrique, à chaque fois nous constaterons les progrès. Ces progrès, vous avez raison Madame de le dire, c’est un symbole pour l’Afrique toute entière.

La Centrafrique a traversé une tragédie, elle la vit encore d’une certaine façon, à travers une crise humanitaire qui n’est pas réglée. De cette tragédie peut sortir aussi un bien qui est la capacité de vivre ensemble et de dépasser les conflits interreligieux et d’assurer durablement le développement en Centrafrique.

Ce pays a vécu trop longtemps, des décennies même, l’instabilité, le désordre, la corruption, pour qu’on n’en ait définitivement terminé avec ces pratiques et qu’on puisse instaurer je crois un modèle.

Faites-le, allez-y, puisque vous avez connu ce drame, essayez-vous aussi de connaitre, je ne dirai pas le paradis pour ne pas créer de malentendu, mais au moins faire en sorte que le vivre ensemble soit assuré ici en Centrafrique.

Merci.»

 

 

 
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